‹ Les œuvres poétiquesChapitre 39 sur 47 · SECOND LITRE · texte numérisé non relu

SECOND LITRE

Des cyprès orgueilleux aux foibles aubespins,

Et les bas groizeliers à la hauteur des pins.

Geluy-là prise plus vn petit édifice,

Couuert de chaume vieil, que le grand artifice

Des superbes palais , ou la puante odeur

D'vn eschaufTé Fouin que la douce senteur

Du Souêf ambregris. Mais veux-tu bien entendre,

Amy Belleau y de moy, la cause qui fait prendre

Aux hommes cet auis? ou c'est vn ignorant,

Lequel va de Ronsard le sçauoir mesurant

(L'aueugle des couleurs) ; car tousiours l'ignorance

Est hardie, Belleau; la seule expérience

Rend Thomme plus modeste ; et les doctes et grands

Sont sobres à iuger plus que les ignorans :

Ou c'est vn cuidereau qui sçait bien quelque chose

Mais, pensant tout sçauoir, à luy comparer s'ose.

Vn autre en tenaillant d'vn grand homme la gloire ,

Espère de son nom estendre la mémoire.

Aa! ce n'est pas ainsi qu'il faut acquérir nom,

En bleceant des meilleurs le durable renom.

Non, ce n'est pas ainsi; car la dextre prophane

Du mescbant, qui brusla le temple de Diane,

Guidant croistre son los (sacrilège malheur),

Sa mémoire a noirci d'éternel deshonneur.

Le fouêtteur d'Homère en vne croix honteuse

Donne nom pour iamais à la troupe enuieuse.

Ces fiers brouillons des arts, ces sophistes venteurs.

Lesquels audacieux, téméraires, menteurs.

Ont pincetté l'honneur du grand stratigirite.

De Tulle et Fabien d'vne force petite;

Combien qu'en quelque temps on louast leur esprit,

D'ANDRE DE RIYAYDEAY. «5

Leur estude et trauail, en ce qu'ils ont escript;

ToutesfoiSy à la fln, leur façon outrageuse

Aux sauans a esté grandement odieuse.

Et moy> sauant Belleau , qui dés mon âge bas ^

Comba, vaillant soldat, aux lices de Pallas >

Et trempé de sueur, et couuert de poudrière

Fay fumer d'Apollon la pénible carrière;

Si i'ay pu aquerir quelque chose de bon ,

Pour sçauoir discerner le son d'auec le son ,

Et les rimes sans sel des riches et dorées ,

Et les neuf pies sëurs des Muses honorées ;

Ronsard, à mon auis, a bien suyui le train

Des meilleurs anciens et touché dans leur main.

Car, poète perfait, aux hymnes il decœuure

Vne encyclopœdie , et en mainte sienne œuure ,

Il fait nostre langage en vn stile nouueau

Passer des anciens le langage plus beau.

Et toustesfois, Belleau > ces rimes magnifiques,

Ces vers substantieux , ces odes pindariques

Sont bien mises au rang de ces vieux triolets,

De ces petits rondeaux, des Noels nouuelets

Escripts iadis sans art par quelque abécédaire;

D'vn seul bon naturel sans fons et sans matière. ^

l'ay bien peu , mon Belleau , de naturel et d'art; * '

Neantmoins iecognoy la vertu de Ronsard, ^ ' .

Et n'ay point,. Dieu mercy, vne ame trop beliere, '\

Ni vh cerneau asnier, le recognoissant père ^ ^ ' , 4 ^

De nostre poésie : et ie suis bien content » ' ^ < "^

N'escrire iamais rien pour l'imiter pourtant. -^ r v

reiiten peut-estre vn peu de Pindare et d'Homère, ' -

l'ay lu ces bruyans vers, ceste Illiade entière.

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