LE GOBE-MOUCHES A COLLIER
(MUSCIGAPA ALBICOLLIS)
Ordre des Insectivores. Famille des Muscicapidés. Genre Gobe-mouches. — Longueur : 13,2 centimètres. Le male est il ui ' ’
excepté le front, un collier complet, toute la partie inférieure, le croupion et deux taches sur l’aile qui sont d’un blanc pur. a «ne ee jeunes sont gris-brun en dessus, blanc sale en dessous et n’ont pas de collier. La ponte est en généial de cinq œufs d un vert pas plus que le gobe-mouches becque-tigue, n’est très commune, saut dans le Midi.
ANS une précédente notice, nous avons fait abstraction des diverses espèces de gobe-mouches, pour décrire uniquement le système de chasse qui leur est commun. Nous devons maintenant les considérer de plus près. Il y en a plusieurs espèces, principalement au Midi, où, autour de toutes les. flaques d’eau, à l’ombre de tous les feuillages, fourmillent et pullulent mille sortes d’insectes. Parmi celles qui viennent passer quelques mois dans nos zones tempérées, on en distingue trois plus connues : le gobe-mouches ordinaire, le gris et celui à collier. Ils ont à peu près, pour la longueur du corps, les proportions de la mésange grande-charbonnière; mais les ailes sont plus développées, ce qui les rapproche des hirondelles, auxquelles ils ressemblent encore par leurs petites pattes, courtes et faibles. Ce sont des oiseaux faits pour voler, non pour marcher ou sautiller. On le voit bien quand ils s’élancent sur leurs victimes. Ils n’auraient qu’à le vouloir pour
briller parmi les maîtres dans l’art de nager dans l’espace; mais c’est une gloire qu’ils ne paraissent pas ambitionner. Ils volent peu, et seulement pour satisfaire aux besoins de la vie, poui allci boire à la source prochaine ou pour changer de perchoir. La plus grande partie de leur existence se passe sur les branches, a guetter, les ailes ordinairement pendantes et immobiles, malgré le tic qui les leur fait agiter de temps en temps, ainsi que la queue. D’où leur vient ce naturel flegmatique? Il ne s’explique, semble-t-il, par aucun defaut de conformation, et l’on n’en peut rien dire, sinon que c’est 1 habitude de la race.
Le gobe-mouches gris n’a pas une toilette qui attire les regards; les teintes répandues sur son plumage sont plutôt douces et ternes. Le dessus du corps est gris, un gris de souris, releve de taches noues au bout, dessous est blanchâtre. Beaucoup plus brillant est le gobe-mouches ordinaire, a cause de la vive opposiion entre le noir de jais qui lui habille la nuque et les épaules et le blanc de neige du fi ont et de la poitiinc. à collier, aussi noir et blanc, est surtout remarquable, comme son nom l’indique, par le large collier . «ne
qui fait le tour de sa gorge et lui dégage la tête. Cette belle opposition, du noir et du blanc, ne se montre dans sa force que chez les individus complets, si l’on peut ainsi dire, et à certains moments de l’année. Ce sont des oiseaux qui varient beaucoup. Ils ne portent pas moins, dans une seule saison, de trois à quatre costumes successifs: le plus beau est le dernier, qui est aussi le costume de noces.
Les gobe-mouches attendent que les insectes soient sortis de terre pour venir prendre leurs quartiers sous nos climats. Ils font des étapes en chemin, et nous arrivent, deux à deux, vers la fin d’avril, heureux quand une neige tardive ne les surprend pas, à peine établis. La neige leur est fatale, parce qu’ils se nourrissent exclusivement d’insectes, et qu’ils ne savent pas, comme d’autres oiseaux, brouter les pointes des herbes ou picorer de vieilles graines. On cite des printemps où, dans certaines contrées, ils ont presque U us péri. Ils n’ont pas peur des hommes; mais ils ne les recherchent pas. Pourvu qu’ils aient des arbres au branchage dégagé, ils sont chez eux; peu importe que ce soit dans une forêt ou dans un verger, même dans un jardin. Ils cachent souvent leur nid parmi les lierres ou les espaliers, et ne manquent point d’art dans le choix des places et des matériaux; cependant ils n’y mettent pas le soin qu’y apportent d’autres espèces. Il y a un fonds d’indolence dans la nature du gobe-mouches. Une couvée par an lui suffit. Ce serait trop que de se donner deux fois peine pareille.
Les gobe-mouches ne sont pas au nombre de nos bons chanteurs, quoique le ramage de celui à collier ait de la grâce et de la vivacité. On en élève cependant, parce qu’ils ont l’humeur heureuse et qu’ils deviennent aisément familiers. La cage leur est mortelle; mais on peut les garder en chambre. Il suffit de disposer dans un appartement de petits bâtons où ils puissent percher, pour qu’ils se livrent à la chasse aux mouches avec autant d'ardeur que dans les bois. Ils ont bientôt fait d’en nettoyer une maison. Malheureusement, il faudrait les en repourvoir, car aucune autre nourriture ne paraît leur convenir également. Bien soignés, ils s’attachent aux personnes et aux lieux, et reviennent faire des visites d’amitié quand on leur a rendu la liberté. Fridericli en avait apprivoisé une paire en 1862. Quand il leur ouvrit la fenêtre, ils en profitèrent, mais sans s’éloigner. Ils séjournèrent plusieurs semaines dans le voisinage, revenant au premier appel; puis ils disparurent. Au moment du passage automnal, le mâle vint voltiger, avec obstination, devant la fenêtre par où il avait pris le chemin de la liberté. On lui ouvrit et on lui tendit un ver de farine, qu’il piqua dans la main. L’année suivante, au printemps, nouvelle visite du gobe-mouches. Mais il était plus sauvage, et il partit, cette fois, sans avoir touché le ver qu’on lui offrit, mais non sans avoir longuement tourné autour. Il ne reparut pas en automne, soit que l’instinct de la sauvagerie eût pris tout à fait le dessus, soit qu’il eût péri dans l’été.
Quoi de plus aimable, quoi de plus touchant, que ces visites d’un petit oiseau, qui se détourne dans ses longs voyages pour frapper à une vitre connue et saluer un ami en passant! L’homme ne sait pas de combien de jouissances pareilles il pourrait enrichir son existence, s’il était bon envers tous les êtres que la nature semble avoir confiés à sa garde et auxquels elle a donné, comme à lui, l’air, le soleil, la vie et la liberté.
P. ROBERT PINX
LITH. PAR THURWANCER.
D. LEBET, ÉDITEUR