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LA FAUVETTE DES JARDINS

( GU RRUCA HORTENSIS )

Ordre des Insectivores. Famille des Sylviadés. Genre Fauvette. — Longueur : 14,3 centimètres. Le dos châtain, les ailes brun-noir, le ventre gris-jaune, la gorge presque blanche. Les pieds et le bec d’un gris plombé. Cette fauvette, très commune autrclois en Euiope, i devient plus rare d’année en année. Elle ne pond guère qu’une fois l’an, quatre à six œufs d’un brun-clair marbré de gris et ponctué de

brun.

N des inconvénients de ces courtes notices, dont chacune se rapporte à une espèce distincte, est de nous obliger à des répétitions, qu’il serait facile d’éviter si nous pouvions décrire le genre avant de préciser les caractères de l 'espèce. A oici, par exemple, des fauvettes, — celle des jardins, celle à tête noire et la grisette, dont les mœurs ont tant de ressemblance que parler de l’une c’est parler des autres. Pour ne pas fatiguer le lecteur, en disant trois fois les mêmes choses, nous envisagerons ces trois notices comme faisant une suite et se complétant, ce qui nous permettra de consacrer la première à la physionomie de la fauvette, la seconde à son îol et à

son chant, la troisième au détail de ses mœurs.

C’est une opinion commune que la fauvette n’a d’autres grâces que celles du chant,

et que la beauté de sa voix rachète l’insignifiance de son plumage. Il est vrai qu’elle n’a ni or, ni pourpre, ni azur ; le préjugé populaire n’en est pas moins très injuste. D’abord, c’est un oiseau bien tait. Il a la grâce des formes. On dit qu’il est sujet, en cage, à devenir obèse. Une fauvette obèse ! Passe pour un moineau, mais une fauvette !.... La fauvette est l’oiseau svelte par excellence. Elle a le corps allongé, presque trop allonge dans certaines espèces, l’aile bien prise, la gorge libre, la tête fine, l’œil vif et parfois remarquablement clair. — La grisette surtout se distingue par son œil clair. — De bec, elle en a ce qu’il faut pour vivre ; de queue, ce qu il faut pour finir un joli corps d’oiseau: rien plus. Elle n’a jamais l’air fatigué. Même au repos, elle garde 1 attitude du mouvement. Penchée en avant, la tête haute et mobile, l’œil au guet, elle part sans élan ni réflexion : elle était prête. La nature du plumage ajoute à ces souplesses de pose et a la grâce de ces poits de tête . il < . t fin, menu, soyeux; il s’applique au corps et en dessine tous les mouvements. Rien de bouffant, ni de chevelu. La couleur générale en est une teinte fauve, ou plutôt fauvette, — ce nom est une peintuie, qui s éclair cit sur la poitrine, surtout à la gorge, et s’assombrit jusqu’au brun sur la tête, le dos et les ailes. Pour tout ornement, un fin liséré clair aux plumes de l’aile. Telle est du moins la robe de la fauvette des jardins. Celles de la fauvette à tête noire

et de la grisette, quoique très simples, n’ont déjà plus cette rigoureuse sévérité. S’il fallait choisir, je donnerais la palme à la plus modeste. Elle n’a pas ce qu’ont tant d’autres oiseaux, une parure, un costume : elle n’a qu’un vêtement. Elle ne veut être reconnue pour une fille de noble maison que par le bon goût d’une toilette tranquille. Ce genre de distinction est inconnu à ces espèces du Midi qui font montre, sur leur plumage, de tout ce qu’il peut y avoir de couleurs dans un rayon du soleil des tropiques ; il est également inconnu de ces pâles oiseaux du Nord qui, pour ne point faire tache dans le paysage, endossent la livrée de leurs frimas ; c’est un type qui ne convient qu’aux pays où une lumière tempérée produit des harmonies douces et multiplie les effets reposants. Ces couleurs fauvettes, ces bruns qui n’ont rien de triste, ces gris légèrement dorés, développent, sous un ciel favorable, des nuances variées dont la modestie s’empare pour réaliser l’élégance parfaite dans la parfaite simplicité.

Oiseau bien fait, la fauvette est encore un oiseau bien élevé, ou plutôt bien né. Ces petits êtres ailés, nerveux, ont souvent l’humeur taquine et colère. Ils ne savent pas seulement jaser et chanter, ils piaillent, ils criaillent, ils crient. Point de bruit discordant, point de chicane dans les bosquets de la fauvette. On peut s’y poursuivre et s’y exciter mutuellement, toujours par plaisir ; on peut s’y faire des niches, toujours innocentes. Une querelle entre fauvettes n’est qu’un prétexte de plus à chansons. Elles ne fuient pas l’homme ; elles ne recherchent point la solitude ; elles aiment les ombres légères, les paysages gracieux, les haies vives, les bouquets de petits arbres. Elles se plaisent aux fleurs. Celle à tête noire ne quitte pas souvent, non plus que la grisette, les asiles champêtres aménagés par la nature ; celle des jardins vient chanter sur nos terrasses, parmi le chèvrefeuille et le jasmin. En cage, malgré les accès de mélancolie qui la prennent dans la saison des voyages, la fauvette a pour ses compagnons de captivité des égards, des politesses qu’on ne trouve guère aux autres oiseaux. Elle ne demande point à être servie la première, comme l’impérieux rossignol ; elle attend son tour pour boire ou picorer à l’auget, et ne dérange pas celui qui l’y a devancée. Tout au plus marque-t-elle, en s’approchant à pas discrets, son intention de prendre part au régal quand la place sera libre. Ces douces manières ne proviennent ni de faiblesse, ni de timidité, car la fauvette est polie envers les petits comme envers les grands ; ce ne sont pas non plus de vains dehors : c’est un effet de nature. La fauvette n’est jamais de triste humeur. Elle ressemble aux enfants, elle ne croit ni au mal, ni au danger. Quand un péril la menace, elle s’en tire comme elle peut, très hahilement parfois ; mais quand c’est fini, c’est fini ; elle n’y songeait point auparavant, elle n’y songe plus ensuite ; elle joue, elle voltige comme si rien ne s’était passé ; elle continue à charmer les autres et à se charmer ellemême par la gaîté de ses chansons. Comment ferait-on pour être méchant quand on est si content de la vie ? C’est la joie qui la rend bonne, avenante à chacun, et sa politesse n’est que la bienveillance d’un coeur heureux.

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