RÉSUMÉ
Les lacunes de cette première partie sont nombreuses. On 8'efforcera plus tard de les combler.
Dès maintenant, toutefois, les principes suivants paraissent hors de conteste :
4 . A Torigine , les langues durent n^avoir que les racines. Elles furent complètement synthétiques {\). — On pourrait appeler cette phase des langues ; phase despotique.
(I) D'après la loi qui régit les migrations, c'est dans les régions éqaatoriaies qu'on devrait rencontrer les peuples les plus anciens et par conséquent les langues les plus synthétiques ou primitives. Cette loi, en effet, n'est pas moins rigide que les autres lois naturelles. Mais l'homme sait s'y soustraire, comme il sait se soustraire à toutes les autres (sauf la maladie et la mort) ; seulement, il paie cher ses infi-actions.. . — La loi de migration veut que tout peuple, né aux pôles ou sur le plateau d'une montagne dont la température égale approximativement celle des régions polaires, parte de là pour aller, plus ou moins directement, mourir sous l'équateur. Le peuple qui obéit à cette loi parcourt normalement toutes les phases de son existence ; en géné< rai, il meurt de vieillesse, non d'accideut. — C'est donc sous l'équateur qu'on devrait, en bunne logique, aller chercher les langues et les peuples les pins anciens. Mais cette logique serait mauvaise. L'homme la déroute. Que ne déroute-t-il pas ? Il est rare qu'un peuple entier se soit soumis à la loi ; une fraction de ce peuple, pour une raison quelconque, est demeurée ou même a rétrogradé, lorsque l'autre fraction marchait en avant. Aussi les langues le»
s. Le premier progrès accompli par les langues fut la conquête du pronom démonstratif ; le second fut celle du pronom personnel. — Rébellion contre la synthèse.
3. L'article et le verbe auxiliaire constituent le troisième progrès des langues. — Révolution contre la synthèse.
4. Les premières langues à articles exprimèrent : d'abord la racine, puis Farticle (Oom-iis, maison-le ou la). — Première phase de la période analytique ou démocratique, — Oligarchie.
5. Les langues à articles, perfectionnées, exprimèrent, expriment : d'abord un article, puis la racine, puis un 2« article (la mais'on) (4). — Langues synthético-analy tiques. — C'est
moins arancées se rencontrent-elles plutôt yen les pôles que dans la zone équatoriale... — Qu'est-ce que les Hongrois ? Des Lapons, des Esquimaux, qui ont émigré. Qu'est-ce que les Esquimaux et les Lapons ? Des Hongrois qui n'ont pas émigré. ~ Aujourd'hui, il est radicalement impossible aux Esquimaux, aux Lapons, etc., de quitter leur sol. L'heure est passée. Telle est la pénalité portée contre eux par la loi de migration qu'ils ont enfreinte. (Il y a, au fond de ce fait, une question de pression atmosphérique, d'oxigène, etc. Les habitants de nos propres montagnes, habitués à une pression atmosphérique moins forte que dans la plaine, ne se plaisent qu'aux montagnes. Dans les deux phénomènes relation étroite). -> Nous ferons remarquer, en passant, que les Lapons n'ont pas l'espèce d'article pré-nominal des Hongrois ; mais les désinences casuelles de leurs substantifs reproduisent assez exactement leur pronom démonstratif, tat, (comme dans le sanscrit). Us ont donc l'article post-nominal, seulement. — De même pour les Tchérémisses et les Zyraines, autres Ouralieas.
(1) On a dit d'abord mason (ma-s-on, mèrede-la ou Ze, c'est-à-dire le (logis) de la mère) ; on le dit encore dans plusieurs patois vie picard, entre autres).
Un mot sur l'origine de l'article pré-nominal. — Nous ne pensons pas que cet article ait l'origine qu'on lui a attribuée et qui consisterait en ce que, au lieu d'écrire et de lire dt droite à gauche (hébreu, arabe, malais^ etc.) on se serait mis h lire et à écrire de gauche à droite (sanscrit, latin, etc.) -, alors
la fusion du despotisme, de Faristocratie et de la démocratie ; deuxième phase de la période analytique.
6. Si toutes les langues actuelles ne possèdent pas Tarticle et Tauxiliaire, toutes, sans exception, possèdent les racines, — déformées ou non, en plus ou moins grand nombre, etc. (4 ).
7. L'âge relatif des langues s'établit sur Tabsence ou la présence de l'article (et de l'auxiliaire], et d'après le degré de perfection atteint par ces deux éléments (2).
rartide poBt-nominal (ou désinence casnelle) serait devenu tpto facto article pré-nominal. L'écriture en boustrophédon aurait, dans cette hypothèse été une sorte de transition. — Nous croyons que les choses se sont passées plus simplement. Pour désigner un arbre, on a dit d'abord arbre. Puis, pour le désigner plus nettement : arbre-ce. Enfin, pour le désigner plus nettement encore : ce-arbre<i (ceci arbre, c'est-à-dire cet arbre que voici). Or, commt) le pronom démonstratif et l'article furent primitivement tout un, il n'est pas surprenant que, dans nos langues modernes, où l'article a si bien secoué le joug du démonstratif, nous ayons, au lieu du démonstratif pré-nomlnid, un article pré-nominal, et même un autre article (celui-ci post-nominal), pour tenir lieu de la seconde partie du démonstratif (et) rejetée après le substantif. <•*- [ Le mot arbre qu'on vient de citer fait voir jusqu'à quel degré l'esprit d'analyse a été poussé, peut-être à leur msu, par les peuples modernes. C mot §6 décompose ainsi : ar-b^e, mot à mot air-de-le (c'est-à-dire le (né) de Pair ou celui qui se balance dans l'air). Quand donc nous disons: cetarbre<if <^est comme si nous disions : cetparbre-le-ci. On ne peut guère désigner plua minutieusement un objet ; est-il possible , après tant de précautions, de le prendre pour un autre ? ]
(1) Nous ne voulons pas dire que toutes les langues ont les mêmes racines, mais qu'elles ont toutes des racines ; ce qui prouve que l'esprit humain , au fond^ procède partout identiquement. — Mais nous allons plus loin et nous ■ontiendrons, jusqu'à preuve contraire, que toutes les langues actuelles possèdent l'article et l'auxiliaire, au moins à l'état de rudiment. Les langues purement synthétiques sont mortes et très-probablement à tout jamais perdues.
(S) Nous parlons de la langue, non des patois dont elle a sui^. L'âge de ces patois est le plus souvent, sinon toujours, impossible à déterminer. En d'autres termes, le berceau de chaque langue est un nuage.
8. Le principe de Vunité de composition régit aussi les langues.
9. Toutes les langues, dépouillées de leurs accessoires (devenus si essentiels), sont identiques.
40. Toutes les races humaines, dépouillées de leur derme, sont physiquement semblables.