LE CHANT DE LA TROVPE
rhomme misérable
Qui aimant pour longtemps
Geste vie passable ,
Veut viure beaucoup d'ans ,
Et ne craint rien si fort
Que l'heure de la mort !
En quelconque part monstre Fortune sa faueur, Le fortuné rencontre Tousiours quelque malheur.
Nul a de son viuant Perfait contentement.
Hesther, nostre maistresse,
D'vne'bannie gent,
Est la plus grand Princesse
Qui commande au Leuant ;
Toutes fois sa grandeur
Ne luy crois t point son heur.
Quand nos pères la terre Aux Roys eurent osté, Ils n'eurent moindre guerre Qu'en leur captiuité, Esprouuans en Sion La persécution.
TRAGEDIE SAINGTE. lii
Celuy qui sa houlette
En vn sceptre changea , •
Sa vie en mal suiette
A rien mieux ne rengea :
Son sceptre le feit grand,
Mais non pas plus content.
Les fieres Destinées Heurtent esgalement Les testes ordonnées D'vn marteau violent; Et sont soubs mesme loy Le belistre et le Roy.
Mais l'homme iuste estonne Tous les maux et la mort , Et reçoit la couronne; Car inuincible et fort, Plus de maux souffrir veut Que faire on ne luy peut.
Si le grand ciel se casse En pièces sur son chef, Sa résolue audace Mesprise ce meschef :
Car il veut en mourant Reuivre heureusement.
Le grand fol qui demande D'estre long temps viuant , Garde qu'il ne se rende
Mal heureux longuement, Ne iugeant pas la mort Des misères le port.