LE VERDIER
(CHLOROSPIZA CHLORIS) — LINNÉ
Ordre des Granivores. Famille des Coccoihraustidés. Genre Verdier. — Longueur : 14,4- La tête et tout le corps est d’un beau vert, mélangé en hiver de gris cendré sur les joues et le cou, passant au jaune foncé sur la poitrine et le ventre et au jaune vif sur le croupion ; l’aile est cendrée, avec une tache d’un jaune éclatant. La queue noirâtre est aussi ornée de ce jaune. Le bec est au printemps d’un beau rose. L’œil est brun foncé. La femelle est plutôt brun olive et brun cendré, les taches jaunes de l’aile et de la queue moins brillantes et moins grandes. Le verdier dépose en avril puis en juillet, dans un nid très bien construit, cinq œufs allongés et à fond gris d’argent, pointillés de rouge et tachetés de brun foncé vers le gros bout.
ERDIER , c’est-à-dire oiseau vert : la plupart de ces noms populaires mettent heureusement en relief le caractère principal de l’espèce à laquelle ils se rapportent. Le vert est la couleur fondamentale du verdier, celle qui donne le ton de sa toilette et en règle l’harmonie. C’est un vert légèrement teinté de jaune, fait pour s’assortir avec la tache d’un beau jaune citron qui sépare les masses grisâtres des ailes et avec les filets de même couleur qui font la bordure des grandes plumes. Le verdier est le perroquet de nos bois, un très petit perroquet, à peine plus gros qu’un moineau. Les formes générales du corps, courtes, ramassées, qui n’ont rien de délié, complètent l’analogie, à laquelle contribue aussi la force du bec. Si ce bec était crochu au lieu d’être triangulaire, le verdier pourrait, aussi bien que le perroquet, s’en servir pour grimper en se suspendant aux branches. Tout ceci est vrai du verdier mâle, et l’est moins de sa femelle. C’est une remarque à faire sur presque toutes les espèces d’oiseaux, principalement sur ceux dont le plumage a de l’éclat, que la nature a mis entre les deux sexes une singulière inégalité. On peut le voir dans nos basses-cours, on peut le voir aussi chez les espèces qui vivent en liberté. Contrairement à ce qui se passe chez la race humaine, le don de la beauté accompagne le privilège de la force. C’est pour le mâle que le peintie s’est mis en frais. Il lui. est arrivé, semble-t-il, ce qui arrive à certains artistes au génie laborieux, dont les idées n’atteignent pas du premier coup à une expression
complète. La femelle n'est encore qu’une ébauche; le type achevé, qui s’accentue avec 1 âge, n appai ait que chez
le mâle. Les petits commencent par ressembler à leur mère, et ce n’est qu’en grandissant qu on voit s accuseï sui le plumage les signes caractéristiques du sexe. A la première mue, la jeune femelle reste à peu pies ce qu e e était, tandis que son frère revêt la brillante livrée du père. Cette observation générale s applique paiticulièiement au verdier : plus sombre, plus grise, d’un vert plus indécis, la femelle manque totalement de cette belle tache jaune
qui sépare les ailes et fait la richesse de la toilette de son époux.
Le verdier habite la plus grande partie de l’Europe. Ceux du nord émigrent, ceux du midi sont sédentaires , ceux
de nos régions se bornent parfois, quand l’hiver n’est pas trop rude, à des voyages d’exploration ; quelquesuns, les vieux, restent fidèles à nos campagnes. On peut se demander si c’est un oiseau utile ? Il en est de lui comme du moineau. La question est de savoir si les dommages qu’il cause à l’agriculteur, en mangeant les graines des chenevières et des jardins potagers, sont compensés par les services qu’il lui rend, en faisant la chasse aux insectes pour nourrir ses petits. Nous sommes de ceux qui voudraient que la balance lui fût favorable, et qui, au besoin, prêcheraient l’indulgence pour cet oiseau tranquille, aux mœurs douces, et au plumage original. Il a, comme le moineau friquet, les habitudes d’un campagnard, avec quelque chose de plus réservé et de plus taciturne. Il se mêle moins aux autres oiseaux. En automne, cependant, au temps des graines mûres, les plaisirs de la cueillette lui font prendre goût à ceux de la société. On le rencontre alors dans la compagnie de joyeux pinsons, et le ménage qu’ils font ensemble ne laisse pas que d’être curieux. Ont-ils rencontré quelques hautes plantes de salade, d’épinard ou de chanvre, bien chargées de graines, les verdiers s’y suspendent et piquent du bec, tandis que les jolis pinsons sautillent sur le sol et happent les miettes qui tombent. Ainsi rien n’est perdu. Mais en toute autre saison, le verdier vit retiré, sans autre compagnie que celle de sa femelle et de ses petits. Il hante de préférence les bords de bois, les lieux bas et humides, plantés d’aunes ou de saules. C’est peut-être sur le saule qu’on a le plus de chances de le voir; son plumage s’y confond avec la teinte du feuillage, qui est de ce même vert léger où le jaune domine. Dans la morte saison, quand le sol est chargé de neige, il s’approche des jardins et des vergers, mais sans jamais devenir le commensal familier des fermes et des basses-cours. Il se tient plus à distance que le rouge-gorge et la mésange. Il n’a pas l’agitation de la plupart de ces petites espèces, inquiètes et nerveuses. Il est sérieux, il est calme ; il se plaît dans l’immobilité : encore une ressemblance avec le grave et brillant perroquet. Il fait de longues pauses, perché sur un rameau. Son chant n’a rien de très distingué, quoiqu’il s’y mêle des notes vives et bien accentuées, et qu’on puisse l’améliorer par l’éducation. On peut même lui apprendre à parler, à prononcer quelques mots, plus ou moins distinctement : toujours le perroquet, le perroquet paysan ! Sa sauvagerie ne l’empêche point de supporter les privations de la captivité. En cage, comme en pleine nature, il s’anime et s’égaye au printemps. Son nid, très bien fait, accompagné parfois d’un magasin aux provisions, est ordinairement situé sur les branches basses des arbres, avec lesquelles il se confond. Souvent le verdier se sert de son bec pour creuser et préparer la place qui doit le recevoir. Le tapis intérieur en est très douillet, toujours composé de matériaux de choix. Le mâle est bon père et bon époux ; il partage avec sa femelle le travail de la couvée. Il ne la quitte jamais pour longtemps. Pendant qu’elle est assise sur les œufs, il va s’ébattre plus haut ; il se plaît à voler en rond au-dessus de la cime des arbres, en publiant son bonheur par de vives et allègres chansons. Mais le centre des cercles qu’il décrit dans les airs est toujours le doux nid caché dans la verdure, et lorsqu’il a donné l’essor à la joie de son cœur de père, il plonge dans le feuillage et vient pirouetter galamment autour de sa fidèle compagne.
LA IIUPPE
D, LEBET, éditeur.