LA BERGERONNETTE
(BUDYTES FLAVUS)
Ordre des Insectivores. Famille des Motacillidé s. Genre Bergeronnette. — Longueur 15,5 centimètres, dont 6 pour la queue. La tête cendrée, le dos olive, l’aile brune, le dessous du corps jaune citron, les pieds noirs. En automne, après la mue, le jaune est beaucoup plus pâle. Cette espèce compte de nombreuses variétés, à tète verte, toute grise ou noire. Elle est très répandue dans toute 1 Europe, mais n a qu’une nichée par an , à la lin de mai.
ERGERONNETTE, oiseau des bergers : ce nom est une idylle.
R est peu d’espèces, dans le monde des oiseaux, qui présentent des différences aussi nombreuses et aussi frappantes que celles qu’on remarque chez la bergeronnette. Non seulement le type normal se complique de plusieurs variétés; mais, sans sortir du type, les modifications sont considérables d’une saison à l’autre, d’un âge à l'autre, d’un sexe à 1 autre. La femelle ne ressemble pas au mâle ; les petits diffèrent beaucoup de leurs parents, même de la mère, et le père a ses deux costumes, un pour l'été, un pour l’automne. Nous avons eu déjà l’occasion de le remarquer : chez les oiseaux, le sexe fort est en même temps le beau sexe, et la jeunesse n’y est point l’âge favorable à la beauté. Le grand-père est plus beau que le père, et le bisaïeul l’emporte sur l’aïeul. Il en est ainsi des bergeronnettes. C’est un admirable petit oiseau que ce vieux chef de famille, père déjà de nichées nombreuses, quand il rajeunit encore une fois aux approches d’un nouveau printemps; tous ses enfants et petits enfants pâlissent auprès de lui. Il a le dessous du corps, de la naissance de la gorge jusqu’à l’extrémité de la queue, d’un jaune éclatant. Une petite calotte, d’un gris cendré, lui habille le dessus de la tête, tandis que les plumes du dos, des ailes et de la queue, s’égayent qc teintes variées, vertes ou brunes, heureusement assorties. Ce brillant costume est relevé par le fini des détails : un bec noir et propret; un œil vif, tout noir; des pattes d’un gris ardoisé; le pied bien fait et 1 ongle tin. Tout est recherché dans cette toilette de choix, et le corps sur lequel elle s'ajuste est remarquable entre tous par l’élégance des formes, souples et sveltes, et par la grâce du profil.
Les mœurs de la bergeronnette tiennent le milieu entre celles des lavandières et celles des pitpits, voisins déjà des alouettes. Elle a les deux tics des lavandières, le hochement de la queue et celui de la tête; elle a aussi leur prestesse et leur génie remuant. Peut-être même les surpasse-t-elle pour la rapidité du vol et la soudaineté des mouvements. Aucun oiseau n’est plus habile à prendre les mouches au vol ou posées, et c est un plaisir que de
la voir, au moment de les happer, tendre indéfiniment son long cou dégagé. Mais, et c’est en quoi la bergeronnette se distingue des lavandières, pour se rapprocher des pitpits, elle a son nid posé à terre, d’où elle se plaît, comme les alouettes, à monter sur les mottes élevées pour épier ce qui se passe autour d’elle. Dans les volières, où elle est bien nourrie, elle se montre bonne camarade ; tout au plus claque-t-elle du bec pour éloigner de l’auget telle rivale qui vient troubler son repas; mais, en pleine nature, abandonnée au rude combat de la vie, elle est très, mauvaise voisine, jalouse, irritable, ardente, toujours prête à se jeter sur l’étranger qui se hasarde aux limites de ses terres. Elle a souvent maille à partir avec l’intrépide lavandière grise, qui lui tait payer cher son audace. Les deux espèces se rencontrent dans les champs qu’on laboure, dans les parcs aux brebis et dans les prés où paît le bétail. Les lavandières y font d’assez fréquentes excursions; quant à la bergeronnette, elle y est, en quelque sorte, à demeure. C’est là qu’elle trouve en plus grande abondance les deux gibiers qu’elle préfère, les vers et les. taons gorgés de sang. Aussi, plus que tout autre, tient-elle fidèle compagnie à l’homme des champs. L’éclat de son plumage la fait reconnaître de loin sur les crêtes bosselées qui séparent les sillons. Elle ne craint pas de suivre de très près les laboureurs ; on Ja voit se risquer jusque sous les pas de celui qui est aux cornes de la charrue. Elle sait, par expérience, que la chasse est d’autant plus fructueuse que la terre a été plus fraîchement remuée. Elle sautille de motte en motte, passant en revue avec une prestesse qui tient du prodige toutes les saillies, toutes les écorchures de ce sol violemment déchiré et qui fume sous le soc. Belles journées, où la bergeronnette fait bombance en purgeant la terre des larves et des vers blancs dont le sommeil vient d’être brusquement dérangé 1 Puis, aux heures les plus chaudes, quand le travail est suspendu, elle s’approche des chevaux ou des bœufs, qui se reposent à l’ombre, et donne la chasse aux mouches qui les harcèlent. Ce sont des bergeronnettes, sans doute, (lue Pierre Dupont a vues sur les cornes noires de ses « grands bœufs blancs tachés de roux. » Si la terre est trop sèche, s’il n’y a pas de charrue dans les champs, du moins y a-t-il des troupeaux dans les pâturages, et c’en est assez pour que la bergeronnette soit assurée de trouver table mise. Du plus loin qu’elle peut les découvrir, elle accourt, moitié volant, moitié sautillant, toujours gazouillant, et il n’est pas nécessaire de la recommander à celui qui les garde, car il la connaît, il l’aime, et c’est un des plaisirs de sa solitude de voir arriver par les chemins de l’espace cet oiseau que lui envoie le ciel, et qui vient délivrer de leurs plus cruels persécuteurs la brebis dont la laine habille ses enfants et la vache dont le lait les nourrit.
LE PITPIT FARLOUSE
LE PITPIT FAELOÜSE
(ANTHUS PRATENSIS)
Ordre des Insectivores. Famille des Anlhidés. Genre Pitpit. — Longueur : 14 centimètres. Tout le dessus du corps est d’un brun olivâtre tacheté de noir. La gorge et le ventre blanc jaunâtre ; la poitrine et les côtés du ventre nuancés de tons ocrés et tachés de brun foncé. Le bec brun, les pieds couleur de chair. Deux nichées à la mi-avril et à la mi-juin, de cinq œufs blanchâtres ponctués et rayés de brun.
OMBIEJN il faut peu de chose dans l’organisation d’un être vivant pour changer son genre de vie et son rôle dans l’économie de la nature ! Voici un pied d’oiseau. Il compte quatre doigts, munis chacun d’un ongle plus ou moins long et plus ou moins recourbé. Trois de ces doigts se détachent en avant, le quatrième en arrière. Cette disposition permet à l’oiseau de se servir de ses pattes comme l’homme de sa main, pour saisir les objets, et c est à elle qu il doit de pouvoir percher. L’oiseau qui perche tient serrée la branche sur laquelle il repose. Il n'a besoin pour cela d’aucun effort. Le seul poids du corps fait jouer les muscles des doigts. La pointe de l’ongle, qui est recourbé comme le doigt, achève de le fixer et de rendre son équilibre parfaitement stable. Mais si l’ongle postérieur était rectiligne, et non crochu, l’oiseau ne pourrait plus saisir la branche ; il ne serait que posé, dans un équilibre instable.
Ce détail a d’incalculables conséquences. Il semble qu’il y ait un rapport de nature entre 1 arbre et 1 oiseau et que l’un ait été créé pour l’autre ; mais c’est à la condition que cet ongle de derrière ait la courbure voulue. Cette condition venant à manquer, l’arbre n’est plus rien pour l’oiseau, et la forêt n’est plus son élément. Il en est réduit à marcher sur la terre, comme les quadrupèdes, sauf à prendre de temps en temps son vol, pour avoir aussi sa
part de vie aérienne.
De là viennent quelques-uns des plus singuliers contrastes qui existent entre les mœurs de tant de petits êtres qu’on croirait destinés à vivre de la même manière. Quelle différence entre la mésange et l’alouette 1 La première ne sort, pour ainsi dire, jamais du feuillage, tandis que la seconde reste clouée au sol, à moins qu’elle ne s’envole en ligne directe, comme pour monter au ciel. L’une a l’ongle postérieur crochu, l’autre 1 a rectiligne. Entre ces deux types extrêmes, on compte une quantité d’intermédiaires, parmi lesquels se place le groupe des
pitpits.
Le pitpit farlouse est déjà presque une alouette ; c’est une ébauche de l’alouette. Il en a le manteau run, couleur de terre. Aussi se confond-il avec les mottes des sillons, ou plutôt avec le terreau noir des prairies
tourbeuses, car au lieu d'habiter les champs secs et sablonneux, en compagnie de l’alouette, il cherche le voisinage des fossés, des étangs, des eaux permanentes .Cette différence de goût leur épargne des querelles sans nombre, les deux espèces ayant la prétention de n’ètre pas dérangées. Le pitpit cache son nid dans l’herbe, et s’en éloigne peu. Il passe des heures à courir à petits sauts dans les environs immédiats, le corps droit, le cou tendu, l’œil au guet. Ce vagabondage est interrompu par de courtes pauses, qu’il met à profit pour observer. Quand il a découvert une proie, il fond sur elle, de toute sa vitesse, d’un seul temps de course. Tous ces oiseaux à ongle postérieur non recourbé, inhabiles à percher, incapables d’aucune voltige autour des branches, sont de très habiles coureurs. C’est une de leurs spécialités, et ce talent supplémentaire, ajouté à celui du vol, leur rend les plus grands services à la chasse. Sur un sol uni, ils font merveille. Cela est vrai de presque tous, mais plus frappant chez le pitpit farlouse, parce qu’il 11e se cache point dans les lieux touffus, aimant à chasser et à flâner au grand jour, sur la vase humide, sur les grèves de sable et sur les gazons ras. Redoutable aux insectes qui passent à sa portée, il ne l’est pas moins aux braconniers qui ne respectent pas ses propriétés. Cet oiseau, terne de couleur, a de la physionomie et du courage : il se fait respecter. Quoique moins artiste que l’alouette, il s’élève aussi dans les airs pour chanter ; mais il ne va pas très haut, et bientôt il retombe, ailes fermées, pour aller achever sa chanson de noces sur une simple touffe de gazon, ou même sur la terre nue. En automne, quand la vie à deux a cessé, les pitpits se réunissent en grandes troupes, puis, après quelques explorations préparatoires, ils partent pour le Midi. Leurs vols sont considérables, et ils ne peuvent souffrir d’être détachés du gros de l’année. Ceux qui se laissent attarder ne cessent de crier et d’appeler, jusqu’à ce qu’ils aient rejoint. Ils se sentent plus en sûreté quand ils cheminent nombreux, ce qui ne les empêche pas de venir tous ensemble donner dans les pièges qu’on leur tend sur la route. On les chasse comme les alouettes, au miroir. Il vaut bien la peine, vraiment, d’avoir des ailes et de voler à force pour se laisser distraire par le premier objet qui brille. O troupe naïve, éternellement naïve, l’expérience ne vous a-t-elle donc rien appris ? Que l’oiseleur soit incorrigible, cela se comprend ; mais ce qui confond l’imagination, c’est que, depuis tant de siècles, alouettes et farlouses ne soient pas encore corrigées.
D. Lli B K T