‹ Les oiseaux dans la natureChapitre 15 sur 60 · LE ROSSIGNOL · texte numérisé non relu

LE ROSSIGNOL

(LUSGIOLA LUSCmiA)

Ordre des Insectivores. Famille des Humicolidés. Genre Rossignol. - Longueur : 16 centimètres. Le rossignol est brun-châtain, avec la gorge et le ventre blanc sale. Queue rousse. La femelle, souvent difficile à distinguer, a les formes générales moins sveltes, le cou moins blanc. La couvée du rossignol est de 4 à 6 œufs d’un vert olive taché de brun. L’incubation dure 14 jours. - Cet oiseau habite l’Asie, l’Afrique septentrionale et l’Europe jusqu’en Suède.

RTISTE, dit Michelet, le rossignol est un artiste !

Il ne l’est pas toujours. Huit ou neuf mois sur douze, il n a que de petits cris, qui. n’ont rien de musical. K à — ha ! — K a K a! disent les jeunes

rossignols: Krrrl.... Krrr! répondent les parents, quand, vers la fin de 1 été, parents et enfants voltigent de branche en branche. Ils sont alors très affairés; ils chassent, ils font une grande destruction d’insectes, de mouches, de vermisseaux, auxquels ils adjoignent, comme entremets, quelques haies de sureau : ils prennent des forces pour émigrer. Septembre arrive, et les voilà partis. Ils cheminent furtivement, de nuit, solitaires ou par familles, se cachant dans les broussailles. Ils ne se dirigent point en ligne directe vers le sud, comme font les hirondelles ; ils cherchent plutôt l’orient, les pays où naît le soleil, et c’est de l’Egypte et de la Syrie qu’ils nous reviennent au printemps.

Vers le commencement d’avril, les rossignols regagnent leurs quartiers d’occident et se répandent en plus ou moins grande abondance en Italie, en France, en Allemagne. Les mâles arrivent les premiers. Ils viennent se choisir un lieu. Ils n’ont de goût ni pour les forets épaisses ni pour les pelouses nues. Il leur faut des bocages, des arbrisseaux, des vallons fleuris et bien arrosés, un mélange d’ombre et de lumière, et de riants paysages. Ils ne redoutent point la nature arrangée par l’homme. Les parcs qui existent encore à l’intérieur de Pans sont un des lieux du monde où il y a le plus de rossignols. Ce qu’ils redoutent, c’est d’être trop près les uns des autres. On les accuse même d’avoir le caractère mal fait, jaloux, tyrannique, et de ne supporter le voisinage d aucune autie espèce d oi seaux. Cela est vrai dans les volières, où ils déploient une humeur peu sociable et veulent toujoui s etie senis les premiers. Mais il n’est pas bien sûr que ce soit un trait de leur tempérament natuiel. La captivité, poui laquelle ils ne sont pas faits, les rend tristes et méchants. Ce qui est plus certain, c est que ce petit oiseau est un ^ios man gcur. C’est un carnassier. Comme l’aigle, comme le vautour, il se réserve une aiu de chasse. Quelques jouis après les mâles arrivent les femelles, et le peuple des rossignols se distribue en couples. La natuie semble avoii pris plaisir à rendre l’opération malaisée. Les mâles, dit-on, sont plus nombreux que les femtlles. De finit ux combats accompagnent ce double partage de la terre et des épouses.

Si l’on veut mettre un rossignol en cage, il faut le prendre à l’arrivée, avant que les couples soient constitués ; autrement le mari captif mourra de tristesse, pendant que sa veuve se laissera consoler par un de ces surnuméraires qui guettent les places vacantes. On sait la vie de ces ménages d’artistes. La femelle se fait un nid sur les plus basses branches, ou même plus souvent à terre, parmi les pervenches et les lierres rampants. Elle le cache très habilement ; pour le reste, elle n’y met ni grand art, ni grand luxe. Le rossignol est bien trop bohème pour hâtir avec le sérieux des races bourgeoises. Quelques feuilles forment la charpente, la coque du nid ; un duvet moins grossier tapisse l’intérieur. Cependant la femelle couve ses œufs avec passion, avec d’autant plus de passion qu’elle ne fait, en général, qu’une nichée par an. Elle ne les abandonne qu’à la chute du jour, un instant, pour aller en toute hâte picorer quelques vermisseaux. Souvent elle s’absorbe si bien dans son œuvre maternelle qu’elle n’entend pas venir les nocturnes rôdeurs, la fouine, le renard, qui ne font qu’une bouchée de la mère et de ses œufs. Le mâle passe la journée à chasser ou à dormir. On prétend qu’il a le sommeil agité, comme s’il chantait en rêve. La nuit, il gîte sur une branche, à peu de distance du nid, et bientôt quelques notes annoncent qu’il n’en est plus au Krrrl... Krrrl de l’automne. Le printemps est venu: le rossignol a retrouvé sa voix.

Beaucoup d’oiseaux ne font que jaser, siffler, gazouiller : le rossignol est le roi de ceux qui chantent. Est-il plus musicien que la grive? Non, mais il l’est autrement. La grive ne se possède plus au haut de son sapin: son chant est un alléluia. Celui du rossignol est une composition musicale, une symphonie. Le rossignol a d'ailleurs la voix plus exercée, plus étendue, plus vibrante, plus féconde en ressources variées. Nonchalamment perché sur sa branche, les ailes à demi tombantes, il ouvre largement le bec, pour que la note jaillisse plus pure. Il sait écouter ses rivaux et s’instruire à leur école. Il s’écoute lui-même. Il aime l’éclio qui lui renvoie sa mélodie. Il sait aussi s’oublier; il a aussi ses entraînements d’inspiration: il n’a pas le délire; il a mieux, peut-être, l’extase.

C’est un o-rand avantage pour le rossignol que de chanter la nuit. Comme les vrais artistes, il veut le silence, afin que chaque nuance ressorte, que chaque note soit entendue. Son chant semble fait pour célébrer les magnificences et les voluptés des belles nuits de printemps. Parfois la lune enveloppe d’une vapeur d’azur le bosquet parfumé qui le couvre d’une ombre légère, et il s’inspire de cette lumière éthérée propice aux doux épanchements : il a des mélancolies ineffables, des soupirs, des tendresses infinies. D’autres fois, il semble ébloui des splendeurs du firmament; la gloire s’en réfléchit dans ses roulades perlées, et la note scintille comme les étoiles

au ciel.

C’est une croyance chez le peuple et chez les poètes que le rossignol chante pour sa femelle, pour lui plaire et lui abréger le travail de la maternité. L’illustre Buffou, dont on dit parfois trop de mal, s’en est assez gauchement moqué. Il avoue cependant que c’est l’amour qui fait chanter le rossignol. Nous n’en voulons pas davantage. Oui dit amour dit tout, et le préjugé poétique est amplement justifié. On remarque chez tous les oiseaux, dans la saison où s’emplissent les nids, un épanouissement du talent. Ceux qui ne font que gazouiller gazouillent avec plus de verve ; ceux qui sifflent sifflent avec passion. Mais chez le rossignol la différence est plus grande c[ue chez les autres. Elle tient du prodige. Ce n’était qu’un oiseau vulgaire; avec l’amour lui vient le génie: l’amour en fait un artiste, le plus grand parmi ceux dont la voix s’élève du sein des bois et des prairies.

LE ROUGE-GORGE

D. LEBET, éditeur.

LE ROUGE-GORGE

(SYLVIA RUBECULA)

Ordre des Insectivores. Famille des Humicolidés. Genre Rouge-gorge. - Longueur : 13 centimètres. Le dessus du corps brun; les loues et les eôs de la poitrine cendrés; la gorge rouge - orange ; le ventre blanc ; les jeunes, bruns avec une inflmté de taches jaune-rouge sur le dos et sur la tète. La première couvée est ordinairement de 5 à 7 œufs d’un blanc jaunâtre ponctués de roux.

Le rouge-gorge est un habitant de l’Europe occidentale.

E rouge-gorge nous arrive de bonne heure au printemps ; il s installe dans nos bois et y monte aussitôt, avec sa douce femelle, son petit ménage solitaire. Sans les rets et la fouine, rien ne serait plus digne d’envie que l’existence du rouge-gorge. Il choisit pour sa demeure les endroits les plus frais, les plus verdoyants, si possible dans le v oisinage d’une source. Il confie son nid aux basses branches, ou bien aux concavités des troncs et des blocs moussus. Il le bâtit avec grand soin, le tapisse d’un duvet moelleux et s’ingénie à le cacher. Souvent il le couvre de feuilles, ne laissant pour y parvenir qu’un passage dérobé; d’autres fois, il le dissimule sous les géraniums aux fleurs roses

ou parmi le feuillage serré du pain de coucou. Fidèles et jaloux sont les amours qu’a-

britent ces nids gracieux. Aucun autre couple n’est souffert dans le voisinage immédiat. Il faut à chaque famille son buisson, sa source, son petit parc de chasse. La vie n est pas difficile au rouge-gorge, car le gibier abonde sous les fourrés humides et dans le voisinage des ruisselets. Aussi lui reste-t-il du loisir pour l’amour, le chant et le bain: ses trois passions. Il est un des premiers que l’on entende à l’aube; quand il se tait, le soir c’est que le rossignol va commencer. Il chante encore en juin et en juillet. Sa voix sans doute n’est pas comparable à celle du roi des chanteurs nocturnes. Elle a du timbre néanmoins et du caractère. Son chant est vif, délié, tendre, avec des frémissements passionnes qui lui donnent l’air et l’accent de la prière. Il chante tourné vers la lumière, qu’il contemple de son giam ai

noir, et son plumage se hérisse comme s’il était en proie à une violente émotion. Il y a de la ferveur ans es

chansons du rouge-gorge: il y en a aussi dans ses amours. Deux fois en quelques semaines, e nu s emp i , e cham i » » , , . vrmf ce baigner en battant des ailes,

bientôt toute une tribu d’oisillons voltige le long du ruisseau, ou les parents vont se nais

j n • le roime-gorge a la naivete

Fin chasseur, amant jaloux, voisin peu commode, du moins pour ses semblables,

j p ne V)as compter l’homme au nombre de ses ennemis. En vain lui fait-on, surtoux ,

outrance : l’expérience des victimes ne profite pas à la race. Le rouge-gorge aime à voltiger au our c u passai!

souvent il accompagne le promeneur solitaire, avec un joli manège, qui consiste à se poser a ving pas i evan

lui, à l’attendre, à s’enfuir au dernier moment, à se poser de nouveau, et ainsi de suite. S’il s’établit des charbonniers dans la forêt, il ne tarde pas à leur rendre visite; il s’approche à petits sauts de leur cabane de branches; il les suit, les regarde, écoute leurs discours, picore les miettes de leurs repas et tourne avec eux autour de la charbonnière qui fume. Il y a plus d’une légende sur l’amitié du rouge-gorge et du charbonnier.

Quoiqu’il se nourrisse essentiellement d’insectes, le rouge-gorge, comme la grive, aime les baies sauvages. Aussi s’attarde-t-il parfois en automne. Il a peine à quitter les belles grappes du sorbier. Le moment du départ n’est point annoncé par des conciliabules préparatoires. Cependant ils voyagent ensemble, multipliant les étapes, se dérobant de bocage en bocage et pi*ofitant de 1 obscuiûte pour decampex du gîte. Au coucher du soleil, ils montent de bi’anche en bi’anche, et un peu plus tard, la nuit close, on les entend qui s appellent dans les airs. Quelques-uns cependant oublient de partir et passent l’hiver dans nos climats. Ces retardataires quittent les bois et s’approchent des fermes et des chaumières ; ils viennent picox*er dans les basses-cours. D’autres oiseaux font de même : c’est la loi générale, on se serre quand il fait froid. Mais le rouge-gorge y met une hardiesse particulière. Il vient comme s’il était de la maison. Il se blottit sous les toits, il se pose sur le rebord des fenêtres, il profite des ouvertures pour se glisser dans les greniers, parfois dans les chambres. Ce n’est point chose rare de rencontrer un i*ouge-goi*ge installé pour l’hiver dans une chambre de paysans, vivant de peu, sans peur ni indiscrétion, et payant leb miettes qu’on lui donne par un ramage toujours charmant. Mais ce n’est jamais pour longtemps que le rouge-gorge se fait ainsi le familier de l’homme. Dès les premières brises attiédies, il lui ressouvient de la foi*êt, de la source, du nid caché sous le pain de coucou, et, par la fenêtre entr’ ouverte, il s envole et ne revient plus,... à moins qu’en automne, il n’oublie encore de partir : alors, après quelques jours passés autour de la ferme, voyant la terx*e chargée de neige et se rappelant la chambre chaude, il ira frapper du bec à là vitre.

LE ROUGE GORGE

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