L'ASSOCIATION MÉTALLURGIQUE ET MINIÈRE CONTRE LA TUBERCULOSE
La lutte contre la tuberculose. — Les industriels ne peuvent rester indifférents devant les fléaux, tels que la tuberculose ou l'alcoolisme, qui ravagent nos sociétés. Ils sont poussés à les combattre, non seulement par des raisons d'humanité, mais aussi par intérêt bien entendu. Ces maux frappent tout particulièrement les populations industrielles, et l'industrie ne peut prospérer si les ouvriers qu* la font vivre sont décimés par la maladie. Les industriels ont-ils les moyens de combattre ce mal efficacement?
Ni la bonne volonté, ni l'argent ne suffisent ici. Auprès de ce problème ardu, les retraites ouvrières, la prévention et la réparation des accidents du travail apparaissent comme des jeux d'enfants. Devant l'alcoolisme, les industriels sont désarmés. Ce fléau ne pourrait disparaître que par une transformation des mœurs qu'ils sont impuissants à produire. Ils peuvent même moins que d'autres entreprendre cette œuvre, car une foule d'obstacles moraux leur interdisent tout ce qui peut paraître toucher à la vie privée des ouvriers. Tout ce qui leur est permis, comme nous le verrons plus loin, c'est de s'attaquer à une des causes du mal, en procurant des logements confortables à leur personnel.
LES ŒUVFES SOCIALES
La tuberculose paraît plus facile à combattre avec les armes dont disposent les chefs d'entreprise. Encore ne fautil pas se faire trop d'illusions à cet égard. Ils ne peuvent que suivre la voie que leur indiquent les médecins et ceuxci ne sont pas encore très sûrs de leur chemin.
Après avoir concentré tous leurs efforts sur les méthodes curatives, ils se sont aperçus qu'il fallait au moins compléter cette action par une action préventive et prophylactique.
Afin d'atteindre à ce but il fallait trouver un moyen pour : 1^ découvrir l'individu porteur de germes tuberculeux; 2^ l'isoler autant que possible, l'empêcher de contaminer les autres; 3^ l'armer pour la lutte, le mettre à même d'observer l'hygiène capable de le ramener à la santé.
Une foule d'institutions de bienfaisance ont été fondées à cet effet. Les unes ont pour mission de fortifier les enfants des villes et de les arracher aux dangers de contamination : crèches, gouttes de lait, colonies de vacances, envois d'enfant à la campagne, etc. D'autres ont pour but d'instruire les gens du peuple, de leur apprendre les pratiques élémentaires de l'hygiène. Les autres enfin sont chargées de réaliser tout l'ensemble du programme de prophylaxie : dispensaires antituberculeux, ou dispensaires d'hygiène sociale. Ces établissements apparaissent aujourd'hui comme les instruments essentiels de la lutte contre la tuberculose. La loi Léon Bourgeois, du 15 avril 1916, en a fait des institutions officielles.
Le docteur Guinon a défini avec précision leur rôle, dans un rapport à la Commission instituée en 1916 par l'Union des Industries métallurgiques et minières, pour rechercher les moyens de combattre la tuberculose. Le dispensaire vise à :
(( 1^ Dépister la tuberculose dans les milieux ouvriers, rechercher les sujets atteints ou menacés, les attirer à lui pour:
a) faire leur éducation hygiénique et prophylactique à l'égard de leur famille ou de leurs voisins;
b) introduire l'hygiène et assurer la prophylaxie dans la famille par l'usage de crachoirs, le nettoyage, la désinfection des linges souillés et du logement : toutes ces fonctions sont assurées par l'action d'un personnel spécial (infirmières visiteuses spécialisées ou visiteurs enquêteurs formés a cet effet) :
c) accessoirement, soigner les malades, en laissant autant que possible ce devoir aux médecins de la ville, des sociétés de secours mutuels ou du bureau de bienfaisance.
2^ Classer et diriger les malades suivant leur état définitif ou passager vers :
les maisons de convalescence,
les cures d'air;
les sanatoriums;
les hôpitaux et hospices.
3^ Prévenir l'extension de la maladie dans la famille :
a) en attirant l'attention du médecin de famille sur l'état des sujets menacés;
b) en provoquant, par l'intermédiaire d'oeuvres appropriées, l'envoi des enfants en colonies sanitaires (écoles de plein air, stations maritimes ou d'altitude) ;
c) en créant ou en faisant créer des stations de cure préventive destinées aux femmes et aux jeunes filles prédisposées.
4^ Améliorer l'alimentation et le logement du malade et de sa famille par :
la distribution de bons de viande ou de lait;
l'assainissement du logement ou le transfert de la famille dans un logement salubre et plus vaste.
Cette dernière partie du programme peut être exécutée soit par le dispensaire lui-même, soit par les œuvres privées avec lesquelles il est en rapport, soit par les chefs d'industrie
qui y envoient leurs ouvriers, soit enfin par les organisations ouvrières, les sociétés de secours mutuels et les sociétés d'habitations à bon marché avec lesquelles il est en contact. »
Cette institution, qui paraît simple et pratique, a tardé à se répandre en France. Avant la guerre, on ne comptait qu'un petit nombre de dispensaires alors qu'à l'étranger ils s'étaient multipliés. Et pourtant le premier type du genre, le dispensaire Émile Roux, fondé à Lille par le professeur Calmette, remonte à 1901.
Accablés par les nécessités matérielles de l'existence, le plus souvent les ouvriers ne songent à se soigner que quand la maladie les a terrassés. En particulier la tuberculose qui mine lentement sa victime, ne les amène à prendre les soins nécessaires que trop tard. Encore ne s'astreignent-ils que difficilement, même quand on leur en fournit les moyens, à suivre le traitement long et minutieux qui convient à la tuberculose. Pour vaincre cet état d'esprit, il faut, chez les médecins et les visiteurs ou visiteuses des dispensaires, une longue expérience, de la patience, et des dons de persuasion et d'autorité.
Les difficultés morales qui s'opposent à cette œuvre de lutte contre la tuberculose se présentaient particulièrement ardues devant les industriels. Les ouvriers sont tellement habitués à s'entendre répéter que tous les patrons sont des exploiteurs de leur misère qu'ils en sont arrivés à se méfier des œuvres créées par les chefs d'industrie. Les patrons hésitent donc avant d'entreprendre une œuvre dont le succès pourrait ne pas récompenser leurs efforts. A quoi bon monter un dispensaire, se disent-ils, si personne n'y vient?
Pourtant ils ont pris individuellement, de nombreuses initiatives. Auprès des usines métallurgiques, bien avant la guerre s'étaient organisés des crèches, des gouttes de lait, des infirmeries, des dispensaires. Mais une action d'ensemble
ne pouvait être entreprise que par les soins du groupement central, par T Union métallurgique et minière. Celle-ci y fut amenée au cours de la guerre.
Avant 1914, on comptait chaque année en France environ 85 000 décès par tuberculose, dont 38 000 soit 44 p. 100, parmi les personnes âgées de vingt à quarante ans, c'est-àdire dans la force de l'âge. Mais au cours de la guerre, les ravages de la tuberculose ont pris des proportions encore plus alarmantes. Les blessures^ les maladies contractées au front, les fatigues de la campagne ont rendu tuberculeux un grand nombre de combattants. La population civile ellemême a été fortement touchée, à la suite du surpeuplement des villes, du contact avec les exotiques appelés pour les fabrications de guerre, des privations subies notamment par les habitants des régions envahies.
Les pouvoirs publics ne pouvaient rester indifférents devant cette situation.
Le Parlement vota la loi du 15 avril 1916. Cette loi organisait des offices publics d'hygiène sociale, dont la tâche principale était de créer des dispensaires antituberculeux. La gratuité des consultations et des soins n'était accordée qu'aux indigents. Mais la loi en assurait également le bénéfice aux non indigents, suivant un tarif à déterminer par les préfets et les syndicats médicaux. Elle ne devait d'ailleurs pas entrer en vigueur immédiatement.
En même temps se fondait, à l'instigation du gouvernement, le Comité central d'Assistance aux militaires tuberculeux, sous la présidence de M. Léon Bourgeois. Ce fut cet événement qui, avec les circonstances favorables créées par la loi de 1916, amena la formation de l'Association métallurgique et minière contre la Tuberculose.
Au lendemain d'une conférence faite le 4 novembre 1916 par M. Léon Bourgeois au siège du Comité des Forges, il fut formé un Comité de patronage, qui eut pour objet d'apporter
un concours financier à la lutte contre la tuberculose, et de rechercher les moyens pratiques qui pourraient être employés dans l'industrie pour enrayer la marche du fléau.
Sur le premier point, le Comité décida qu'une souscription serait ouverte parmi les membres de l'Union des Industries métallurgiques et minières en vue d'installer un sanatorium pour leurs ouvriers.
Sur le deuxième point, il constitua une Commission d'études chargée d'examiner les questions suivantes : organisation de dispensaires antituberculeux, installation de sanatoria — propagande antituberculeuse dans les milieux ouvriers; logements ouvriers; hygiène de l'enfance; mesures à prendre contre l'alcoolisme.
Cette commission, composée d'industriels, de médecins, d'hygiénistes et de hauts fonctionnaires, se livra à des enquêtes approfondies sur l'état de la lutte contre la tuberculose. De ses travaux est sortie l'Association métallurgique et minière contre la Tuberculose.
Le rôle de rAssociation. — C'est une association placée sous le régime de la loi de 1901, qui s'est constituée le 11 mai 1917 sous les auspices de l'Union. Elle a été reconnue d'utilité publique par décret du 10 mars 1918.
Elle a eu pour première dotation le produit de la souscription ouverte parmi les membres du Comité des Forges et les industriels des Syndicats adhérents à l'Union. Cette souscription a fourni près de 4 millions.
En outre elle dispose, comme ressources normales, des cotisations annuelles de ses membres : 200 francs pour les sociétaires, 100 francs pour les donateurs.
A quel objet doivent être consacrées ces ressources? L'Association, nous dit l'article 1^^ des statuts, a pour but de combattre la tuberculose dans les centres industriels et d'améliorer les conditions d'hygiène de la population ouvrière. D'après l'article 2, les moyens de l'Association
sont : la création et l'entretien de sanatoria, dispensaires, stations de cure, logements salubres, jardins ouvriers, restaurants de tempérance et de toutes autres fondations ayant pour objet d'atteindre le but défini à l'article 1^^.
(( L'Association pourra aussi aider à la création, au développement ou à Tentretien de fondations ne lui appartenant pas, mais poursuivant le même but, en leur allouant, soit des subventions annuelles, soit des subventions en capital. »
Le programme est vaste. Il l'est volontairement. Les fondateurs de l'Association n'ont pas voulu se lier les mains, leurs statuts leur permettront d'utiliser toutes les occasions d'agir qui pourront se présenter à l'avenir. Mais, en fait, l'activité de l'Association se borne pour le moment : 1^ à provoquer la création de dispensaires et à établir la liaison entre ces établissements et les industriels; 2^ à entreprendre la construction d'un grand sanatorium d'altitude; 3^ à organiser la propagande antituberculeuse dans les milieux ouvriers.
Le soin d'améliorer le logement ouvrier a été confié à d'autres organismes corporatifs dont il sera question dans le chapitre suivant. Les mesures à prendre pour lutter contre l'alcoolisme et pour assurer l'hygiène de l'enfance ont paru jusqu'à maintenant devoir être laissées à l'initiative des industriels, que l'Association encourage de ses conseils.
Les enquêtes de la Commission d'études de l'Union et le vote de la loi du 15 avril 1916 avaient montré que les efforts principaux de l'Association devaient se porter sur les dispensaires. Elle entreprit alors de jouer le rôle qui appartient naturellement à un organisme corporatif : donner l'impulsion, provoquer les efforts individuels, mais en même temps les coordonner, les aider et décharger les industriels de tous les soins matériels.
LES ŒUVRES SOCIALES
On organisa donc une propagande auprès des ouvriers et des patrons pour les préparer à l'institution des dispensaires. On représenta aux industriels, tout l'intérêt qu'ils avaient à préserver leurs ouvriers de la tuberculose. Comme bien peu d'entre eux ont les moyens ou même le temps matériel, parmi les préoccupations pressantes de toute sorte qui les assaillent, d'organiser eux-mêmes des dispensaires ou de régler les rapports de leurs ouvriers avec les établissements qui existent déjà, on leur soumit divers programmes en accord avec leur situation.
(( C'est ainsi, dit le rapport du Conseil d'Administration, que l'Association a pu dès l'année 1917, étudier l'utilisation par ses adhérents des dispensaires existant notamment à Paris, dans les XI^, XIII^ et XV^ arrondissements, dans la banlieue parisienne, à Levallois-Perret, et en province : à Saint-Étienne, Grenoble, Lyon, Nantes, Saint-Nazaire et le Havre.
« Dans chacun de ces centres nous avons tout d'abord étudié l'organisation des établissements en fonctionnement et recherché les moyens de coordonner leur action lorsqu'une même ville en contenait plusieurs. Puis, évitant avec soin de prétendre ramener toutes les organisations à un type unique, nous avons indiqué aux industriels de la région, soit le mode qui nous paraissait le plus approprié pour venir en aide aux dispensaires existants, soit dans les centres où aucun dispensaire n'avait encore été fondé, les personnalités et parfois les administrations publiques, les mieux désignées pour prendre les initiatives nécessaires. C'est ainsi que dans telle ville, l'Association a recommandé des ententes individuelles entre les industriels et les Comités qui ont assumé la charge de la fondation et du fonctionnement de ces établissements, tandis que dans telle autre elle a conseillé la formation d'associations industrielles locales ayant pour objet de subventionner ces Comités, en
citant en exemple la Fédération industrielle antituberculeuse du XIV^ arrondissement à Paris, qui a été fondée par l'un des vôtres. »
L'Association a surtout cherché à tirer le meilleur parti de la loi de 1916. Cette loi, comme nous l'avons dit, prévoyait l'institution de dispensaires, sous le titre de (( Dispensaires publics d'hygiène sociale et de préservation antituberculeuse ». Ils sont établis aux frais de l'État, des départements et des communes. La création d'un assez grand nombre de ces dispensaires a commencé. Ils présentent des garanties de bon fonctionnement par la composition de leur Conseil d'Administration et le recrutement de leur personnel. Par suite, il a paru avantageux à l'Association métallurgique et minière de les utiliser partout où elle le pouvait. De cette façon elle n'avait pas à disperser ses ressources en provoquant la fondation d'établissements privés du même genre dans des localités où étaient installés des dispensaires publics.
Elle a estimé qu'il lui appartenait surtout de servir d'intermédiaire entre les industriels et les dispensaires. D'un côté, elle passe avec les dispensaires publics ou privés des traités en vertu desquels ceux-ci assurent aux ouvriers des entreprises adhérentes, les soins prophylactiques ou même médicaux, avec distribution de secours si les industriels le demandent spécialement. L'association donne en retour des subventions aux dispensaires.
D'autre part l'Association passe avec les industriels des contrats d'abonnement, par lesquels ceux-ci s'engagent à lui verser un pourcentage minime du montant des salaires qu'ils paient annuellement à leur personnel (0 fr. 10 p. 100).
Ce système présente, pour les ouvriers et pour les patrons, le même genre d'avantages que les caisses syndicales de retraites et d'assurance contre les accidents du travail. Il décharge le patron d'une tâche absorbante et délicate* Il
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lui épargne les soucis et les dangers d'une action trop directe vis-à-vis de son personnel.
Enfin, le fait qu'un établissement industriel s'est affilié par l'intermédiaire de l'Association à un dispensaire, constitue pour les ouvriers de cet établissement une sorte d'assurance partielle contre la maladie, en l'espèce la tuberculose et ses conséquences.
Le sanatorium de Saint-Hilaire du Touvet. — Le dispensaire est le principal instrument de prophylaxie contre la tuberculose. Le sanatorium est le principal instrument de cure. En même temps qu'elle s'occupait de l'organisation des dispensaires, l'Association minière et métallurgique entreprenait la construction d'un grand sanatorium d'altitude.
Les travaux nécessaires sont en cours dans la région de Grenoble sur le plateau de Saint-Hilaire du Touvet, magnifique emplacement à 1 200 mètres d'altitude sur le flanc oriental du massif de la Grande-Chartreuse; de là on domine la vallée du Grésivaudan et on peut contempler le panorama de la chaîne de Belledonne derrière laquelle se silhouettent les cimes toujours blanches des plus grandes Alpes. En ce lieu choisi avec soin par les personnalités les plus compétentes du monde médical, l'Association s'est rendue propriétaire d'un vaste domaine en partie boisé, qui répond parfaitement aux conditions qui sont nécessaires pour l'installation d'un sanatorium. On y accède dès à présent par une bonne route et par un funiculaire qui vient d'être achevé et qui relie le plateau aux voies ferrées du fond de la vallée. Dans une zone bien abritée, et en même temps bien exposée au soleil, le bâtiment principal commence à s'élever. Il sera très vaste. Il doit contenir en effet 300 lits.
Les plans (reproduits à la fin de ce volume) en ont été établis avec le plus grand soin par rarchitecte du Comité des Forges, en collaboration avec les autorités médicales les plus compétentes en matière de sanatorium et de traitement sanatorial.
C'est dans cet établissement que seront soignés les tuberculeux pulmonaires du personnel des industries métallurgiques, sélectionnés par les dispensaires. Ils sont, en effet, nombreux parmi eux, ceux dont le mal est curable ou tout au moins suffisamment améliorable pour qu'ils puissent récupérer en totalité ou en partie leur capacité de travail. A ceux-là s'ouvrira le Sanatorium de Saint- Hilaire, après que les dispensaires les auront désignés parmi les sujets dont les lésions pulmonaires sont récentes, encore peu profondes et peu étendues et ne présentent pas une tendance évolutive inquiétante et dont l'état général, encore satisfaisant, permettra de croire que l'organisme peut résister.
Ces malades trouveront au sanatorium de Saint-Hilaire un établissement convenablement situé, bien aménagé et dirigé, où ils pourront suivre, dans un milieu d'une admirable salubrité, le traitement complexe, rigoureux et assez prolongé qui leur est nécessaire. Cure d'air diurne et nocturne, cure de repos, cure d'endurcissement, cure d'entraînement, alimentation rationnelle : tels sont les éléments essentiels de ce régime diététohygiénique. Un médecin phtisiologue expérimenté sera chargé du soin de le régler minutieusement et d'en surveiller l'application.
Les circonstances économiques actuelles ont rendu les travaux du sanatorium particulièrement longs et dispendieux. Malgré l'importance de la souscription primitive, la construction du sanatorium de Saint-Hilaire et du funiculaire qui le dessert, n'aurait jamais pu être poursuivie et terminée sans la donation magnifique du Comité des Forges, qui
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décida d'y appliquer le reliquat de ses a Services de Guerre » L'Association s'est pourtant refusée à toute espèce de luxe dans la construction et l'aménagement; elle n'a voulu que le nécessaire pour la bonne installation du plus grand nombre de lits possible. Toutefois elle a apporté soit dans l'acquisition des terrains, soit dans l'organisation des voies d'accès (route et funiculaire) une largeur de vues qui pourra permettre dans l'avenir de procéder encore à des agrandissements et à des perfectionnements. Les emplacements dotés par la nature des qualités que possède le plateau de Saint-Hilaire du Touvet ne sont pas aussi nombreux en France qu'on pourrait le croire et les commissions chargées de trouver des sites appropriés à quelques-uns des sanatoria dont la création est enfin décidée en principe dans notre pays, auront, sans doute, quelque peine à trouver mieux, sinon aussi bien.
L'Association s'est donc réservée la possibilité d'ofTrir une place à des voisins éventuels et de les faire bénéficier de la mise en commun des voies d'accès, des travaux de captage d'eau potable et d'évacuation des eaux résiduaires déjà exécutés par elle, voire même, le cas échéant, de certains organismes tels que les installations de laboratoires, de buanderie, de désinfection, etc.
En attendant l'ouverture du sanatorium de Saint-Hilaire du Touvet, il convenait d'offrir immédiatement aux industriels qui, par leurs souscriptions, avaient permis la constitution et les premiers actes de l'Association, la possibilité de faire appliquer le traitement sanatorial à quelques-uns de leurs employés ou ouvriers. A cet effet, l'Association s'est assurée pour deux ans la disposition, dans des conditions avantageuses, d'un certain nombre de lits au sanatorium de Bligny, à 30 kilomètres de Paris; elle attribue ces lits, au fur et à mesure des demandes et des vacances, à ceux de ses fondateurs qui ont désiré en
ménager le bénéfice à leur personnel, moyennant des versements dont chacun leur permet de faire traiter une personne (homme ou femme) à Bligny pendant une durée de six mois. Les industriels, les médecins de leurs établissements, le personnel qui y est occupé, apprennent ainsi peu à peu à quel genre de tuberculeux le traitement sanatorial peut être appliqué et quels sont les bénéfices que les individus et rindustrie sont appelés à en retirer.
Tels sont les débuts de l'Association métallurgique et minière contre la Tuberculose. Ils autorisent les plus grands espoirs. Ils marquent d'importants progrès vers le but de cette œuvre sociale : rendre les masses ouvrières plus saines, plus vigoureuses et, partant, capables d'un meilleur rendement, en combattant au milieu d'elles ce fléau redoutable qu'est la tuberculose entretenue et développée jusqu'ici par l'ignorance, l'apathie et aussi l'insuffisance ou la mauvaise organisation des défenses susceptibles d'être élevées contre elle.
R. Pinot. — Œuvres Sociales.