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En votre Royauté , qui, de sceptre et couronne Semblés les autres grans , et non de la personne ; Miroir des bonnes meurs et de la pieté, Suy liant les pas d'Astree et la droicte équité ; Très-liberale aux bons, aux meschants rigoureuse , Amie des sçauans , sçauante et vertueuse , Vers qui ni les plaisans, les poètes, ni flatteurs, Ni ces trouueurs d'argent, ni ces grans prometteurs Ont fauorable accès ; mois ceux dont la iustice Vous est bien aperceuê , ennemie du vice.
Mais faut-il discourir si longuement vn fait Esprouué par les bons , que tout le monde sçait? Il suffit que cela m'a fait vouer mon liure A vostre maiesté pour plus seurement viure Soubs si digne faueur, qui sauez estimer Les escripts saints et bons, les louer et aimer ; Qui taxe la bonté d'vne fauce sagesse , Et l'estime souuent au prix de la vieillesse : Comme les vieux escus , les poèmes plus vieux , Il tient pour les meilleurs, plus chers et prétieux. C'est tout, ie veux pourtant vous aduertir d'vn cas, Le iugement du peuple ici ne suyués pas, Il hait les nouueautés, et les plumes Grégeoises Et Romaines il met au dessus des Françoises.
Il faut en préférant les estrangers aux siens , Et aux doctes nouueaux les resueurs anciens, le croy qu'il y en a , dont la troupe est petite , Qui de tous ces premiers esgalent le mérite, le ne mets en ce ranc vn monde d'escriuains.
Qui de mille cayers nous barbouillent les mains , Ne seruant qu'aux beurriers et aux fripiers libraires ,
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AUX merciers , aux grossiers et aux apothicaires.
Mais certes il en est qui aux langues et arts
Nous rendent les esprits de ces diuins vieillards \
Soit y si ie l'ose dire, en la théologie.
Ou en la médecine ou la philosophie ;
Et de ma part ie veux , tant que ie puis tascher,
Quelques fautes fuir, ou ie vois trébucher
L'Euripide ancieu , dont le grand Âristote ,
Très-seuere censeur, le chastie et le cotte ;
le ne veux suyure Plante en ce qu'Horace a dict
Estre en luy vitieux, rabaissant son crédit.
Mais de ces repreneurs les plumes trop hardies
N'eussent peut-estre fait de bonnes tragédies ,
Et aussi n'entrepren-ie au langage estranger
A ce prince tragic de mè comparager.
Bien que i'escrive en grœc, et bien que ie l'entende,
le ne sçaurois pourtant faire vne œuure si grande;
Mais ie veux en ma langue oser, audacieux ,
Faire entendre qu'on peut tout autant que les vieux ,
Lorsqu'ils ont le mieux faict, sans ensuyuir pour guide
En ce qu'ils ont failly Plante ni Euripide.
Quoy ! chascun dict ainsi, et chascun se promet,
Faucc témérité 1 d'ataindre le sommet;
Tous brouillent le papier, tous se meslent d'escrire ,
Et des hommes cecy presque est la faute pire.
Moy-mesme qui me di escrire point ou peu ,
Auant l'aube du iour ie demande du feu ,
le demande vne plume, et de fascheuse grâce
Vint suiets entrepris ie renuerse et retrace;
le hurte le poupitre et mordille mes doits,
le tien la veuê basse, et haute quelquefois;
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le suis impatient, ie rechigne et me ride :
Or ie veux commenter TElectre d'Euripide , Or ie yeux eclarcir les grans thesors des Grœcs , Ores des liures saintz les plus rares secrets. Comment! vn autre ouurier ne prendra la boussole , Ni le cadran, craignant de mal jouer son rôle, Celuy n'ordonne pas le cirop incognu Au malade, qui est pour artizan tenu.
Car c'est aux médecins à composer les doses De casse et d'agaric et de pareilles choses ; Chascun fait son mestier, mais les sages et fous , Les bons et les mauuais escrivent presque tous.
le ne yeux pas toucher les humeurs des poètes , Leurs cerneaux esuentés, leurs trop légères testes , Leur vie trop oisiue, ou leur condition Chetiue et affamée ou leur présomption.
le diroy seulement qu'on iuge le poète Non pas tant par les vers que le suiet qu'il traite ; Ëmpedocle se doit philosophe nommer, Thëognis ne se doit poète surnommer, Ni Phocylide encor, Lucrèce , ni Pontan , Ni Candre , ni Lucan , ni mesmes Opian ; L'vn traite la nature et vn autre l'histoire; L'autre enseignant les meurs a auancé sa gloire. Autres sont les discours de la folle Sapphon, De Stesichore, Ibyc, du chauue Anacreon.
le veux de ces premiers surpasser le mérite , Non pas par mon sçauoir, car ma force est petite ; Mais par le puissant nom de ce très-grand seigneur Dont ie chante les faicts, la victoire et l'honneur.
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Ma Dame , ce nom-là in^aporte confiance Que soubs yostre faneur la Nauarre et la France Receuront mon labeur, et verront quelquefois Mon liure bien venu aux familles des Roys.
D'ANDRE DE RIVAVDEAV