LA MÉSANGE NONNETTE
(PARUS PALUSTRIS)
Ordre des Insectivores. Famille des Paridés. Genre Mésange. — Longueur : U, 5 centimètres. Calotte et menton noirs, joues blanches, dessus brun clair, dessous gris clair. Deux nichées par an ; la première de huit à douze, la seconde de six à neuf œufs d un blanc bleuati ponctués de roux et de gris. — Cette mésange est commune dans toute l’Europe.
N chercherait en vain plus gentille mésange.
Elle est petite, beaucoup plus petite que la grande charbonnière, qui doit peser a peu près deux nonnettes ; mais cette taille exiguë est un avantage pour un oiseau destine a une voltige perpétuelle. Elle a aussi le corps plus ramassé, la tête plus grosse ; elle est plus forte relativement à sa légèreté. En revanche, elle n’a pas cette robe diapiéc, laite pour briller au soleil. A peine quelques vagues teintes pourraient-elles, en s’accentuant,
devenir du jaune, du vert ou du bleu. Ce ne sont que des intentions, destinées à rappeler
que la uonnette appartient à une famille dont la nature se plaît à parer le plumage. Pour le reste, il lui subit d un blanc sans éclat, d’un gris nuancé, d’un brun timide et d’un roux modeste: mais ces couleurs tranquilles ne font que mieux ressortir la grande calotte d'un noir puissant qui lui recouvre tout le dessus de la tête, depuis le bec, et qui descend en arrière comme un voile rejeté sur la nuque. Qu’elle est mignonne, cette grosse petite tète blanche, coiffée de noir, plumeuse, chevelue, touffue, joufflue, ronde comme une tête de poupon, avec ces deux yeux de diamant, dont l’éclair l’illumine, et ce bec, conique et pointu, qui fait saillie tout seul! Ab! si la mm mite avait les proportions du vautour, il ne ferait bon pour personne sous un bec ainsi taillé et vers lequel se concen trent tous les muscles de la tête et de la nuque! Petite comme elle est, elle n’est que trop grande puni ceux qui sont plus petits : cette nonnètte mignonne, c’est encore un vautour.
Où trouver la uonnette ? Partout où il y a de l’eau et des arbres, des aunes, des saules ; au bord des bus, dis étangs, des tourbières, dans les clairières des bois marécageux. Pour être sur de ne pas la manquer, choisissons quelque lisière humide, voisine de terrains vagues ou de champs cultivés, car si elle aime les produits de la chasse, le gibier saignant, elle ne redoute point quelque entremets farineux, fait de graine' de chardon, de tournesol ou de salade, surtout elle adore les graines de chenevis. La voici, sur une branche de sureau. Approchez-vous, elle n’est point sauvage. Qu’est-ce que ce fruit qu’elle tient entre ses deux pattes, quelle regarde d un œil oblique et dont elle perce la coque d’un coup ? Ne voyez-vous pas trembler encore une haute tige de chanvre, une de ces
tiges qu’on laisse, pour la graine, au bord des chenevières? Elle voudrait bien y retourner, la coquine ; mais elle hésite, car ce petit carnassier a peur des grands carnassiers. Enfin, elle prend courage : le moment est propice, il n’y a dans l’espace ni faucon ni épervier ; elle part, elle arrive, elle se suspend au chanvre feuillu, qui s’agite et plie sous le fardeau ; elle bat de l’aile, pique du bec, repousse la tige qui se balance majestueusement à côté de ses sœurs immobiles, et retourne en toute hâte à sa branche de sureau, pour y croquer le fruit dérobé. Regardez encore: n’y a-t-il point quelque cavité dans le tronc à demi pourri du sureau? Peut-être y trouverez-vous le nid
de la nonnette, un pauvre nid, mal tapissé, mais souvent taillé dans le bois par l’oiseau lui-même, qui se sert deson bec aussi sûrement qu’un graveur de son poinçon. Comme les nids ne sont plus habités dans la saison où mûrit le chanvre, vous pouvez, sans déranger personne, examiner ce curieux produit de la menuiserie des oiseaux. Les petits caquettent dans le voisinage, et la mère, sans doute, ne va pas tarder à rejoindre son époux : ils ne sont jamais longtemps l’un sans l’autre ; ils s’adorent, ils se choient, ils se donnent mutuellement la becquée. Elle vient, elle se pose sur la même branche que son seigneur et maître, avec un zisisisi , auquel il répond par un sizidada, ou par tel autre cri de leur vocabulaire d’oiseau. Ce langage n’est pas riche; mais l’intonation le varie et même sans voir la nonnette, vous devineriez à son hahil sonore tout ce qui lui arrive, tout ce qu’elle veut dire,
tant elle y met d'accent. Les nouvelles sont bonnes, et bientôt iis retournent à la provision. Ce. que l’un rapporte, souvent il le donne à l’autre, et toujours ploie et reploie la haute tige du chanvre. Cependant l’appétit a ses caprices : après l’entremets on reprend goût au gihier. Regardez bien cette fois, si vous voulez suivre leurs évolutions dans le feuillage, car la nonnette est agile entre les plus agiles. Elle dépasse de beaucoup la grande charbonnière ; seule, la mésange à longue queue, moins forte, mais plus légère encore, pourrait lui disputer la palme de la rapidité. Jamais petit oiseau ne fit plus folle dépense de vie. Aucun mouvement n’est difficile à la souplesse de ce corps nerveux et ailé. Elle s’accroche ù tout, même au support fragile des feuilles. Elle se sert des moindres rameaux comme le gymnaste de sa barre ; elle s’y tient horizontalement par la force de ses deux pattes tendues, s’y suspend et, la tête en bas, court et sautille le long de la branche ; puis d’un élan elle se retrouve dessus, plonge, se raccroche, se relève, replonge et ne cesse de se faire tourner et pirouetter. Quand elle a fait une prouesse, elle n’attend pas qu’on applaudisse pour continuer la représentation. C’est une succession ininterrompue de culbutes, d’équilibres, de sauts périlleux, de balancements, de tournoiements, d’audaces de voltige aérienne. Elle glisse et bondit de feuille en feuille, de branche en branche, de buisson en buisson, toujours piquant, du bec, toujours appelant et chantant. Oh ! les grands oiseaux, les maîtres du vol, ramiers, hirondelles, mouettes et frégates, vous qui planez dans le haut espace, vos voyages, vos beaux et rapides voyages, vos grandes chasses dans les airs sont encore un travail ; venez, contemplez la voltige de la nonnette : voilà le plaisir, voilà le jeu !
P. ROBERT, PINX
H. PAR THURWANGER.