XVII
servi de la partie déslnentielle du pronom, partie qui, frappant le plus Toreille, leur semblait principale, essentielle. C'est rhistoire du chien de la fable. — Les nominatif et accusatif pluriels du pronom démonstratif, ^t rnams, viennent encore à Tappui de cette explication. Les mots, au fond, n'en sont qu'un; ils équivalent à notre démonstratif ces, qui se décompose en ce et es = ce les ou Zes ce. Dans ces, on a bien évidemment pour désinence es = les. Cette désinence es équivaut au rnams tibétain qui, comme elle, fournit aux substantifs élevés au pluriel, leur marque distinctive.
Il y a donc en tibétain sinon une déclinaison parfaite, du moins un embryon de déclinaison régulière, précurseur de la déclinaison parfiaite.
t*^ Le sanscrit, — Si maintenant on rapproche la déclinaison sanscrite de la déclinaison tibétaine, on saisira de suite leurs rapports et leurs différences. — On peut dire que les deux déclinaisons suivent la même route, mais d'un pas inégal.
SINGOLIER.
Nom.
fils le.
Voc.
Sû-n-ô,
fils ô.
Ace.
SÛ^'Um,
fils le.
lostr.
Sû^-un-'à,
fils avec le.
Dat.
Sû-n-avê,
fils à le.
(1) Qnoiqae plusieurs langues modeines aient la racine sun en an mot, nous croyons qu'il faut la diviser ainsi : siHt. Pour nous, le mot sû-n us signifie : sein-de-le ou le (né,8orti; du sein, c'est-à-dire fils. A Tinstrumental su-rirun-à, on a : sein-de-avec-le on avec le (né) du sein, c'est-à-dire avec le fils, etc.
PLURIEL
Sé-n^vas,
lils-les.
Sii-^-ûn,
fils-les.
Sû-n-ubk-is,
Bls-avec-les.
Sû-n-ubk'yas,
fils de les.
Sû-Urûnàm,
fils de les.
Su^n-uek-u,
fils en les.
Ab., Géo. SilHi-d«, fils de le.
Loc. Su-A-âii, fils en le.
Nom.
Voc.
Âcc.
Instr.
D., Abl.
6én.
Loc.
30 Le latin.
i° Le russe.
50 Le basque. •— C'est une langue polaire perfectionnée. Elle a dû traverser le sanscrit, sur la déclinaison duquel elle a peut-être modelé en partie sa déclinaison. — La langue des Esquimaux, des Hongrois, des Basques, etc., a certains traits communs qui, mieux étudiés, devront jeter quelque lumière sur i'histoire des migrations.
6° La langue des Esquimaux appartient, il nous semble, à cette classe. Soit le mot nuna, terre. Comme ce mot fait au génitif nun-^n-a, il est probable que, dans le nominatif nun-a, Va final tient réellement remploi d'article. Au duel, on dit nun-eik, et au pluriel nun-eit, ce qui confirme notre opinion. Va du nominatif se trouvant fondu dans la première syllabe de Tarticle élevé au duel et au pluriel. — En outre, le démonstratif est unna ou ti-na,
g 4. Langues où le substantif est précédé d'un article et suivi d^un second article (4).
i^ Le grec ancien. Nom. hè gu-n-ê (2), la femme-la.
Gén. lés gu-'n-aîk-ùt, de la femme-la.
29 Le grec moderne» Nom. hê eid-ês^is, la nouvelle-la.
Gén. têi eid-ês-eôs, de la nouvelle-la.
50 Le portugais. Nom. pain-el, le tableaa-le.
Gén. do pain-el, de le tableau-le.
4° V anglais. Nom. the wo^ma'n, le femelle-homme-le.
Gén. of tke wo-ma-ti ^ de le femelle-homme le
5<> L'espagnol. Nom. el pad-re (3), le përe-le.
Gén. del pad-re, de le përe-le.
6<* V italien. Nom. /a nio-ra (3), la sœur-la.
Gén. delta sno^ra, delà sœur-la.
(1> Oa plus exactement : Langues où le substantif est, aux génitif, datif, accusatif et ablatif, précédé d'une préposition contractée et d'un article, et suivi d'un 3* article ( et parfois d'une 3* préposition contractée, simultanément). — Le grec a sa préposition pré-nominale comprise dans t^on article tés (t-ex-ês), comme le français dans du (de le, primitivement do-ou), comme le portugais dans do (de 0), etc.; mais le grec a, de plus, une 3« préposition postnominale : gu-n-atk-os (terre-de-de-Ze), keph-al-és (haut ou chef-de-de la). — Il est évident que chaque peuple a fini par ne plus distinguer, dans ses vocables^ l'accessoire du principal, et alors, de l'un comme de l'autre, il n^a plus fait qu'un mot unique. Cette faute ne dut pas exister dans le principe, comme on le voit dans les langues reUUivement primitives, l'esquimau, le malais, etc., où elle est plus rare.
(3) Mot à mot la savoir-de-la ou la (née) du savoir ou de Rapprendre.
(3) El padre devrait plutôt se décomposer ainsi : el pa-d-re, comme il sera expliqué ailleurs. — > Suora devrait s'écrire : suo-r-a. — Sceur, soe-u-r.
Le provençal.
Nom.
lou val-a,
le ruisseau-te.
Gén.
doou val-a,
de le ruisseaa-le.
L'allemand,
Nom.
der Val-er,
le père-le.
Géo.
des Yat^er-s,
de le pèr43 de le.
Le hollandais.
Nom.
de broed-er.
le frère-le.
Gén.
des broed'ers,
de le frëre-de-le.
Le français.
Nom.
la ««tt-r (4),
la sœur-la.
Gén.
delà sceu-r,
de la sœur-la.
44° Le Bas-Breton (cymre) ne parait pas d*abord devoir entrer dans cette classe. Cependant, nous l'y maintiendrons... jusqu'à plus ample informé.
SINGDLIEB.
Nom. ar paôl-r (2), le fils-le.
Gén. eûz ar paôl-f, de le fils-le.
Da(. d'ar paôi^ (5), à le fils-le.
PLU&IEL.
ar baôi-red (4), le fils-les.
euz ar baôl-red, de le fils-ies.
d'ar baôt-red, à le fils-les.
Ce mot paôtr, avec la signification de fils , est une chose assez bizarre. En remontant au sanscrit, on croirait qu'il dût plutôt signifier père. Telle est la première impression. — Mais
(1) Voir la note précédente.
(2) r pour er (allem.). — Toutefois, le bas-breton n'a rien emprunté à l'allemand, ni Tallemand au bas-breton. Ils ne se doivent rien... ou fort peu.
(3) Les Bretons ont fait leur datif ayee la particule de comme nous faisons parfois notre génitif avec à (le livre à Paul). L'un n'est pas plus surprenant que l'autre.
(4) Bed pour der. Inversion fréquente dans ces sortes de langues.
décomposons ce mot comme il doit l'être : paô^t-r, on obtient père-de-le ou te- (né) 'du-père, c'estrà-dire le fils. — En général, les peuples ne sont pas des hommes de génie ; mais ils ont une dose de sens commun extrêmement remarquable. Aussi doiton y regarder à deux fois avant de les accuser d'illogisme. Leurs excentricités mêmes ont un sens....