‹ Les oiseaux dans la natureChapitre 36 sur 60 · ALAUDA ARYEN SIS · texte numérisé non relu

ALAUDA ARYEN SIS

Ordre des Insectivores. Famille des Alaudidés. Genre Alouette. — Longueur: il centimètres. Tout le corps est brun châtain, avec une quantité de taches noirâtres, plus grandes et plus nombreuses sur le dos qu’aillcurs. Le ventre presque blanc. La poitrine d’un roux jaunâtre. L’alouette pond déjà en mars et a jusqu’à trois couvées par an, en général de cinq œufs, d’un blanc verdâtre ou terreux, parsemés de taches, grises et brunes, qui forment un cercle au gros bout. Cette espèce habite l’Europe, l’Asie et l’Afrique.

OIC1 l’alouette, une des gloires de la création !

L’alouette est l’oiseau qui ne perche pas, l’oiseau qui n’a pour vivre que le sol et le ciel.

A la terre son nid : un nid qui a exactement la couleur des sillons, formé de racines et de brins de chaume, berceau rustique où quelques crins de cheval tiennent lieu d’édredon. L’alouette huppée lui choisit un emplacement dans les bruyères; l’alouette lulu, amie de l’homme, le construit plutôt parmi les légumes des maraîchers; l'alouette ordinaire l’établit en pleine campagne, dans les moissons peu serrées, ou parmi le trèfle et l’esparcette des prairies sablonneuses. Une motte de terre ou une touffe d’herbe lui suffisent à le cacher.

C’est à la terre aussi que les alouettes demandent leur nourriture, qui consiste en graines cultivées ou sauvages, et plus encore en insectes, surtout pour les jeunes. Elles ne prennent point les insectes au vol ; elles les piquent sur le sol ou parmi le gazon ras ; les scarabées, les sauterelles, les araignées, les chenilles, les nymphes, les larves de toute espèce, font les frais de leur cuisine. Au premier printemps, quand il n’y a pas encore de graines et que les insectes sont cachés, elle broutent les jeunes feuilles et les bourgeons des herbes tendres.

Comme elles sont très nombreuses, l’espace leur fait défaut parfois. Il faut que chaque couple se contente d’un champ restreint autour du nid. Les places de choix, ni trop arides, ni trop plantureuses, sont les plus disputées. Surtout elles aiment à avoir dans leur parc de chasse une motte de terre élevée, une borne, une miniature de colline, qui leur tienne lieu de belvédère. Quand elles y sont en sentinelle, elles ne souffrent l’approche d’aucun autre oiseau ; d’ailleurs, une fois établies, elles surveillent d’un œil jaloux les empiétements des voisins, et les guerres sont fréquentes sur les frontières de ces petits royaumes, insuffisants et mal définis.

La vie de l’alouette femelle se passe dans ces étroites limites. C’est là, entre les tiges des blés, parmi les liserons roses ou l’esparcette empourprée, que son heureux époux, au retour de ses fugues aériennes, vient coqueter autour d’elle; c’est là qu’elle couve, silencieuse, toujours seule sur ses œufs tachetés; c’est là qu’elle

entreprend et mène à bien l’éducation de sa jeune famille, leur donnant à tous la becquée, les rassemblant sous ses ailes, prenant ses ébats avec eux et voltigeant au-dessus des herbes pour les surveiller tous à la fois. Peu d’oiseaux ont au même degré l’instinct de la maternité. Il se développe chez elle avant l’instinct conjugal, et l’on assure que les alouettes d’une seconde couvée trouvent dans leurs sœurs aînées de petites mères pleines de tendresse et de dévouement.

Le mâle prend aussi sa part des soins domestiques; il chasse pour ses petits et les accompagne dans leurs premières sorties; surtout, il est époux jaloux et fidèle; mais il a sa vie au dehors, ses fonctions d oiseau poète, appelé à jeter sa note dans le concert de la création. Cette race a deux instincts également puissants, que la nature a partagés entre les deux sexes. A la mère les tendresses infinies et les délices du nid sous l’herbe; au père le vol et le chant. Dans les longs jours du premier été, quand ondoient les moissons grandissantes, à peine voit-on l’orient rougir que déjà s’élancent les alouettes. En haut! toujours en haut! De moment en moment, elles s’arrêtent, suspendues; puis il leur prend une impatience d’être encore si près de la terre, et par un élan nouveau elles s’enfoncent de plus en plus dans l’espace. Que vont-elles faire dans cette immensité? Si l’on en croit Buffon, l’alouette ne s’élèverait ainsi que pour chercher du regard une femelle qui lui convienne. Le moyen serait bizarre. Le peuple en donne une raison plus simple. Il croit que les alouettes ont le cœur joyeux, qu’elles chantent pour le plaisir de chanter et quelles volent pour le plaisir de voler ; il se figure même que le ciel est pour les oiseaux ce qu’il est pour les hommes, le séjour d’une divinité. C’est pourquoi le paysan, dans sa foi naïve, les encourage à monter haut, bien haut, « prier Dieu qu’il fasse chaud. » Nous croyons, avec le paysan, que c’est le bonheur qui fait envoler l’alouette. Comment, du fond d’un maigre sillon, jeter ces roulades perlées. et ces trilles étourdissants? 11 faut l’étendue à sa voix. Les oiseaux des arbres vont chanter à la cime des arbres; elle, qui n’a point d’arbres, va chanter au ciel. Et plus elle monte, plus elle se sent d’allégresse, plus aussi la note retentit. On ne la voit plus qu’on l’entend encore. Souvent on peut en entendre plusieurs à la fois. Elles s’excitent mutuellement; et tout ce peuple de chanteurs, sorti des Mondes moissons, va répandre sa joie dans les espaces illimités. Parfois le faucon interrompt la fête; parfois l’ouragan les emporte; mais quand rien ne les dérange, elles montent à des hauteurs vertigineuses; puis, comme si elles se rappelaient soudain que quelqu’un les écoute et les attend, elles retombent du ciel au bord de leur nid.

Alouettes, vives alouettes, chantez et multipliez. Voici l’automne et les migrations périlleuses. Les chasseurs

est la vie : tout y est joie, tout y est piège. Les saisons se succèdent et ne se ressemblent point. Alouettes, vives alouettes, chantez et multipliez.

D . I. F. fi F. T , ÉDITEUR.

IM P. MOTTF.ROZ.

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