‹ Les œuvres poétiques en patois percheron de Pierre Genty, maréchal-ferrantChapitre 11 sur 44 · Chapitre I. — De h formation des langues égyptienne · texte numérisé non relu

Chapitre I. — De h formation des langues égyptienne

couschite et sanscrite. •

Vunique berceau de la race humaine fut TAsie. L'exubérance de la population, d'une part; la quasi-disette d'habitants dans le reste du monde, d'autre part, le prouvent jusqu'à l'évidence. C'est une sorte d'axiome. — Aujourd'hui encore, tandis que l'Asie a 4 habitants par kilomètre carré , l'Afrique n'en a que 2, l'Océanie; 4, 9, et l'Amérique 4 (4). N'est-il pas palpable que si, pour chaque portion du globe, une race spéciale avait été créée, cette race se fût propagée , dans chaque portion du globe, d'une manière infiniment moins inégale? Ou bien il faut admettre (ce qui serait contre tous les faits historiques) que les populations de l'Amérique, de l'Océanie, etc., ont reflué vers l'Asie, ou bien il faut admettre que l'Asie a déversé son trop-plein sur les autres parties du monde...

Donc, l'Asie fut le creuset où s'élabora l'humaine espèce. C'est là que l'espèce naquit, habita d'abord, et de là qu'elle se répandit par tout le globe terrestre.

(i) L'Europe a 34 habitants par kilomètre carré; mais chacun sait que c'est an détriment de l'Asie qu'elle s'est si richement peuplée. — Le foyer central de la civilisation s'est déplacé, et par suite le centre d'attraction de rhumanilé... Les slayes causeront un nouveau déplacement de ce centre.

Mais quels furent les premiers habitants de l'Asie? Ést-il possible aujourd'hui d'y saisir la trace des trois grandes variétés de Cuvier et de Latham (Mongolienne, Africaine et Européenne), variétés qui, primitivement, durent être beaucoup moins tranchées que de nos jours (I)? Comment se rendre compte d'une multitude de faits, en apparence sans rapport entre eux, mais qui cependant doivent être reliés par quelque trait-d'union, tels que l'écriture hiéroglyphique des Egyptiens, aujourd'hui encore usitée (quoique fort altérée) dans l'Empire chinois ; la langue à flexions parlées des Othomi du Mexique qui rappelle la langue chinoise vulgaire ; les langues des Esquimaux, des Lapons, des Hongrois et même des Basques qui, sur plusieurs points, confinent à celle des Tartares, etc. , etc. ?

Pour s'expliquer ces faits, nécessité est de supposer que, à une époque impossible à déterminer, mais dans tous les cas fort antérieure à l'état de choses actuel :

4° Trois peuples, au moins, couvrirent le sol asiatique. Ces trois peuples sont représentés aujourd'hui par les Chinois, les Tartares, les Sémites et les Hindous.

(I) Les variétQB de l'espèce humaiDe sont loin d'être ÎDexpIicablcs. Chacun sait comment dans les espèces chevaline, ovine, bovine et porcine, on obtient et perpétue las variétés. Eh bien ! les variétés de notre espèce n'ont pas d'autres causes, sauf celle du climat. — Voici deux populations asiatiques voisines, différant à peine entre elles, mais toutefois différant un peu. L'une se rend en Amérique, l'autre reste en Asie. Il est évident que, ainsi séparées, et avec le temps, elles différeront presque du tout au tout, puisque chacune se sen perpétuée à part, sans mixtion. — Après trois ans de séjour en Afrique, voyez nos zouaves ! Ce sont toujours d'intrépides français sans doute, mais ils n*ont plus le faciès français. Qu'est-ce donc d'un peuple qui vit à part pendant des siècles ?

2o Plusieurs migrations de ces Irois peuples eurent lieu vers l'Amérique (Esquimo-Tartares , Othomo-Chinois) ; vers TAfrique ( Egypto-Chinois , Couschito-Sémites, et Couschito- Hindous]; vers TOcéanie (Malayo- Chinois, Malayo-Hindous , Malayo-Couschites) ; enfin vers TEurope (Ibéro ou Basco-Tartares etCelto-Hindous).

30 Après ces premières migrations, vraisemblablement causées par quelque invasion des Chinois , des Tartares, des Sémites et des Hindous (4), ces peuples entrèrent réellement en possession de TAsie.

4<> De nouvelles migrations eurent lieu alors. Les Hindous et les Tartares fournirent à l'Europe, ceux-là les Pélasges, les Latins, les Germains, les Slaves ; ceux-ci les Lapons, les Hongrois, etc. ; les Sémites donnèrent à l'Afrique, les Hébreux, les Arabes, etc. Les Chinois et aussi (probablement] les Tartares et les Sémites donnèrent à l'Océanie un nouveau contingent de leurs indigènes.

5° L'Asie, enfin débarrassée de son excès de population, rentra, pour ainsi dire, en elle-même, et marcha à la conquête de la civilisation, mais à part de ses enfants émigrés.

(I) Ces invasions durent avoir lieu successivement, non simultanément. — D'après l'âge apparent de leurs langues, les Chinois ont dû les premiers descendre de leurs plateaux, ou du pôle arctique, et envahir l'Asie orientale ; les Tartares ensuite, puis les Sémites, puis les Hindous. Mais si Ton fixe l'âge d^ peuples d'après leur position par rapport à l'équateur, il y aurait quelque changement à faire dans la succession de leurs invasions. ^- Cette conlradic' tion apparente disparaît, lorsqu'on réfléchit que les invasions, et par suite les migrations, ont dû avoir lieu suivant des directions parfois toutes différentes, les circonstances ne pouvant toujours être identiques.

Après ce préambule nécessaire, revenons aux trois langues égyptienne, couschite et sanscrite, qui sont les plus anciennes langues connues, mais d'âge différent. ( L'existence du couschite n'est que soupçonnée).

Langue égyptienne, — Si nous ne craignions de pousser trop loin Tesprit de système , nous dirions que la langue des anciens Egyptiens dut avoir pour patois créateurs des patois représentés aujourd'hui par le Chinois, l'Othomi du Mexique, le Tibétain, et peut-être encore quelque patois Couschito-Sémitique. — Primitivement, les Egyptiens durent occuper l'Asie orientale. Envahis par les Chinois et les Tartares, lesquels venaient du nord (4) ou de l'ouest, il leur fallut reculer devant

(I) Généralement, on n'admet pas que l'espèce humaine ait pu prendre naissance, soit dans la région du pôle (arctique.), soit sur des plateaux dont la température approche de celle des pôles. On objecte que l'homme, enfant^ dut plutôt être placé dans des conditions diamétralement opposées, c'est-àdire dans un climat au moins tempéré. Cette erreur a pour point de départ une comparaison très-fausse entre l'homme actuel, c'est-à-dire déjà vieux, et l'homme primitif ou naissant. — On ne réfléchit pas que l'enfant est beaucoup plus apte que l'homme fait à supporter l'inclémence de l'air ambiant ; que l'enfant, grâce à Vénorme chaleur UUente qu'il recèle, loin de vouloir une température élevée, exige au contraire une température très-modérée; que, par exemple, l'enfant de l'homme du nord (non l'enfant du Lapon, toutefois, comme on le verra ailleurs, mais celui du Slave) réclame une température inférieure à O» et presque continue. — Pour se rendre compte de l'extrême chaleur latente existant chez l'enfant, on n'a qu'à prendre le chiffre des pul sations qu'il fournit par minute. Tandis que l'homme fait n'a qu'une chaleur représentée par 55, 60, 65 et 70 pulsations, l'enfant en a une représentée par 95, 400, 130 et même 130. L'oiseau qui, en sa qualité d'habitant des airs , a l'avantage de pouvoir, même en été, se procurer des températures polaires ou quasi-polaires, possède une chaleur latente représentée par 180, 200, 350 pulsations. — Ainsi, loin que les hommes primitifs (à moins que Dieu n'ait j ugé bon de changer la condition humaine depuis lors) n'aient pu nattre dans

eux. Sous la pression de nouveaux envahisseurs, ils passèrent tour à tour dans le Turkestan, la Perse, la Turquie d'Asie et enfin dans la contrée où leur nom slllustra, TEgypte. Avant de quitter la Chine ils léguèrent aux Chinois leur écriture ou du moins leur donnèrent la première idée de l'écriture pittoresque. Le patois des Chinois, renforcé probablement des débris de TEgyptien et des patois tartares, devint langue alors (4).

Couschites. — « La métropole de Cousch, dit M. E. Renan, Langues sémitiques, p. 346, parait avoir été bien plutôt TA-

on milieu glacial, on peut affirmer, au contraire, qu'ils n'ont pu naître et vivre, même dans un milieu seulement tempéré. — Dans toutes ces questions, on le répète, l'oxigène, la pression atmosphérique, le magnétisme terrestre, jouent le rôle principal. — Nota. Pour obtenir la somme de chaleur latente d'un sujet, on doit préférer le cœur au thermomètre. Le thermomètre donne seulement les degrés de chaleur qui parviennent du cœur aux surfaces; mais le cœur accuse les degrés de chaleur partis de leurs foyers pour se rendre en lui, c'est-à-dire au moment même oh la chaleur vient de quitter l'état latent. DéperdiUon presque nulle, par conséquent.

(1) Ce n'est pas seulement par loor écriture que les Egyptiens tiennent aux Chinois; c'est aussi par leur langue. « Plus on remonte vers l'état primitif du copte, dit un éminent philologue, plus on trouve une langue analogue au chinois... » (Ernest Renan, Histoire générale des langues sémitiques, t. I, p. 86 et passim. — Voyez encore Wiseman, Rapports entre la science et la religion révélée, p. 51-66). *- On a dit que les Egyptiens n'étaient qu'une colonie chinoise; nous ne le croyons pas. D'abord, le type égyptien nous paraît différer du type chinois •, ensuite, on ne voit pas que les colons aient entretenu des rapports avec leur métropole ; ce qui serait assex singulier. — Le fait d'une expulsion par les Chinois nous pandt donc plus vraisemblable. — Une 9* hypothèse peut, cependant, être produite encore. On peut supposer, en effet, que les Egyptiens étaient vis-à-vis des Chinois ce que les Provençaux on les Bourguignons sont vis-à-vis des autres Français. Dans ce cas, les Egyptiens seraient, non pas une colonie chinoise, mais une migration chi* noise...

byssinie que ITémen, à Ol point que des exégètes de premier ordre, tels que Gésénius, ont nié qu'on dût chercher des Couschites ailleurs qu'en Afrique. Cousch est présenté par Jérémie (XIII, S3) comme un pays de noirs et sans cesse mis en rapport avec TEgypte (Isaïe, XX, 3-5 ; XXXVII, 9). La civilisation couschite se rattache d'ailleurs, par son caractère général, à celle de l'Egypte, et il est probable qu'une exploration plus complète des langues de l'Abyssinie et de l'Arabie méridionale fera apparaître des liens secrets entre les membres épars de cette grande famille qui , étouffée en Asie par les peuples ariens et sémitiques, n'est arrivée qu'en Afrique à son plein développement (4). »

Les patois qui auraient formé le couschite, dont le fond (2) était sémitique, ne pourraient être que l'himyarite, le mahri, l'hébreu, l'arabe, le phénicien, le punique, peut-être le ghez et même le copte. Mais ce ne sont là, on le répète , que des conjectures. Le couschite lui-même n'est encore qu'une hypothèse. — Ce qui paraît assez positif, c'est que les civilisations phénicienne, assyrienne, punique, n'étaient essentiellement ni sémitiques ni ariennes, mais se rapprochaient remarquablement de la civilisation égyptienne. Or, comment expliquer ce fait en dehors de l'hypothèse d'une troisième race , ni sé-

(1) Et aussi, probablement, dans l'Asie sud-occidentale, à Niniye et & Babjrlone.

(2) Ceci résulte des remarquables travaax de MM. J. Oppert, Fresnci, Layard, etc., sur les inscriptions assyriennes.

milique ni arienne, mais couscbite, ou du moins composée en majeure partie d'élémens couschiles (4 ) ?

Sanscrit Les patois dont se serait formé le sanscrit sont^ outre quelques-unes des langues anciennes ou modernes de THindoustan et de Ceylan (le pâli, entre autres], — les divers dialectes celtiques, les dialectes grecs et latins, les dialectes teutoniques, les dialectes slaves, etc. Les nombreux rapports, grammaticaux et lexiques, qu'on remarque entré toutes ces langues, les ont fait avec raison grouper dans une seule famille : la grande et belle famille indo-européenne. Chacune a son cachet; mais leurs traits sont mômes et ne difièrent qu'en ceci : ils sont plus on moins accusés. — D'après la théorie qui sera développée plus loin, les patois pré-existent à la langue et c'est des patois que la langue jaillit. Delà cette conséquence que les dialectes germaniques , slaves , etc. , n'ayant point existé comme langues avant le sanscrit, ont dû nécessairement exister comme patois, et avant que le sanscrit fût langue et pendant qu'il fut langue ; partant, ils ont dû contribuer à sa formation, les patois n'ayant que deux rôles à remplir: celui de former une ou plusieurs langues, et celui de les remplacer, (en devenant langues eux-mêmes), lorsqu'elles disparaissent.

(1) Hais d'où Tenaient ces Couschites ? Est-ce que les Couschites ne seraient peu simplement des Hindous etwahis et chassés par les Ariens? — Les Ariens ne furent pas, il est très-probable, la première couche humaine de l'Hlndoustan ; si on leur donne le sanscrit pour langue, il faut de toute nécessité admettre qu'ils sont très-postérieurs aux Egyptiens, aux Chinois, aux Assyriens et même aux Sémites proprement dits. — Mais s'ils ne sont pas la première couche humaine de l'Hindoustan, quelle fut cette première couche et que deyint-elle après l'invasion des Ariens ?

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