‹ Les oiseaux dans la natureChapitre 32 sur 60 · MOTA CILLA ALBA · texte numérisé non relu

MOTA CILLA ALBA

Ordre des Insectivores. Famille des Motacillidês. Genre Hoche-queue. — Longueur 17,9 centimètres, dont 8,4 pour la queue. Front, joues, ventre blancs ; nuque et gorge noires; dos gris cendré. Les ailes et la queue noir et blanc. En automne la gorge est blanche, bordée de noir. Les jeunes n’ont pas de noir et les parties blanches sont moins brillantes. Deux nichées de cinq à huit œut's chacune. Celte lavandière est répandue dans toute l’Europe et la Sibérie.

ES oiseaux, nous dit- on, courent légèrement, à petits pas très prestes, sur la grève des rivages; ils y viennent, pour ainsi dire, battre la lessive avec les laveuses, tournant tout le jour à l’entour de ces femmes, s’en approchant eut, recueillant les miettes que parfois elles leur jettent, et semblant imiter, du battement de leur queue, celui qu’elles font pour battre leur linge; habitude qui a fait donner à cet oiseau le nom de lavandière.

Ainsi parle Buffon. Il va sans dire qu’il ne faut pas le prendre trop à la lettre, et qu’il n’y a rien qui doive passer pour une imitation dans ce perpétuel mouvement de queue, qui est si frappant chez les lavandières. Mais, pour leur être naturelle, cette habitude n’est pas moins curieuse. Nous l’avons rencontrée déjà chez un grand nombre d’oiseaux, d’abord chez le merle, qui ne se pose jamais sans hocher de la queue aussitôt qu’il a pris terre; puis, plus prononcée, chez quelques-uns de ceux dont nous venons de parler, entre autres chez les I raq nets. Elle est encore plus remarquable chez d’autres espèces dont nous allons avoir à nous occuper, telles que la bergeronnette et les pitpits. Ce sont proprement les hoche-queue, en tête desquels il convient de placer la lavandière, qui est le plus hochant des hoche-queue.

La plupart des petits oiseaux sont des êtres nerveux, agités de mouvements involontaires. Quand ils chantent, tout leur corps tressaille, toutes leurs plumes frémissent. Au repos, ils ont des soubresauts singuliers. Quelques-uns paraissent avoir des tics. C’est un tic, le plus marqué, le plus répandu de tous, que cette habitude ou plutôt ce besoin de hocher de la queue. Il tient, sans doute, a 1 activité du sang et a 1 excitation des nerfs. Chez la lavandu ic, nerfs et muscles ne cessent de jouer. Quand elle se pose, échauffée pai* la rapidité de son vol, elle est piisc d un véritable accès de hochements, comme si elle devait donner a cette longue queue mobile une compensation poui tout le mouvement qui a été imprimé aux ailes. Elle se calme peu à peu, mais sans qu il y ait jamais interruption complète. Quand elle chante, elle bat la mesure; quand elle court, elle hoche à la fois de la tête et de la queue. Il n’y a de repos pour la lavandière que dans le sommeil, et de mouvement régulier que dans le vol, qu elle a superbe, à larges ondes, le plein vol d’une aile puissante.

Agile et toujours agitée, la lavandière n’a peur de rien, ni de personne. Elle donne la cliasse à l’oiseau de proie. Quand elle en voit un dans les airs, elle s’élance à sa rencontre, en appelant ses compagnes, et bientôt toute une escouade ailée s’évertue autour du rapace, l’importune de ses cris, le poursuit à coups de bec, et ne le lâche que lorsqu’il a pris le parti de la fuite. Alors les lavandières reviennent au logis, et comme le moucheron de La Fontaine, après avoir sonné la charge, elles vont, sur quelque haut perchoir, sonner bruyamment la victoire.

Elles n’ont peur, non plus, ni de l’homme, ni de son activité. Au contraire, le mouvement les attire. Souvent elles suivent le laboureur aux champs et picorent dans les sillons que vient d’ouvrir la charrue ; tout aussi souvent elles tiennent compagnie à quelque gardeur de moutons et font la chasse aux mouches sur le dos des brebis tondues de la veille; on les rencontre également dans les rues des villages, autour des étables où rumine le bétail; mais leur séjour préféré est au bord des ruisseaux, où les femmes battent le linge à la fde, et où, d’un pied nonchalant, viennent boire les troupeaux. Surtout, elles hantent les moulins rustiques, à la vieille mode, sûres qu’elles sont de trouver dans le voisinage quelque trou suffisant pour abriter un nid grossier, fait à la hâte, et d’y voir rassemblé autour d’elles tout ce qu’elles aiment, tout ce qui peut servir à leur table ou plaire à leur humeur folâtre : des chevaux, des vaches, des moutons, des bergers, un train de campagne, des terrains toujours arrosés, une roue qui tourne, de l’eau qui jaillit, des canaux, des cascatelles, des mouches qui tourbillonnent au soleil, des libellules qui glissent sur les étangs, des poules à sauver de l’oiseau de proie, des enfants qui s’ébattent pieds nus, et des âmes charitables, hospitalières aux petits oiseaux. La lavandière est là chez elle; elle fait partie de la maison, et le peintre qui s’attarde pour tracer le tableau de cette pittoresque opulence n’en emporte point une image complète s’il n’y a pas logé quelque part, sur la fontaine, sur la niche du chien, ou sur les barrages du grand canal, ce petit oiseau, haut sur jambes, si gai dans son costume demi-deuil, toujours prêt à ouvrir son aile, et qui, en attendant de prendre son vol, balance au soleil une longue queue noire, bordée d’un liséré blanc.

Le soir arrive, et la lavandière, heureuse d’avoir chassé et remué tout le jour, voit approcher l'heure du repos. Au printemps, quand les nids sont pleins, chaque paire regagne son gîte ; mais en automne, elles ont des places de rassemblement, où elles viennent de toutes les parties du vallon, et elles ne s’abandonnent au sommeil qu’après avoir joué, chanté, sifflé et s’être fait mille niches. Il convient de bien finir une journée bien remplie, et comment la mieux couronner que par une réunion générale, où chacune raconte ses hauts faits? Les voilà donc qui pérorent toutes à la fois, jouant du bec et hochant de la queue. Mais chez cette race irritable, tout est sujet à querelles. Celle-ci est trop près, celle-là a pris la meilleure place, cette autre a le verbe trop haut. Grande est la confusion, et le vacarme s’entend jusqu’aux extrémités de la prairie. Cependant la nuit devient sombre, et les yeux commencent à se fermer. Dormez bien, vaillantes lavandières. Ce jour a eu sa peine et sa tâche plus que suffisante. Celui de demain aura la sienne à son tour. Vaillantes lavandières, dormez en paix.

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