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LE ROUGE QUEUE

LE EOUGrE-QUEUE

(RUTI CILLA TITHYS)

Ordre des Insectivores. Famille des Monticolidés. Genre Rouge-queue. — Longueur 14,3 centimètres. Tout le haut du corps noir de suie; du gris de cendre foncé sur la tête et sur le cou. Le bec, les pieds noirs. Sur l’aile quelques lisérés blancs. La région caudale et la queue rousses. La femelle est beaucoup plus claire, surtout à la poitrine. Deux nichées par an, ordinairement de cinq œufs tout blancs. Le rouge-queue est surtout répandu dans l’Europe moyenne.

OUS le nom populaire de rouge-queue, on comprend deux espèces, qui ont entre elles une différence de mœurs très fréquente entre espèces voisines, celle-là même que nous venons de rencontrer chez les traquets : Tune est plus champêtre, l’autre plus saxicole. La première, le rouge-queue des jardins, comme on l’appelle souvent, rappelle le rouge-gorge par la tenue générale , les formes et l’aspect. 11 s’en distingue surtout par sa queue rouge, sauf les deux plumes centrales, et par une grande tache noire qui se détache sur l’orange de la poitrine et monte de la gorge jusqu’au dessus des yeux. L’autre, celui des maisons, est un oiseau tout deuil, à qui l’on a oublié de passer eu noir deux paires de plumes, à droite et à gauche de la queue. La gorge et la poitrine sont grand deuil, d’un beau noir, bien franc; la nuque et le dos petit deuil, d’un gris mélancolique, relevé de quelques plumes blanches à l’aile. Les pattes sont chaussées de deuil ; le liée est grand deuil ; l’œil est d’un brun sombre, voisin du noir : il

n’y a que ces taches de rouille sur la queue qui détonnent, comme une plaisanterie, au milieu de cette toilette

d’enterrement.

Les deux espèces de rouge-queue ont une existence bien distincte. Celui des jardins remplit les forets et les vergers ; il est chez lui partout où il y a des arbres, et son nid, le plus souvent, est dans le creux d’un tronc. Celui

des maisons n’aime point les arbres ; rarement il s’y pose, jamais il ne leur confie son nid. Ce qu’il aime, c’est le sol nu, le rocher, la pierre. Les altitudes lui sont indifférentes, pourvu qu’il trouve des stations à son gré. On le rencontre jusque dans le voisinage des glaciers, parmi les pierres des moraines. Il a une prédilection pour les masures en ruine et pour les chalets abandonnés. Son nid est dans une crevasse de rocher ou dans un tiou de mur. Ce n’est d’ailleurs nullement un oiseau farouche, comme le traquet motteux. Il ne hante pas moins la plaine que la montagne, et dans la plaine il recherche particulièrement les lieux qu’anime la présence de 1 homme. 11 préfère même, quand il a le choix, la ville an village. Ce qu’il lui faut, c’est la pierre et de hauts perchoirs: les cheminées, les flèches d’église et les pointes de paratonnerre.

Il esL facile à observer, meme des profondeurs de la rue. On le reconnaît à ses révérences répétées et à cet amour exclusif des toits et de tout ce qui fait saillie par-dessus. Son chant, moins harmonieux que celui du rouge-queue des jardins, paraît mieux assorti au voisinage des girouettes. Il consiste en quelques notes, belles vives, sonores, brusquement interrompues par un grincement criard. Quand on l’entend, il n’y a qu’à lever la tête, et l’on peut être assuré de voir le chanteur, tranquillement posé, bien en vue, peut-être sur la girouette même dont il imite le cri.

Le rouge-queue est très habile à se laisser tomber des hauteurs où il réside, pour saisir au vol quelque proie, saut à y remonter aussi vite qu’il en était descendu. Mais c’est un exercice auquel il ne se livre pas très souvent. Les gouttières, les tuiles et les ardoises humides, ainsi que la région de l’air dont il fait son séjour, lui fournissent de quoi vivre. Il est grand chasseur d’insectes. Cependant, lorsque le nid est plein, et qu’il faut faire double ou triple provision, la disette le force à se rapprocher des lieux bas, à descendre sur les terrasses et dans les potagers, oii parfois il se rencontre avec son frère des jardins. Il en est de même en automne, quand le départ approche. Ce sont les graines de sureau qui l’attirent alors dans la campagne. Il en fait une grande consommation : c’est son régal d’arrière-saison. Puis les jours deviennent courts et froids, et les rouge-queue se réunissent pour aller, en famille, passer l’hiver au Midi.

Bonne, simple, utile existence, toute bourgeoise, excepté cet amour des toits, qui semble trahir un certain goût pour les aventures. Mais quand on a des ailes, autant vaut le toit que la rue. Sur les toits ou ailleurs, le rouge-queue se distingue par la tranquillité de son caractère et la régularité de sa vie. Il remplit ses devoirs de chaque saison, sans offenser personne, et peut, à la veille d’une nouvelle année, faire le compte de celle qui vient de s’écouler, sans avoir la conscience trop chargée. Il n’a ni volé, ni même convoité le fruit défendu; il n’a eu que de rares et insignifiantes querelles; il a fait ses deux couvées, ni plus ni moins; il a élevé ses enfants sans luxe ni négligence; enfin, il a exercé son petit talent de chanteur sans fatiguer le monde, malgré quelques fausses notes, imitées de la girouette. Et toutes les années, c’est le même bilan, la même existence paisible de bourgeois rangé. Si les oiseaux avaient des monuments funéraires, on pourrait graver sur le marbre du rouge-queue qu’il fut bon fils, Lion époux et bon père. Mais il est trop honnête homme pour avoir besoin d’épitaphe.

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