LITH. PAR THURWANGER. D. LEBET, ÉDITEUR IMP. LEMERCIER » COM P
L’ACCENTEUR DES ALPES
L’ACCENTEUR DES ALPES
(ACCENT OR ALPINUS)
Ordre des Insectivores. Famille des Accenlorides. Genre Accent eur . — Longueur : 16,8. La tète et le dos d’un gris brun terne, ce dernier avec de grandes tâches brun foncé. L’aile est noire avec de petites taches blanches et des lisérés roussâtres. La poitrine et le ventre d’un brun-brique varié de plus foncé et de plus ardent; le dessous de la queue blanc avec des taches brun foncé. La gorge blanche semée de petites mouchetures noires est surtout caractéristique cpez le vieux mâle. Deux nichées annuelles de trois à cinq œufs allongés d’un vert bleuâtre pâle.
OTE des régions élevées, l’accenteur des Alpes est peu connu dans la plaine, où il ne fait d’apparition qu’en hiver , et toujours dans le voisinage des
montagnes.
C’est un oiseau sombre, aux teintes enfumées, brunes ou cuivrées, à peine plus gros que le moineau. Quand on le regarde de près, on trouve son plumage plus riche et plus varié qu'il ne semble à distance. 11 y a bien quelque coquetterie, par exemple, à cette jolie bavette blanche, ponctuée de noir, qu il porte attachée sous le cou. Cette toilette, néanmoins, n’est pas faite pour attirer les regards ; elle n’en convient que mieux à un oiseau que la nature n’a point destiné à jouer un rôle brillant.
L’accenteur est un solitaire, taciturne et méditatif. Il ne va point au Midi. La patrie du jasmin et de l’oranger, dont tant d’autres commencent a rêver dès qu’apparaissent les premières brumes automnales, n'existe pas pour cet humble enfant de la montagne. La chanson de Mignon n’est pas pour lui. Ses migrations ont lieu de haut en bas et de bas en haut. Aux approches de la mauvaise saison, on le rencontre dans les pâturages des Alpes, volant en troupes près des chalets abandonnés. Quoique ses voyages ne soient pas longs, il a cet instinct qui lait que tant d’espèces se réunissent pour se préparer au départ. La neige l’oblige à descendre de station en station. Il finit par s’approcher des fermes, dans les vallées. Si rude que soit l’hiver, il lui reste toujours quelque source où aller boire et quelque meule de foin où aller picorer des graines. Heureux quand il découvre un tas de marc, abrité sous un avant-toit! Les pépins secs sont de bonne prise, et si la nourriture n est pas fine, du moins elle est abondante. Dès le premier printemps, il regagne les hauteurs, devançant les troupeaux. Il lui suffit de quelque endroit balayé par le vent, de quelque bord de ruisseau où le sol se montre à nu et où commencent à s éveillei les insectes, pour qu’il s’aventure en plein désert, en pleins frimas. De jour en jour, les espaces libi os sont plus nombreux et plus grands, et l’accenteur s’élève à mesure qu’il voit la neige reculer devant lui. En été, il est commun dans les plus hauts pâturages, et jusque sur les plateaux des grands cols dont les eaux alimentent les
fleuves du Nord et du Midi. A 2000 et 2200 mètres d’altitude, il est encore chez lui. Et comme si ce n’était point assez d’affronter ces solitudes, il y choisit, de préférence, les endroits les plus sauvages. Si vous traversez une pelouse fleurie, ne vous attendez pas à le rencontrer; mais si vous vous égarez sur quelque pente caillouteuse, où s’accumulent les débris des parois supérieures, vous le verrez, à votre approche, partir d’entre les pierres. Il se tient là, immobile et les plumes hérissées, ce qui lui donne la figure la plus étrange. Quelques observateurs croient que c’est pour échapper à la crécerelle, qui l’épie du haut des airs, qu’il a coutume de se déguiser ainsi, car c’est un vrai déguisement. Il en devient méconnaissable. Les heures se passent, et il secoue sa torpeur, pour aller faire la chasse aux mouches, aux scarabées, aux petits limaçons. Il va de ci, de là, sautillant, regardant partout, retournant du bec les graviers et les mottes de terre. Il fait preuve alors d’une agilité singulière pour un oiseau qui a si souvent l’air endormi ; surtout, il est attentif. Quelquefois il grimpe aux rochers, pour en visiter les Assures. C’est un exercice où il est très adroit. La moindre saillie lui suffit pour s’accrocher de l’ongle. Puis il revient à son lit de cailloux et reprend son attitude première, immobile, et les plumes toujours retroussées. Dort-il? observe-t-il? contemple-t-il? On ne sait. Il a cette placidité de génie que donne la montagne à la plupart de ceux qui l’habitent. C’est ainsi que, dans le haut pâturage, le petit chevrier passe des heures à regarder autour de lui.
Cependant la saison des amours arrache l’accenteur à cette somnolence méditative. Il chante, et l’on est tout étonné de sa voix claire et juste. Il a des sons de flûte très purs, et sa chanson rappelle celle de l’alouette huppée. Mais de combien d’accidents ces amours sont traversés ! La femelle fait deux couvées, l’une à la fin de mai, l’autre à la mi-juillet. Cette dernière a plus de chances de réussir, quoique l’été lui-même soit perfide à ces hauteurs. Mais la première! Il en est peu qui viennent à bien! Et quel courage pour un petit oiseau que de se bâtir un nid au milieu des frimas accumulés et de rester immobile sur ses œufs pendant que les avalanches grondent tout à côté ou que, par une bise en retard, la neige recommence à tourbillonner dans les airs! Maintes fois, dans nos courses à la montagne, nous avons trouvé, au plus épais des fouillis de rhododendrons, des nids admirablement façonnés, fermes et douillets, faits de mousse et de chaume, où se trouvaient encore quatre ou cinq œufs allongés, d’un bleu tirant sur le vert. C’étaient des nids d’aceenteurs. De pauvres mères, chassées par les retours de l’hiver, avaient dû abandonner l’espérance de leurs printanières amours. L’été, dès lors, avait fondu les neiges et fait éclore les bourgeons. Chaque branche de rhododendron avait sa grappe purpurine, chaque buisson était un bouquet, et la brise, chargée de parfums enivrants, balançait sous les x’oses un berceau devenu un cercueil.
D, LEBET , ÊDITEOU.
L’ACOENTEUIl MOUCHET