L’HIRONDELLE DE FENÊTRE
(GHELIDON URBICA)
Ordre des Insectivores. Famille des Hirondinidés. Genre Chélidon. Longueur : 13 à 14 centimètres, dont 6 pour la queue. Toute la pai tie supérieure du corps est d’un noir métallique à reflets bleus, l’aile et la queue sont d’un noir de suie, tout le dessous du corps et le croupion sont blanc de lait. Deux nichées par an et même trois, quand l’été est chaud, de quatre à six œufs blancs. L’incubation dure douze joui b seulement, si le temps est favorable, parce que le mâle peut alors nourrir la femelle au nid.
ETRANCIIEZ de la création un de ces oiseaux que nous aimons : quel est celui dont l’absence sera le plus sentie?
C’est assurément l’inrondelle : non pas une espèce plutôt qu’une autre, celle de fenêtre plutôt que celle de cheminée, mais le type hirondelle, en général.
La raison en est qu’il n’y a pas d’oiséau qui soit plus complètement oiseau. Ce n’est point l’éclat du plumage, ce n’est point la beauté de la voix, c’est l’aile qui fait l’oiseau. La parure et le chant lui sont donnés par-dessus, comme l’accompagnement naturel de cette vie aérienne, brillante et joyeuse; mais l’essentiel, c’est l’aile.
Or, en retranchant l’hirondelle de la création, on en retrancherait l’aile la plus agile.
Ouel est 1 oiseau qui vole mieux? Le martinet?.... Mais le martinet est lui-même une hirondelle. Le faucon?.... Mais quand le faucon se précipite sur la proie qu’il a choisie, il vole moins qu’il ne tombe ; c’est une chute, ailes fermées, et la rapidité en augmente selon les lois de la pesanteur. La frégate?... De tous les navigateurs de l’océan des airs, la frégate est, en effet, celui qui fait les plus puissantes ramées; elle a l’aile la plus grande, presque démesurée, car ce vaste appareil lui devient un obstacle dès qu’il s’agit de se retourner. La vitesse en ligne directe ne fait pas seule la beauté du vol. Il faut, sans doute, que l’aile porte l’oiseau ; mais il faut encore que 1 oiseau soit maître de son aile; là est le triomphe de l’hirondelle.
Buifon ne s’y est pas trompé. Aussi, dans le long article qu’il lui a consacré, a-t-il soigneusement réservé toutes les ressources de son art pour la description de ce vol admirable. On sait par cœur la page fameuse où il semble que sa plume veuille en égaler la prestesse. Un mot a suffi à Michelet pour en dire autant et pour en faire deviner davantage : « L’hirondelle, écrit-il, est l’oiseau par excellence, l’être entre tous né pour le vol. La nature a tout sacrifié à cette destination. Pour produire cette aile unique, elle a pris un parti extrême, celui de supprimer le pied. »
Voilà le premier, et le dernier mot sur l’hirondelle, et ceux qui viendront, comme nous, après l’illustre écrivain,
ne pourront que le répéter. Mais voyez combien sont merveilleuses les voies de la nature : cet être, nous
continuons à répéter Michelet, — cet être, qui est le plus libre, se trouve asservi par sa liberté même. Il faut l’apprendre, ce vol. La petite hirondelle aura donc besoin, plus que tout autre, des soins de parents dévoués, et voilà ce père et cette mère, libres par l’aile, enchaînés au foyer domestique. La race périrait si les mères hirondelles n’étaient pas les plus tendres des mères. Aussi rien au monde n’est-il plus touchant que devoir les leçons qu’elles donnent à leurs enfants. La petite alouette a beau jeu pour apprendre à voler. Elle sort de son nid, fixé au sol, pour aller courir et sautiller dans les blés. En sautillant on volète, et à mesure que l’aile se fortifie, on pousse sa pointe plus haut au-dessus des épis protecteurs. La petite mésange, avec son berceau dans le feuillage, voit au-dessous d’elle des branches dont chacune est un reposoir. Son premier coup d’aile n’est qu’un élan pour sauter sur le rameau voisin, où elle s’accroche de l’ongle et prend haleine avant de repartir. Mais la petite hirondelle! Quand elle regarde hors du nid, elle n’aperçoit que le vide; c’est dans le vide qu’il faut se jeter. Longtemps elle hésite, longtemps elle se prépare; on la voit se pencher en dehors, on la voit essayer son aile, sans cependant lâcher du pied. Sa mère est devant elle, qui lui offre la becquée, et tour à tour s’approche et se recule. On la prend par la famine. Enfin,... comme le cœur doit lui battre, et quel moment dans sa vie!... enfin, elle est dans l’espace. S’y est-elle jetée d’un élan délibéré, y est-elle tombée à force de s’agiter? Le plus souvent on ne le sait pas. Mais quand elle ne se sent plus soutenue, son aile grandit tout à coup ; elle l’ouvre comme elle n’avait jamais fait jusqu’alors. L’air la porte, elle saisit la becquée, et, tant bien que mal, elle se retourne et regagne vite le bord du nid. Quelle aventure !... Une seconde fois la mère se reculera davantage ; il faudra faire double voyage pour prendre la mouche qu’elle montre à la pointe de son bec. Quelques leçons encore, et la petite hirondelle l’accompagnera dans les airs !
Cette liberté de vol a encore une autre conséquence, savoir que l’hirondelle n’a pas besoin de se choisir et de se réserver un domaine; elle laisse cette faiblesse aux oiseaux des arbres et à ceux qui nichent sur la terre. Elle dispose de l’étendue; aussi les nids peuvent-ils être très rapprochés sans inconvénient pour personne; ils se touchent sous les toits, sous les corniches, aux fenêtres. De là vient qu’il s’établit une vie de famille entre toutes les hirondelles qui habitent les mêmes lieux. Chacune de leurs générations y apprend à voler dans le même temps; elles assistent mutuellement à ce premier apprentissage de la vie; elles ont les souvenirs communs des écoliers qui ont fait leurs classes ensemble; elles forment une volée, comme on dit avec grâce dans notre pays romand. Ainsi naissent les liens d’affection et de solidarité qu’on remarque entre tous les membres de leurs tribus voyageuses. Elles partent ensemble, elles reviennent ensemble, elles chassent ensemble, s’avertissant l’une l’autre du danger. Toutes les hirondelles sont sœurs, dit encore Michelet.... L’exemple qu’elles donnent à l’homme et que l’homme ne suit guère est le plus beau qui puisse être donné: la fidélité dans la liberté !