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DEUXIÈME PARTIE

LES INSTITUTIONS PARTICULIÈRES DES DIVERS ÉTABLISSEMENTS

L'œuvre dont nous venons d'exposer les grandes lignes est de nature corporative. Elle est destinée à servir de complément et de couronnement aux œuvres entreprises sur l'initiative particulière des divers métallurgistes. La corporation offre aux industriels dont les ressources sont insuffisantes, un moyen de procurer à leur personnel, avec le minimum de frais, de formalités et de tracas matériels, des retraites, des logements, des secours divers. Mais la plupart des chefs d'industrie se sont mis eux-mêmes en mouvement sans l'aide de la corporation et avant même qu'elle prît naissance.

Malgré l'importance des résultats obtenus par les services corporatifs, leur œuvre est encore loin de s'étendre à tout le champ social de la métallurgie. Elle n'en recouvre qu'un coin, la principale raison en est que ce champ a été déjà en grande partie ensemencé par les industriels.

Il a poussé là une floraison abondante d'institutions variées. On reprocherait injustement aux métallurgistes de s'être cantonnés dans la fabrication du fer et de l'acier et d'avoir abandonné leurs ouvriers lorsqu'ils se trouvaient dans des situations difficiles. La plupart d'entre eux ont, au contraire, fait de gros efforts au point de vue social. Une enquête rapide que nous avons entreprise auprès d'environ

LES ŒUVRES SOCIALES

300 firmes, nous a révélé qu'il en était bien peu qui n'eussent créé quelque œuvre sociale. Les établissements en apparence négligents sont des entreprises ou de peu d'importance, ou bien de formation récente, aux prises avec les difficultés de toute nature que rencontre une affaire qui naît à la vie. Dès qu'une entreprise est à peu près assise et que des perspectives d'avenir s'ouvrent devant elle, les œuvres sociales font partie intégrante de son organisation au même titre que les services commerciaux et techniques.

Ce serait une histoire fort instructive que celle qui raconterait la naissance et le développement des institutions dues à l'initiative patronale. Elle devrait remonter aux origines même de l'industrie moderne. Les progrès des œuvres qui nous occupent marchent avec les premiers pas de la grande métallurgie. Beaucoup des institutions que l'on rencontre aujourd'hui remontent au milieu du siècle dernier. C'est peut-être parmi les établissements dont les oi^igines sont les plus lointaines qu'on trouve les plus solides et les plus fécondes.

Après l'enfance de l'industrie au début du xix^ siècle, devant les misères qu'avait produites l'agglomération dans les villes d'une population arrachée à la terre, en l'absence de toute organisation corporative, chaque patron a été conduit nécessairement à agir par lui-même. Il y était poussé à la fois par son intérêt bien compris qui l'obligeait à prendre soin de sa main-d'œuvre et par le sentiment qu'il avait un devoir social à remplir vis-à-vis de ses ouvriers, la mission de les soutenir et de les protéger.

Comptant sur sa force personnelle, l'industriel comptait aussi sur celle de l'ouvrier. Celui-ci était encore proche de ses origines artisanes ou rurales. On pouvait faire fonds sur ses qualités de prévoyance. Le milieu moral de la nation agissait alors dans le même sens. On y respirait des idées de liberté et d'individualisme, tempérées par le sens de la mutualité et de l'entr'aide. Prévoyance individuelle, mutualité soutenue par le patron : ces principes ont présidé au

développement des œuvres sociales sous le second Empire, et au début de la troisième République.

On remarquait déjà dans ces institutions une grande diversité de formes. Le caractère de patronage et de bienfaisance était marqué surtout dans les usines isolées où le patron était naturellement en rapport étroit et permanent avec la population ouvrière. Il s'atténuait et laissait une plus large place à la mutualité libre dans les agglomérations de quelque importance où la main-d'œuvre était plus instable et où les liens entre patron et ouvriers étaient plus lâches. Les mœurs locales, la situation particulière de chaque établissement, les idées personnelles du patron ajoutaient encore à la diversité des types d'institutions.

Depuis lors, le temps a marché et bien des choses ont changé. L'industrie s'est développée, la population ouvrière s'est accrue. L'individualisme a reculé devant l'organisation corporative et les empiétements de l'État. Les idées dominantes ont évolué. On a moins songé à l'épargne qu'à l'assurance, on a moins parlé de libre mutualité que d'interventions plus ou moins profondes de la collectivité. Les institutions patronales portent la marque de ces changements.

Pourtant, on ne peut dire qu'elles en aient été profondément transformées. Elle se sont multipliées à mesure que les usines croissaient en nombre et en importance. Le patronage a tendu à disparaître avec les établissements isolés. Le système de l'assurance est entré partout. Mais la mutualité provoquée et soutenue par le patron a continué à dominer. L'action du groupement professionnel ne fait que naître. L'État a été poussé plus qu'il n'a poussé. Il a entravé plus qu'il n'a produit. On n'a vu paraître aucune réforme assez profonde pour modifier radicalement le caractère des institutions patronales.

Aujourd'hui, plus que jamais, elles sont d'une extrême diversité. On pourrait même adresser aux métallurgistes le reproche d'avoir été en cette matière trop particularistes.

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A vrai dire ils ont eu le souci légitime d'adapter leurs institutions aux besoins spéciaux de leurs ouvriers et aux nécessités locales.

Cette diversité est telle que nous n'essaierons pas de donner des œuvres sociales particulières aux établissements de rindustrie métallurgique une description détaillée et complète. Il faudrait pour cela une enquête minutieuse et un gros volume. Nous ne nous sommes livrés qu'à une revue superficielle et forcément incomplète de ces œuvres. Nous n'avons même pu en pénétrer le côté le plus intéressant, le côté moral. Il aurait fallu pour cela entreprendre d'abord une série de monographies. Pourtant il n'est pas impossible de démêler dans toutes ces institutions quelques traits communs et d'en tirer quelques types caractéristiques. C'est ce que nous allons essayer de faire, en priant encore une fois le lecteur de ne pas s'attendre à trouver, dans les pages qui suivent, plus qu'une ébauche.

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