EMBER1ZA CI11LUS
Ordre des Granivores. Famille des Embérizidés. Genre Bruant. — Longueur : 16,7 centimètres. Le bec est bleu d’ardoise, la gorge est noire, un collier d’un jaune très vif encadre la gorge et la joue et rejoint le bec en passant au-dessus de l’œil. La poitrine est olive et encadrée de roux vineux, le ventre jaune verdâtre pâle. Le sommet de la tète, les joues, la nuque olive ; le dos brun rouge avec des taches noires. La femelle n’a pas la gorge noire ni les couleurs aussi vives. Les jeunes sont gris brun et gris jaune avec des taches noires. Le bruant zizi a deux nichées par an de cinq œufs. Il est commun en France, en Suisse et en Italie, plus rare en Allemagne.
OU11 les simples amateurs, la nomenclature des oiseaux offre souvent des difficultés. Dans plusieurs provinces de la France, c’est le verdier qu’on appelle bruant ; ce nom lui vient de son cri : bru-u-u! Je ne saurais dire pourquoi les naturalistes n’ont pas suivi cet usage. Ils donnent le nom général de bruants à un certain nombre d’espèces qui se distinguent, entre autres, par la forme de leur bec : un bec conique, dont la mandibule inférieure dépasse légèrement la supérieure, et s’en écarte parfois vers les coins. La plus répandue, le bruant jaune, ou bruant de France (Buffon), a reçu le nom de verdière dans les provinces où le verdier s’appelle bruant. De là de fréquentes confusions.
11 y a des espèces remarquables parmi les bruants des naturalistes. Celui à tête noire est un fort bel oiseau, gorge et poitrine d’or ; on le voit rarement de ce côté-ci des Alpes. Celui des neiges, aussi blanc que le précédent est jaune, habite le Nord ; à peine, au cœur de l’hiver, descend-il jusqu’en Allemagne. Le plus célèbre des bruants est l’ortolan, qui n’est pas le seul à avoir la chair fine, mais qui, pour son malheur, est le plus facile à engraisser. On sait de quelle manière on s’y prend ; on met les ortolans dans une chambre obscure, éclairée par une lanterne. Ne distinguant plus le jour de la nuit, ils mangent nuit et jour, et deviennent gras à faire peur. Quand ils ne peuvent plus prendre leur vol pour aller percher, ils sont à point.
Après le bruant de France, le plus connu dans nos régions est le bruant zizi, auquel nous consacrons une mention plus spéciale, parce que, de toutes les espèces du genre, il est le plus insectivore. Il ne dédaigne point les graines ; mais il a une préférence pour les insectes, et il en nourrit exclusivement ses petits. Ce nom de zizi lui vient de son chant, qui n’est pas très sonore et qui se confond presque avec le cri-cri des grillons. C’est un honnête oiseau, modeste, et qui fait peu de bruit. 11 faut le chercher pour le voir. 11 établit son nid dans les fouillis des haies vives ou dans les buissons isolés, au milieu des champs. Une fois installé, ce qui a lieu dès le mois de mars, peu de temps après son retour du Midi, il est très sédentaire. Chaque couple vit pour soi, et s absorbe dans les soins et les joies de la vie de famille. Le bruant ne connaît que son nid ; c’est pour lui l’univers.
Il fait deux ou même trois couvées par an. Dès que les petits marchent, le père et la mère les mènent dans les moissons, où ils peuvent, sans danger, apprendre à chercher leur pâture. Si quelque bruit inattendu, quelque mouvement dans les blés, vient à les effrayer, toute la bande s’éparpille en poussant de petits zi-zi-zi, qui trahissent leur présence sans les rendre plus faciles à découvrir. C’est un remuement général, et ils sont en sûreté avant que le chasseur ait eu le temps de se reconnaître. Plus grands, ils profitent des jours humides ou pluvieux pour aller picorer dans les sillons des champs labourés ; aussi, quand on les prend, ont-ils souvent le bec souillé de terre. On rencontre également le bruant sur les chemins, tantôt sur le chemin lui-même, tantôt dans la haie à côté. Il laisse passer le promeneur indiscret, se gardant bien de venir sautiller sous ses yeux, comme fait l’imprudent rouge-gorge ; mais quand on se retourne, on le surprend qui vole a la dérobée d une haie ou d’un buisson à l’autre. Cette timidité ne l’empêche point de donner dans les panneaux presque aussi bonnement qu’un de ses proches cousins, celui qu’on appelle le bruant fou, à cause de la facilite avec laquelle il se laisse tromper. Il a les émotions trop vives pour être toujours sur ses gardes. Ces existences cachées et concentrées sont souvent les plus passionnées. Quand le mâle chante, il est tellement absorbé qu on peut l’approcher de très près sans qu’il s’en aperçoive, et l’on est alors tout surpris de voir que c est un charmant oiseau, malgré le trait noir qui lui passe au travers des yeux, et l’espèce de moustache, également noire, qui lui tombe des deux côtés du bec. On dirait un visage, plutôt qu’une tête d’oiseau, un visage un peu rébarbatif, mais auquel la passion donne une physionomie singulière quand le cou se renverse et qu’on voit, au passage de chaque note, vibrer toutes les plumes jaunes de cette gorge gonflée. La femelle s’oublie à couver, comme le male à chanter. On peut presque la prendre à la main sur ses œufs, et si l’on s’empare de l'un des petits, rien n’est plus simple que de capturer père et mère. Il suffit de l’enfermer dans une cage double, dont un compartiment, celui qui est vide, reste ouvert. On pose la cage sur la terre à quelque distance du nid, et bientôt 1 on voit arriver les parents, qui se précipitent par la portière ouverte. S’ils parviennent à s’échapper au moment ou l on croit les saisir, on en est quitte pour recommencer. Ils se laisseront prendre dix fois de suite. Ce n est pas, sans doute, qu’ils ferment les yeux au danger ; mais, chez cet oiseau timide, la nature est plus forte que la peur, et rien ne saurait l’empêcher d’aller où l’appelle la voix suppliante du pauvre enfant prisonnier.
P. ROBERT PINX
LITH. PAR THURWANGER.
D. LEBET, ÉDITEUR