LA MÉSANGE A LONGUE QUEUE
(ORITES CAUDATUS)
Ordre des Insectivores. Famille des Paridés. Genre orite. — Longueur, 14,5 centimètres. Tête blanche; deux traits noirs, moins larges chez le mâle, courant de chaque côté de la tèle et se rejoignant à la nuque. Le dos noir, les épaules d’un roux vineux. Longue queue noire, bordée de plumes externes blanches. Le dessous du corps d’un blanc rougeâtre. Deux nichées par an, en avril et en juin de neuf à douze œufs. — On la rencontre dans toute l’Europe.
NCORE une joyeuse mésange !
Elle rappelle la uonnette par la modestie de sa toilette : le noir, le gris, Je roux et le Liane lui suffisent.; elle a aussi une jolie tète ronde, mais presque entièrement blanche, et le corps petit, très petit, mais avantagé d’une longue queue, élégante et fragile, qui lui donne un air d’importance et qu’elle tient droite en volant.
Elle n’est pas indigne, non plus, d’être comparée à la uonnette pour l’agilité ; elle regagne par la légèreté ce qu’elle a de moins en force. Elle n’a ni le coup de bec moins vif, ni le coup d’aile moins instantané, ni le mouvement moins perpétuel, ni moins de petits cris joyeux au milieu de scs évolutions capricieuses. Elle se suspend à un rien, s’accroche par-dessous aux nervures des feuilles, et glisse de l’une à l’autre en s’égayant par milles prouesses de voltige. Quand elle abandonne l’arbre quelle vient de dépouiller pour voler à un autre, et qu’elle franchit l’espace libre avec ses ailes frétillantes et sa longue queue rectiligne, on dirait une flèche qui passe et bourdonne.
A cette adresse triomphante, elle joint la douceur du caractère, l'aménité des mœurs, la tendresse conjugale, et une rare supériorité d’industrie. Son nid est un nid modèle. Le mâle en apporte les matériaux, savoir des tiges de mousse, des barbes de sapin, blanches ou noires, des fibres d’écorce de bouleau, des carapaces de chrysalides, des dépouilles de cocons, et des écheveaux de fil d’araignée. 11 est le pourvoyeur, la femelle est l’architecte. A leurs yeux, la condition principale d’un bon emplacement est d’offrir une assiette assurée. Ils choisissent de préférence faisselle d’une branche, ou de deux branches jumelles, afin qu’il y ait appui par-dessous et de côté. Dans le triage des matériaux qu’on lui apporte, la femelle n’a pas égard seulement à la solidité, mais aussi à la couleur. Ce nid a toujours la couleur de l’entourage immédiat, en sorte qu'on pourrait croire à un simple renflement d’écorce ou de mousse. 11 faut y regarder de très près pour le découvrir. Les parois en sont tissées brin à
à brin. Plus épaisses vers le bas, elles s’amincissent à mesure qu’elles s’élèvent. Enfin le nid se ferme par-dessus, sauf une ouverture près du sommet; il prend alors la forme d’un œuf, qui n’a pas moins de deux décimètres en hauteur. Inutile de dire qu’on le tapisse en dedans d’un tendre duvet de laine et de plume. La porte en est étroite; mais, une fois entrés, les époux y ont largement place, avec leurs dix ou douze œufs, moyennant qu’ils redressent un peu cette queue démesurée, moins faite pour s’abriter dans un nid que pour s’étaler au soleil du matin. Il faut trois semaines pour achever ce petit chef-d’œuvre d’art et de patience, mais quel abri! quelle sûreté! quelle douce chaleur et quelles bonnes nuits y passe le couple amoureux, le mâle couvrant de son aile la femelle blottie à ses côtés !
Les délices du nid et de la vie à deux ne les empêchent point de trouver plaisir à la société de leurs semblables. La mésange à longue queue est de toutes les mésanges celle qui développe au plus haut degré l’instinct social cotnmun à plusieurs espèces de la famille. Le jour, aux heures de chasse et de promenade, elles s’appellent, se réunissent en nombreuses compagnies et partent joyeusement. Quoique l’épervier soit aussi leur épouvantail, et qu’elles fuient se cacher sous les buissons les plus épais aussitôt qu’elles aperçoivent un point suspect, elles savent l’oublier quand rien ne les en fait souvenir, et s’abandonner à la joie de vivre, de se poursuivre, de se devancer et de s’exciter les unes les autres. C’est de quelque bois de chênes qu’elles sortent le plus souvent. Il vaut la peine de se mettre en route avec elles et de les suivre. Leur plumage blanc, rayé de noir, jette une lueur à chaque battement des ailes. Elles se posent ensemble, sur l’arbre le plus voisin de la forêt, et tout aussitôt les voilà batifolant de feuille en feuille, sans oublier leurs utiles fonctions de jardiniers nettoyeurs. Mais 1 instinct vagabond ne leur permet pas les longues haltes. La plus impatiente donne le signal, elles partent comme elles sont venues, pour aller s’abattre sur un second arbre et y batifoler de nouveau. D’arbre en arbre, de prairie en prairie, elles font le tour des villages dont le clocher pointu perce entre les dômes des noyers séculaires. Cependant il en est qu’une proie tente et retient. Une minute suffit pour qu’elles soient séparées de la compagnie. Alors, ce sont des cris d’appel et de détresse. Le pauvre oiseau perdu vole à quelque belvédère haut placé, tel que la cime d’un grand poirier, et des yeux et de la voix il interroge l’horizon; s’il n’a rien découvert, il cherche une cime plus haute encore, quelque flèche de peuplier, et n’a de repos que lorsqu’il a rejoint l’escouade voyageuse, qui ne s’attarde pas pour les traînards. Je laisse à penser combien est doux le sommeil, quand on a ainsi couru le monde et folâtré jusqu’au soir, le sommeil côte à côte sur une vieille branche moussue.
THUBWANGE».