‹ Les œuvres poétiques d'André de RivaudeauChapitre 24 sur 35 · CHANSON DE CAESAREE D'INGRANDE · texte numérisé non relu

CHANSON DE CAESAREE D'INGRANDE

Sur le chant : Puisque viure en seruitude.

lui voudra lire Finîure, La peste et la cruauté Et l'effroyable auenture Dont le ciel m'a visité , 0! qu'il craigne estre tâté Pour avoir leu seulement , D'vn perpétuel tourment.

Vaines sont toutes les plaintes Des pariures amoureux Et sont les passions/eintes De leurs regrets langoureux ; Car leur malheur est heureux , Leur mal est un demi-bien , Si on le compare au mien.

Ingrats ceux-là ie repute Qui plaignent leur pauureté, Leur prison , leur seruitude Ou autre calamité; Car tous ceux qui n'ont gousté Que la prison ou la mort , Blasment ie ciel à grand tort.

Âa, que fut le cousteau mouce Dont Lucrèce ouurit son cœur !

Hà que fut la fureur douce, Dont la Greque en son malheur Tua son mari vainqueur !

Et de Progne le courroux Et de Medée estoit doux !

Mais plustost est de leur rage

Très-douce l'occasion ;

Si quelqu'vn l'acomparage

A ma triste passion.

, que ma condition

Fust bien pareille à la leur, .

le viurois en plus grand heur!

En ce monde n'est outrage , Malheur despit ne meschef , Que le destin en partage N'ait versé de sur mon chef f Horrible et hideux meschef , Qui en mille endroits commun S'est ramassé tout sur vn.

D'ANDRE D£ RIVAVDEAV. 187

Rien ne peut la patience Contre vn si terrible eflTort, Car ma foible resistence Rend mon ennemi plus fort.

Ha si Tagreable mort Me peut garder de souffrir, le ne yeux rien que mourir.

Tay plus de fiel que cent ourses,

le suis pleine de rancœur,

Tay aux yeux deux grosses sources,

Et force poison au cœur ;

Au front la tiède sueur,

Vne horreur dedans le corps

Et yn frisson au dehors.

Tout ce qu'vne ame insensée Conçoit de bien violent Et vne fiere pensée De cruel et turbulent En vn malheur excellent, le Tay senti, ie Fay sceu Et parfaitement conceu.

Esiouy-toi Destinée Qui as voulu faire voir Vne femme abandonnée D' vn extrême desespoir ; Monstrant sur moy ton pouuoir saoule, saoule ton cœur, Car ton efibrt est vainqueur !

188 PREMIER UYRS D'ANDRE DE RIVAYDEAV.

Aa y si vne mort soudaine Deuançoit la cruauté De l'entreprise certaine Que mon ame a proietté , Mon mal moindre en eust esté , Au moins mon esprit alors Sans crime eust laissé le corps.

Veux- tu y sanglante furie,

Touiours bourrelier mon cœur

D'horrible forceneriCy

De sang bruslé , de terreur :

La venimeuse liqueur

Que ie pren ie le sçay bien,

Fors elle ie n'ay rien.

Rien ne m'est plus agréable Que cela dont ie n'ay rien.

Rien ne m'est plus exécrable Que cela qui plus est mien :

importable lien , le n'ay point ce que ie doy Ce que i'aborre est en moy.

Aa que l'eusse au moins, chetiue, Trois pestes dedans le cœur.

Ou vne sangsue viue Au lieu de ce grand malheur !

Mais plustot Dieu , mon Seigneur, Tourne ma rage à l'enuers , Car autrement ie me pers !

COMPLAINCTE CINQVIESME

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