‹ Les œuvres poétiques en patois percheron de Pierre Genty, maréchal-ferrantChapitre 10 sur 44 · DE LÀ FORMATION DE U UNGUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DE LÀ FORMATION DE U UNGUE FRANÇAISE

Do la comparaison des langues de l'ancien et du nouveau monde, la presque-certitude d'un double fait résulte : en premier lieu, lexistence d'une langue primitive, unique ; en second lieu, Tavénement imprévu, brusque , d'une catastrophe qui bouleversa cette langue et do ses débris (peut-être) forma plusieurs autres langues.

Le premier fait semble démontré par le nombre relativement considérable de mots-racines qui, malgré toutes les

aventures qu'ils ont eu à subir depuis tant de siècles, se reconnaissent encore dans la plupart des langues et leur sont communs. Si ces mots seuls ne sont pas, comme on Ta dit, suffisants pour établir d'une manière irréfragable l'étroite parenté des langues actuelles, si d'autres caractères ont dû être exigés pour admettre cette parenté, ils suffisent néanmoins pour rendre très-probable, sinon certaine, l'existence de cette langue unique dont parle le chapitre xi de la Genèse.

Le second fait s'atteste lui-même. Les avantages pour l'espèce humaine de n'avoir qu'une seule langue , étaient trop grands pour que les hommes songeassent à varier leur langage. Et en supposant que, comprenant mal leurs intérêts, ils en fassent venus à une séparation volontaire , pour quels motifs eussent-ils introduit dans leur langage une autre séparation ? N'avaient-ils pas , même dans cette hypothèse d'une scission , tout intérêt à maintenir l'unité, l'homogénéité de leur langue? — Donc, il faut nécessairement adopter le fait d'une révolution dans le langage, et d'une révolution indépendante de la volonté humaine.

Aussi, quand nous parlons de rechercher comment se sont formées les langues, ne faut-il entendre que les langues plus ou moins dérivées de celles qui suivirent la grande catastrophe babélienne. En d'autres termes, les langues issues, non de la langue primitive, mais des langues nées elles-mêmes de la langue primitive, tel est le cercle dans lequel nous nous enfermons et hors duquel nous' ne voulons (ni n'osons) sortir.

Les langues immédiatement issues de la langue primitive

ne paraissent pas, si l'on en juge par les langues présentement connues, avoir dépassé le nombre de trois. Mais si le nombre des langues fut à ce point limité dans le principe , il n'en fut pas ainsi vraisemblablement des dialectes ou plutôt des patois qui en résultèrent (4). Ces langues, à raison même de leur origine, durent contenir en elles des éléments de décomposition qui sans doute ne tardèrent pas à se développer. Par suite , de nouvelles langues apparurent , résultat d'une fusion des patois ; car s'il est vrai de dire : omne vivum ex ovo, il ne l'est pas moins de prétendre que les patois renferment en eux une ou plusieurs langues qui , l'heure venue , se manifestent, se dressent, sans qu'on sache souvent ni d^où elles viennent... ni où elles vont. D'où cette autre conséquence qu'étudier la formation d'une langue, c'est simplement s'enquérir des patois {%) dont elle a pu jaillir.

Dans les langues européennes , ces patois créateurs se découvrent avec assez de facilité ; mais dans les langues presque primitives, il en va tout autrement. Aussi ne donnerons-nous qu'à titre d'hypothèse notre opinion sur la formation des trois langues égyptienne, couschite et sanscrite. Il est infiniment probable que, si quelque vérité surgit de cette étude, des er-

(I) Nous croyons qu'après la catastrophe de la confusion des langues, la race humaine tomba dans un état presque voisin de la barbarie; d'où la naissance d'an nombre indéterminable de patois ou dialectes particuliers. Plus, en effet, on s'éloigne de la civilisation, plus les dialectes se multiplient, comme le prouvent l'Amérique, l'Afrique, l'Océanie, et même le nord de l'Asie et de l'Europe.

(3) Ajoutons : et de la langue en décadence. ( F. plus loin les chapitres relatifs à la formation des langues latine, française, etc.).

reurs plus ou moins nombreuses et plus ou moins graves, se produiront à côté. Que l'extrême difficulté du sujet soit notre excuse 1 Et puisse le mot deVirgile, VAudentes fortuna juvat, ne pas recevoir, en notre personne, un trop gros démenti !...

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