REGULUS CRISTATUS) — LINNÉ
Ordre des Insectivores. Famille des Paridés. Genre Roitelet. — Longueur : 8,8 centimètres. Le dessus du corps est verdâtre ; la tète, plus grise, est ordonnée d’une bande d’un jaune très vif, bordée de noir. La femelle diffère peu du mâle. Les petits n’ont pas de jaune sur la tête. Les deux pontes du roitelet ont lieu fin avril et fin juin et se composent de six à dix œufs d’un blanc jaunâtre pointillés de gris rougeâtre et qui sont couvés pendant treize jours.
E tous les noms qu’a donnés le peuple à ses oiseaux favoris, aucun, peut-être, n’est mieux trouvé, aucun ne tombe plus heureusement que ce joli nom de roitelet. Comme celui de la fauvette, et plus encore, c’est une peinture en un mot. Une miniature de roi : tel est bien le roitelet.
Le roitelet est notre colibri d’Europe. 11 est plus petit que la mésange nonnette. Le seul troglodyte, avec lequel on le confond quelquefois, approche de ces dimensions exiguës. Ce lui est une sûreté que cette extrême petitesse. Il passe au travers des mailles des filets et entre les barreaux des cages. Une feuille suffit à le dérober à la vue de l’épervier, et le chasseur ne peut guère le tirer avec le plomb qu’il emploie pour le commun des oiseaux. Un grain de grenaille est pour lui comme un boulet. Quand on le prend et qu’on le garde en chambre, malgré que la porte et les fenêtres soient exactement fermées, il disparaît; il a toujours
quelque cachette oh s’engloutir.
La nature s’est accordé le plaisir de parer ce petit corps, d’en faire un de ses bijoux. Elle n’y a pas mis ces couleurs de feu qui ne sont possibles que sous le soleil des tropiques et qui font la gloire des oiseaux-mouches. Elle s’est contentée de celles qui conviennent à nos climats ; mais avec quel soin elle les a choisies et assorties ! Elle y a employé, sans doute, une de ses fées les plus habiles, heureuse marraine du mignon roitelet. Des écheveaux de soies fines et claires ont, pour ce tissu léger, marié leurs fils délicats. U fallait une toilette d enfant «le prince : la voilà, gaie et brillante, et telle qu’elle devait être pour cette tête friponne, pour ce tout petit bec pointu comme une aiguille, pour ce tout petit œil au regard perçant, et pour cette grande toque doi, boidée de noii, posée sur une rousse chevelure.
Un oiseau pareil semble né pour se faire admirer. L'existence qu’on rêve pour lui est à peu près celle du rossignol : l’hiver au Midi, le printemps dans nos bosquets. 11 faut, sans doute, à ce petit maîtie, comme dit Buffon, un entourage de choix, des massifs de verdure et de fleurs, toutes les élégances d’une terre parée, une galerie pour l’applaudir, et de brillantes toilettes que la sienne effacera. Eh bien, non ! On ne rencontre pas le roitelet
près des villes et des villas ; il n’habite pas davantage les vergers et les prairies ; ce prétendu petit-maître n’a nul besoin des suffrages de l’homme ; c’est un enfant de la forêt, l’hôte le plus fidèle des antiques sapinières, et ce n’est pas un des moindres contrastes de la nature que ce brillant plumage créé pour cette ombre éternelle, et cet oiseau coquet pour ces retraites de cénobite.
Cependant il n’est pas impossible que le roitelet voltige sur la lisière des bois, ou qu’il descende à un groupe d’arbres plus jeunes. Quelquefois même, en automne, il sort de ses refuges, et va faire l’école buissonnière avec les folâtres mésanges. Il faut profiter de ces occasions, si l’on veut l’observer. C’est un petit oiseau infatigable, toujours en l’air, toujours babillant, toujours happant au passage les moucherons qui dansent avec la poussière
dans les rayons du soleil. Son vol ressemble souvent à celui du sphinx de l’euphorbe, qui se soutient par la seule vibration de ses ailes devant les fleurs dont il convoite et pompe le nectar ; souvent il imite la voltige des mésanges, ses compagnes. Sa légèreté et la force relative de ses petites pattes lui permettent aussi de se suspendre aux moindres brindilles des branches, aux découpures des feuilles et aux pédoncules des fleurs. Il sait de même courir sous les rameaux, en s’accrochant de l’ongle aux gerçures de l’écorce. Parfois, il tournoie un instant devant la proie qu’il guette, un insecte, un puceron collé sous une feuille ; puis il se lance comme une flèche et l’enlève sans toucher la feuille, qui frémit à peine au passage. Mais ce n’est guère pour un long temps que le roitelet quitte les branches des hauts sapins. C’est là qu’est son nid, un nid rond, suspendu, une miniature, comme les œufs qui l’emplissent ; c’est là, dans l’ombre humide, qu’est fructueuse la chasse aux moucherons, aux tipules, aux phalènes ; c’est là qu’il est né, là qu’il s’est choisi une compagne; c’est là qu’il aime et qu’il joue; c’est là qu’il mourra. Est-ce par instinct de sauvagerie, est-ce par crainte qu’il s’en éloigne si peu et qu’il y revient toujours ? C’est peu probable, car il n’est point défiant ; il se laisse même approcher quand on le rencontre à portée. S’il y vit, c’est qu’il s’y plaît. C’est le lot qui lui est échu, la patrie qui lui a été assignée. Par la forêt, sans doute, ont commencé la plupart des oiseaux de nos campagnes. Plusieurs l’ont quittée, gagnés par les séductions du dehors. Le roitelet s’y est toujours si bien trouvé qu’il n’a pas jugé qu’il en dût sortir. On le voit à grand’ peine dans les fouillis des branches ; mais on l’entend, et il n’en faut pas davantage pour s’assurer qu’il n’est guère de petit oiseau plus heureux. Ils y sont à l’ordinaire plusieurs ensemble ; ils vivent en famille ou en société, jasant, s’appelant, s’entre-répondant dans les hautes basiliques du feuillage. Et pourquoi ne seraient-ils pas heureux ? Le roitelet ne se doute point des fantômes dont l’imagination des hommes, toujours troublée par le remords, peuple l’obscurité des bois. On l’entend qui chante et siffle dans les jours les plus sombres, entre les rafales de l’ouragan et pendant que gémissent les troncs qui ploient comme des roseaux. Que lui peut la tourmente ? Son nid est solidement attaché aux branches qui le portent, et le moindre rameau le met à couvert. Quand on occupe si peu de place, on est vite en sûreté. Il ne craint rien, pas même l’hiver. Petit comme il est, il trouve encore sa pâture dans les plus ingrates saisons. Il y a toujours et partout de quoi suffire à sa table. Aussi est-il
peu voyageur. Quelquefois il entreprend, avec la mésange, des tournées d’exploration ; quelquefois aussi il émigre ; mais il nous en reste chaque hiver un grand nombre, et pendant que les rossignols sont aux pays du soleil, pendant que les fauvettes et les hirondelles campent aux plages africaines, pendant que les grives et les rouges-gorges vont se faire prendre au Midi par des oiseleurs sans pitié, le roitelet, fidèle à la patrie de ses amours, siffle et voltige encore dans les vieilles sapinières, et l’on voit jusque sur les montagnes briller sa couronne d’or, entre les stalactites de glace, les aiguilles de neige et tout ce feuillage de givre dont l’hiver habille les forêts.