SECOND LITRE
Des cyprès orgueilleux aux foibles aubespins,
Et les bas groizeliers à la hauteur des pins.
Geluy-là prise plus vn petit édifice,
Couuert de chaume vieil, que le grand artifice
Des superbes palais , ou la puante odeur
D'vn eschaufTé Fouin que la douce senteur
Du Souêf ambregris. Mais veux-tu bien entendre,
Amy Belleau y de moy, la cause qui fait prendre
Aux hommes cet auis? ou c'est vn ignorant,
Lequel va de Ronsard le sçauoir mesurant
(L'aueugle des couleurs) ; car tousiours l'ignorance
Est hardie, Belleau; la seule expérience
Rend Thomme plus modeste ; et les doctes et grands
Sont sobres à iuger plus que les ignorans :
Ou c'est vn cuidereau qui sçait bien quelque chose
Mais, pensant tout sçauoir, à luy comparer s'ose.
Vn autre en tenaillant d'vn grand homme la gloire ,
Espère de son nom estendre la mémoire.
Aa! ce n'est pas ainsi qu'il faut acquérir nom,
En bleceant des meilleurs le durable renom.
Non, ce n'est pas ainsi; car la dextre prophane
Du mescbant, qui brusla le temple de Diane,
Guidant croistre son los (sacrilège malheur),
Sa mémoire a noirci d'éternel deshonneur.
Le fouêtteur d'Homère en vne croix honteuse
Donne nom pour iamais à la troupe enuieuse.
Ces fiers brouillons des arts, ces sophistes venteurs.
Lesquels audacieux, téméraires, menteurs.
Ont pincetté l'honneur du grand stratigirite.
De Tulle et Fabien d'vne force petite;
Combien qu'en quelque temps on louast leur esprit,
D'ANDRE DE RIYAYDEAY. «5
Leur estude et trauail, en ce qu'ils ont escript;
ToutesfoiSy à la fln, leur façon outrageuse
Aux sauans a esté grandement odieuse.
Et moy> sauant Belleau , qui dés mon âge bas ^
Comba, vaillant soldat, aux lices de Pallas >
Et trempé de sueur, et couuert de poudrière
Fay fumer d'Apollon la pénible carrière;
Si i'ay pu aquerir quelque chose de bon ,
Pour sçauoir discerner le son d'auec le son ,
Et les rimes sans sel des riches et dorées ,
Et les neuf pies sëurs des Muses honorées ;
Ronsard, à mon auis, a bien suyui le train
Des meilleurs anciens et touché dans leur main.
Car, poète perfait, aux hymnes il decœuure
Vne encyclopœdie , et en mainte sienne œuure ,
Il fait nostre langage en vn stile nouueau
Passer des anciens le langage plus beau.
Et toustesfois, Belleau > ces rimes magnifiques,
Ces vers substantieux , ces odes pindariques
Sont bien mises au rang de ces vieux triolets,
De ces petits rondeaux, des Noels nouuelets
Escripts iadis sans art par quelque abécédaire;
D'vn seul bon naturel sans fons et sans matière. ^
l'ay bien peu , mon Belleau , de naturel et d'art; * '
Neantmoins iecognoy la vertu de Ronsard, ^ ' .
Et n'ay point,. Dieu mercy, vne ame trop beliere, '\
Ni vh cerneau asnier, le recognoissant père ^ ^ ' , 4 ^
De nostre poésie : et ie suis bien content » ' ^ < "^
N'escrire iamais rien pour l'imiter pourtant. -^ r v
reiiten peut-estre vn peu de Pindare et d'Homère, ' -
l'ay lu ces bruyans vers, ceste Illiade entière.