LE ROSSIGNOL DE MURAILLE
(RUTICILLA PHŒNICCRA)
Ordre des Insectivores. Famille des Monticolidës. Genre Rouge-queue. — Longueur: 15 centimètres. Le bec, le tour du bec, la gorge, les joues noirs; le front blanc, le dos et le cou d’un beau gris bleuâtre; la poitrine, le croupion et la queue d’un roux vif. La femelle est toute grise, sauf la queue qui est rousse. Les jeunes sont tachetés de brun, de roux et de noirâtre. Deux nichées annuelles de cinq à sept œufs bleu verdâtre. La durée de l’incubation est de treize jours. Cet oiseau est très commun dans toute l’Europe et une partie de l’Asie.
UEL oiseau plus élégant que le rossignol de muraille ? La nature paraît l’avoir créé en vue d’animer nos jardins. Aussi lui a-t-elle donné une toilette faite pour briller parmi les fleurs.
Prenez un rouge-gorge; teignez-lui d’un beau rouge les plumes de la queue, à l’exception de la paire du milieu; couvrez-lui le visage d’un domino de velours noir, qui lui descende jusque sous la gorge et se détache sur sa poitrine orangée; jetez sur ses épaules une mantille d’un gris cendré , dont le capuchon, bordé de blanc, lui retombe sur la tête et le front, et vous aurez, à peu près, le costume du rossignol de muraille. Il ne vous restera, pour achever la métamorphose, qu’à mettre cette riche toilette sur un corps un peu plus petit et de forme plus svelte, à la poitrine plus effacée, à la gorge plus mince et ua bec plus effilé.
Si on lui a donné le nom de rossignol, ce n’est pas à cause de ce costume, beaucoup plus brillant que celui de son illustre homonyme ; ce n’est pas non plus à cause de son chant, qui est doux et mélodieux, avec une pointe de mélancolie, mais qui n’a ni la variété ni la puissance de celui du vrai rossignol; c’est seulement parce qu’il n’attend pas le jour pour préluder à ses concerts. A peine l’aube s’annonce-t-elle par quelque vague lueur qu’il est déjà à son poste, sur sa branche favorite, la plus haute branche d’un lilas fleuri, et qu’il entonne sa chanson matinale.
Enfin, si, pour le bien distinguer du rossignol des bosquets, on l’a appelé le rossignol de muraille, cela ne veut pas dire qu’il ait coutume de nicher dans un trou de mur, comme l’a cru Victor Hugo, qui parle de « son nid pierreux, » et comme on se le figure assez communément. Cela veut dire qu’il n’est pas rare de le voir grimper aux murs, examinant les interstices des pierres, entrant dans les petites cavernes qu’elles forment en se disjoignant, ou dans les trous destinés à l’écoulement des eaux. C’est même une de ses habitudes caractéristiques; aussi lui
arrive-
e-t-il souvent de se rencontrer, bec à bec, avec le troglodyte, qui est, comme lui, un grand visiteur de cachettes. Néanmoins, la condition essentielle dans le choix de son domicile, est le voisinage d arbres et d’arbrisseaux, pour y loger son nid dans quelque excavation naturelle. S’il y a des arbres et des murs, tout alors se trouve réuni, et c’est pourquoi le rossignol de muraille est surtout commun dans nos vergers et nos jardins. Les landes stériles, les tourbières, les marais, les champs uniformes et les sapinières à sol moussu ne le comptent jamais au nombre de leurs habitants.
Le caractère de cet oiseau offre un mélange particulier de crainte et de confiance, d’adresse et d’imprudence. Quand la femelle est sur ses œufs et qu’on s’approche de son arbre, elle pousse un cri de détresse bien connu : huid, huid, d'à dà ! huid, huid, d'à du ! Est-ce une manière d’en appeler à la pitié de l’ennemi, ou Lien n’est-elle pas maîtresse de l’émotion qui la saisit? On ne sait; mais elle se trahit, et ce cri lui est souvent fatal, d’autant plus fatal que son nid, dans la plupart des cas, est à la portée de la main. Elle continue à crier, sans fuir, lorsqu’on avance le bras pour la saisir; elle est comme clouée sur ses œufs, si bien clouée qu’elle s’y laisse prendre. En toute autre occasion, le rossignol de muraille n’a pas l’air de se préoccuper de la présence de l’homme. Il s’établit chez lui, mais sans entrer avec lui en commerce familier. Il ne l’évite ni ne l’approche, et ne s’en laisse pas non plus approcher. A chacun ses affaires !
Les affaires du rossignol de muraille sont de jouer, de chasser et de se pavaner sous les regards de sa mignonne compagne. Il a les mouvements vifs, le vol alerte; il passe par bonds d’un bout du jardin à l’autre; il trottine à grands sauts saccadés dans les allées finement sablées ; il se redresse et montre sa poitrine, dont il semble très fier; il hoclie sans cesse de la queue, et de temps en temps fait une révérence; il grimpe et se faufile entre les mailles du treillis contre lequel s’appuie l’espalier; puis il va se percher sur le toit, d’où il se laisse tomber comme une flèche : il a vu un insecte. Tout ce manège est fort gai, rarement troublé par des querelles avec les voisins; mais il y faut le soleil. Quand il pleut, le rossignol de muraille est triste; il vit dans quelque encoignure, renfrogné, sans autre chanson qu’une note monotone, qu’il jette à intervalles réguliers; on dirait une grosse goutte d’eau qui tombe dans un bassin. Aussi le peuple l’a-t-i 1 nommé X oiseau de pluie. Mais vienne un rayon de soleil, voici de nouveau le couple amoureux parmi les plates-bandes, entre les touffes de réséda ou de pensées. Le jeu recommence, bientôt accompagné de protestations passionnées. Le rossignol de muraille est passé maître dans ce langage du geste et de l’attitude qu’entendent si bien les oiseaux; il a des pas de côté, des déploiements de queue et des étirements d'aile auxquels en vain on voudrait résister. La belle le regarde, d’abord avec indifférence, puis avec un intérêt trop visible, et pendant que sur la terre encore humide se joue cette idylle gracieuse, les grandes pensées, attristées par la pluie, relèvent leurs têtes veloutées, et de leurs petits yeux jaunes regardent les oiseaux folâtrer. Les grandes pensées sont discrètes : elles voient, mais ne parlent pas.
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