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LA FAUVETTE A TÈTE NOIRE

D. LEBET, éditeur.

FAUVETTES

LA FAUVETTE A TÊTE NOIRE

(GURRUCA ATR1CAPILLA)

Ordre des Insectivores. Famille des Sijlviadés. Genre Fauvette. — Longueur: 14,3 centimètres. Le mâle a le sommet de la tète noir, la nuque gris-bleu, le dos gris-vert, les ailes et la queue brun-noir, la gorge presque blanche, ainsi que le ventre. La femelle est plus claire, et a ie deslus de la tète brun. Les petits ressemblent à la mère jusqu’à leur première mue. Deux nichées chaque printemps.

LÉGANTE et svelte, la fauvette à tête noire est de celles à qui l’on pourrait reprocher d’avoir presque trop de finesse dans le profil de leur long corsage. La calotte noire ou brune, selon le sexe, qui lui couvre la tête, lui donne un faux air de mésange, ainsi que les teintes bleues ou vertes qui, sur la nuque et sur le dos, colorent sa robe grise. Mais si elle n’est pas vêtue avec la stricte simplicité de sa sœur des jardins, elle n’est guère moins modeste. Elle ne cherche pas les regards, et l’on peut l’entendre longtemps avant de réussir à la voir. Son séjour préféré est dans les bois clairs, dont le sol est couvert d’un fouillis d’aubépines, de ronces, de clématites et d’églantines. C’est dans ce fouillis qu’elle vit et se cache, passant avec une merveilleuse adresse, et sans y laisser de plumes, entre les tiges hérissées d’aiguillons.

Grâce à son corps mince et allongé, et à ses ailes bien dégagées, sinon très amples, la fauvette noire, comme toutes les autres fauvettes, glisse dans l’air avec une grande hcilité Au temps des migrations, elle se distingue parmi les fins voiliers de l'espace. Elle a le vol sinueux, mais rapide En temps ordinaire, elle est toujours en mouvement. Chaque fauvette a son quartier, son coin de bois, qu'elle ne cesse de parcourir, ne faisant que de très courtes haltes, moins pour se reposer que pour picorer un fruit ou reconnaître un insecte. Sa manière de voltiger n'est pas de faire de la voltige, comme les mésanges; elle voltige au sens propre du mot, se jetant par bonds d’un buisson à l’autre, en battant l’air des coups saccadés de son aile Ou’est-ce qui la tient ainsi en haleine ? Est-ce la faim ou l’humeur folâtre ? L'une et l’autre, sans doute. Elle n’a jamais plus de verve qu’après les courtes pluies qui tombent dans les jours chauds de l'été ; alors, dit Buflbn .< on la voit courir sur les feuilles mouillées et se baigner dans les gouttes qu’elle secoue du feuillage. » ’ Il faut qu’il y ait une provision de vie peu commune dans ce petit corps élastique, car la fauvette - n’importe l’espèce - est un des oiseaux qui en font la plus grande dépense. Elle ne la dépense pas seulement par ce vol incessant mais encore par un chant ou un gazouillement perpétuel. Aucun oiseau ne se fait plus entendre. Il est des fauvettes qui chantent toute l’année, sauf pendant la mue. Elles donnent en général deux grands concerts „ar jour: un dans la matinée, de huit à onze ; l’autre après midi. Elles sont capables de soutenir leur chant pendant un quart d’heure plein , sans arrêt, sans respiration apparente. La fauvette a même ceci de particulier

qu’elle chante en volant. La plupart des oiseaux artistes se posent pour chanter. Ainsi fait le rossignol, qui reste immobile. On peut le voir, dans les volières, se coucher parmi le sable, à plat ventre, avant de laisser couler une note de son bec grand ouvert. C’est uu maître, tout à l’œuvre sacrée, qui ne veut pas en être distrait par le moindre mouvement, par le moindre effort d’autres muscles que ceux qui agissent sur la voix. La fauvette n’y regarde pas de si près ; elle chante comme elle vole, de verve et pour le plaisir de chanter. Sa voix n’a pas la puissance de sonorité de celle du rossignol ; mais elle est flexible, douce, limpide et forte au besoin. Elle n’a

pas non plus le riche vocabulaire du rossignol. Ce sont des didildi, didilda, des daïdi, ddida et autres refrains

de joie ; mais elle rachète cette moindre variété par les nuances infinies de la modulation. Parfois, la fauvette ne laisse échapper qu’un tout petit filet de voix, comme si elle avait un secret à murmurer à une oreille amie ; il faut s’approcher pour l’entendre : les ruisselets de la prairie ont peine à gazouiller plus doucement sur leur lit de sable et de mousse; puis elle s’anime, la note vibre et s’égaye, avec des sons argentins et un timbre de flûte, pur et velouté. Pour les notes les plus hautes, elle a une sorte de voix de tête comme les bergers appenzellois et les chasseurs tyroliens, qu’elle rappelle aussi par la gaîté de ses mélodies. La gaîté est l’âme de son chant, consacré tout entier à la jeunesse, aux fleurs, à l’innocence, à ce printemps éternel que le bon Dieu fait fleurir dans le cœur des enfants et dans celui des petits oiseaux. Cependant, au mois de mai, saison des nids, il s’y mêle un accent particulier, surtout chez celle à tête noire. Les piano sont encore plus doux, les forte ont plus d’éclat. U n’est point rare alors que la fauvette se pose pour chanter; puis elle s’oublie dans un transport dont elle n'est plus la maîtresse ; les plumes de sa tête se hérissent, sa queue se dilate et s’étale, et, comme enlevée par son

chant, elle va continuer dans les airs la roulade commencée, pour retomber, ivre d’amour et de joie, auprès

de sa timide compagne.

Grâce à la flexibilité de sa voix, la fauvette est très habile à imiter le chant des autres oiseaux, et c’est une disposition dont on peut tirer parti. Une fauvette élevée avec un rossignol finit par chanter à peu près comme lui. L’apprentissage se fait tout seul, sans querelle ni jalousie : elle écoute et s’instruit. Michelet parle d’un rougegorge qui voletait en liberté dans son appartement, et qui fut pris d’un terrible accès de fureur en apercevant un rossignol en cage, qu’on venait d’y installer. Il se ruait contre les barreaux, ne demandant qu’à dévorer le monstre. Nous savons une fauvette qui se prit d’une amitié passionnée pour un rossignol, son compagnon de captivité. Heureuse d’étudier à son école, elle témoignait sa tendresse et sa reconnaissance en se couchant auprès de lui, aile contre aile, et en caressant de son bec mignon le front chevelu du voluptueux maestro.

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