LA GRIVE MUSICIENNE
(TURDUS MUSICUS)
Ordre des Insectivores. Famille des Turdidés. Genre grive. - Longueur 21 centre, ventre blanc-jaunâtre, moucheté de taches brun foncé. La femelle a les tac es ces couver ures c commence
avril a heu une première ponte de 5 œufs vert-clair, pointillés de brun-fonce. - L mcubat.on duxe 16 jours. La secon
en juin. — La grive musicienne n’appartient guère qu’à l’Europe moyenne.
ES diverses espèces de grives qui vivent ou passent sous nos latitudes moyennes, - la grive musicienne, la draine, la litorne et la grive du nord, ou mauvis, ont des mœurs assez semblables. La première, la seule dont nous ayons à nous occuper, est la plus répandue ; c’est aussi la plus intéressante. ^
En été, on trouve la grive musicienne jusqu’en Suède et en Noivége, en ivei, elle abonde en Italie, en Espagne et en Algérie. Il nous envient, en France et en Suisse, du nord pour la mauvaise saison et du sud pour la bonne. Celles-ci son de beaucoup les plus nombreuses. Elles recherchent la solitude des géant s mis, où elles font leur apparition dès la fin de février. A peine la neige fondue en mars, la grive musicienne célèbre ses premières noces de année, n ■
• alors se poursuivre deux à deux. Entre les tioncs moussus, p ® '
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Joie du haut des arbres de ia forêt. Il choisit, de préférence, la cme du u Ressaye,
la houle du feuillage et à jeter librement sa voix dans 1 immense etem ue. J ! u
i, prélude. Il commence par un signal, un coup d’archet onde dtapason, ^ comme si rartiste
les roulades, les variations nuancées. C’est d abord un chant un peu sa“a , des indexions plus amples,
s’exerçait. 11 lui faut un moment pour développer tous ses moyens. Enfin, la P mais> cst pos.
plus moelleuses, et la grive s’oublie dans une improvisation deborc an e, ou 1 oigeaux musiciens, la grive
sible, plus d’âme et d’inspiration que dans celle du rossignol. Comme a P "P t de verve et de lyrisme,
a son chant de vêpres et son chant de matines. Celui-ci est, peut-être, le plus a < ^ ^ de
Il retentit dès avant l’aube, lorsque les étoiles tremblent encore au ue e qu & rœil fixé gur les prolongues heures à dormir dans les ténèbres de la foret. Immobile sut son . tapi , ” une symphonie,
fondeurs de l’Orient, et de sa gorge qui se gonfle les mélodies coulent a flots. Elle
comme fait le rossignol; elle entonne un hymne, un hymne sans fin, l’hymne de la lumière et du réveil de la nature, l’hymne de l’aurore et du printemps. Elle est si belle, l’aurore; il est si doux, le printemps! Quel bonheur que de vivre, de voir renaître les fleurs, de respirer la brise attiédie, d’être éveillée la première et d’annoncer au monde la venue du soleil! C’est plus qu’un bonheur, c’est une ivresse, c’est un délire. Schiller, dans son hymne à la Joie , semble s’être inspiré du chant de la grive et l’avoir traduit en paroles humaines. L’allégresse dilate ce petit cœur d’oiseau. Rien n’est trop grand pour lui. La grive chante comme si elle voulait embrasser l’univers et associer à la fête de ses noces la création et le Créateur.
S’il est un oiseau qui dût être sacré à tout homme bien né, c’est la grive musicienne, et cependant il n’en est guère qui soit l’objet de chasses plus impitoyables. Au printemps, de mars en juin, elle jouit dans ses bois
d’une tranquillité relative, et il y aurait pour elle plus de repos si elle savait s’y confiner et se contenter des
insectes, des larves, des chenilles qu elle y tioiv\e en abondance. Vers la fin de juin, quand la cerise rougit au
bout des branches, la grive ne tient plus dans ses cachettes; elle descend, par tombées, vers les prés plantés
d’arbres, et ne regagne le gîte qu’à la chute du jour, à peine l’assasiée. Cette première escapade ne tirerait pas à conséquence; mais en octobre, la grive flaire le raisin parfumé, comme en juin elle a flairé la cerise, et elle s’en va faire vendanges. Gare alors au retour! Les chasseurs l’attendent à la lisière des bois. Elle passe vite, car elle est défiante, et souvent elle doit son salut à la rapidité de son vol. Mais c’est à recommencer chaque jour. Au plomb du chasseur, s’ajoutent les pièges de l’oiseleur, plus redoutables. C’est au travers de dangers sans cesse renaissants que la grive exécute son voyage d’automne au pays des olives, où l’attendent de nouveaux régals et de nouveaux ennemis en nombre toujours plus grand. C’est la punition de cet artiste gourmet : il devient luimême un plat de gourmets. De vendange en vendange, sa chair est plus tendre, plus grassouillette, d’un goût plus exquis, comme si elle s’imprégnait de l’arome des fruits mûrs. Aussi voit-il les trappes, les rets et les coups de feu se multiplier sur son chemin.
C’était bien pis encore autrefois. Aux raffinements de la nature, les Lucullus du temps passé ajoutaient ceux de l’art. On élevait pour eux des grives par milliers. C’était toute une industrie, très répandue aux environs dp Rome et dans les montagnes de la Sabine. R y fallait des précautions infinies, non seulement pour amener ce gibier captif au point de perfection qu’exigeait un sybaritisme effréné, mais d’abord pour le sauver de la mélancolie des oiseaux prisonniers ; car la grive est encore plus friande de liberté que de fruits et de pâtes fines. On les réunissait en tribus dans d’immenses volières, qu’on plantait d’arbres et qu’on entourait de feuillage pour leur donner 1 illusion de la foret. On avait beau faire : plusieurs se laissaient mourir plutôt que de consentir à s’engraisser ainsi.
La grive n’a plus à redouter les volières de la Sabine. Mais que de victimes encore ! quelles hécatombes chaque automne ! Comment faire pour éveiller la pitié, non de l’oiseleur ni du chasseur, — il n’y a point là de pitié à attendre, — mais de tant d’honnêtes gens qui contribuent, sans s’en douter, à la destruction de cet oiseau-poète, le plus poète des oiseaux? Il y aurait un moyen, peut-être, un seul : ce serait de les faire lever avant l’aube et de les mener dans les bois entendre Ja grive chanter.
LIBRAIRIE GERMER BAILLIÈRE & Cu, PARIS.