LA MÉSANGE BLEUE
(PARUS GŒRUL EUS)
Ordre des Insectivores. Famille des Paridés. Genre mésange. — Longueur : 12 centimètres. Le sommet (te la tête, les ailes et la queue d’un beau bleu d’azur; un collier d’un noir bleu, depuis le menton à la nuque, et un trait noir sur l’œil ; les joues blanches, la poitrine jaunecitron. Deux nichées : la première au commencement de mai, de 9 à 12 œufs; la seconde en juin. Les jeunes n’ont pas les belles couleuis des parents. La mésange bleue habite toute l’Europe à l'exception de la partie septentrionale.
T'ianff UFFON fait honneur à une mésange bleue, apprivoisée, d’un joli trait de tendresse materne! le. « Ayant mis dans sa cage, dit-il, deux petites mésanges noires, prises dans le meme nid, la bleue les adopta pour ses enfants, leur tint lieu d’une mère, et partagea avec eux sa nourriture ordinaire, ayant grand soin de leur casser elle-même les graines trop dures. » Le même Ruffon, d’accord avec les naturalistes modernes les plus autorises, attribue aussi à cette espèce l’instinct féroce de la grande charbonnière, qui poursuit les oiseaux plus faibles, les tue et se régale de leur cervelle. Que faut-il en conclure, sinon que la mésange bleue a, comme nous, ses bons et ses mauvais moments, ses instincts généreux et ses appétits dépravés?
La mésange bleue est courageuse ou poltronne, selon les occasions ou les ennemis. Le nombre ne la rend pas plus brave. On en voit des vols considérables pris de panique au moment de quitter le bocage protecteur. G est encore le faucon, le grand carnassier, dont la noire silhouette, toujours prête à se dessiner sur 1 azur du ciel, hante comme un épouvantail l’imagination fébrile du petit carnassier. Le vol part, s’arrête et retourne précipitamment à ses cachettes. Les mauvais plaisants peuvent multiplier ces frayeurs. Ils n ont qu’à jeter en 1 air un mouchoir ou un bonnet pour affoler les pauvres mésanges. Mais si quelques-unes d entre elles, en petit nombre, viennent à découvrir un chat-huant hors de son trou, ce n’est pas de terreur, c’est de fureur qu elles sont folles. Elles ne connaissent plus le danger; elles sonnent la charge, vont droit au monstre, le poursuivent, le harcèlent et déchaînent contre lui toutes les meutes de la forêt.
Généreuse ou cruelle, poltronne ou courageuse, la mésange bleue est la mésange bleue, c’est-à-dire l’un des hôtes les plus gracieux de nos bosquets. Mais, peut-être, ne faut-il pas la voir au repos, malgré l’éclat de son plumage et le joli chaperon d’azur qui lui tient lieu de la coiffe de velours noir que portent la charbonnière et la nonnette. Plus grande que celle-ci, elle est moins heureusement proportionnée. Ses pattes trop courtes, sous un petit ventre rebondissant, son épaisse encolure, sa tête triangulaire, ramassée dans sa gorge, et la ligne noire qui
lui va du collier au bec, passant par l’oeil et coupant la figure en deux, lui donnent un air plus inquiétant qu’avenant. On se demande ce qui peut bien se passer dans cette tête. Il faut la voir en mouvement, la voir frétiller et miroiter sous un rayon de lumière. Quand elle saute de branche en branche, au haut des arbres, elle ressemble à un canari échappé de sa cage; quand elle vole à hauteur de l’œil, étalant l’azur de sa petite queue, pliant et dépliant l’éventail de son aile, on la prendrait.pour l’oiseau bleu que chantent les vieilles légendes. Elle sait aussi, à la manière de la nonnette, pirouetter autour des branches, comme pour montrer toutes les richesses de sa robe couleur du temps. Elle n’ignore pas qu’elle est jolie, et elle profite de ses avantages; elle en profite surtout quand certaines pensées de mariage la chatouillent au cœur et qu’elle se sent embellir. Le fiancé, qui va devenir un époux, déploie toutes les ressources de sa coquetterie et de sa beauté; il se pose à côté de la belle, la regarde d’un œil tendre, hérisse passionnément son plumage, siffle, gazouille, roucoule, et soudain s’enlève pour l’éblouir et la fasciner en planant au-dessus d’elle, les ailes étendues. En cette saison d’amourettes, les mésanges bleues vivent deux à deux; ensuite, elles ont famille, nombreuse et double famille, comme toutes les mésanges; enfin, elles se réunissent en sociétés et forment des vols, qui vont courir le monde et faire bombance. On la rencontre en toute saison dans le voisinage des lieux habités, mais jamais aussi bien établie, aussi bien chez elle, que lorsqu’elle en a fini avec les labeurs de la vie conjugale. Ce ne sont pourtant pas les fruits, les graines qui l’attirent, mais toujours les insectes, les larves, les chenilles. Quand un vol de mésanges bleues s’est emparé d’un cerisier ou d’un pommier, il n’en a pas pour longtemps à le nettoyer. Toutes les branches, toutes les feuilles sont examinées, dessus, dessous, en tout sens. Cette chasse se fait en jouant et en sifflant, comme toutes les chasses de mésanges mais non sans précaution, car ce jardinier charmant, auquel nous devons chaque année une partie de nos récoltes, a peur de rien gâter, et quand il fait au printemps la revue des arbres en fleurs, cherchant sa proie de corolle en corolle, il sait, d’un bec délicat, piquer le ver sans blesser le fruit.
UTTH PA* THURWAMQES;
LIBRAIRIE GERMER BAILLIÈRE & Cu, PARIS.
ROBERT, PINX
IUP. LEMERCIER &