LE GRIMPEREAU
(CERTHIA FAMILIARIS)
Orcb-e des Grimpeurs. Famille des Certhiadés. Genre Grimpereau. — Longueur : 12 centimètres. Tout le dessus du corps est gris run foncé, mélangé de roux, avec une infinité de larmes blanchâtres, le croupion est roux, la queue est Uniformément d’un brun chatain, ai e est compliquée d’une quantité de nuances entre le blanc et le noir. Le dessous du corps est blanchâtre. Le grimpereau a deux pontes par an, au commencement d’avril et en juin, la première de huit œufs, la seconde de quatre. Cet oiseau est sédentaire, au moins dans uiope tempérée.
OUS avons insisté dans la notice consacrée aux pitpits sur une distinction qui est de toute importance, si l’on veut établir une classification quelconque parmi les oiseaux : il y a ceux qui perchent et ceux qui ne perchent pas. Les premiers habitent les arbres et aiment voltiger dans le feuillage ; les seconds établissent leur nid sur le sol et volent dans 1 espace libre. Nous avons remarqué que cette grande différence dans les mœurs s’explique pat une toute petite différence dans la conformation du pied, c’est-à-dire par une courbuie phm ou moins marquée de l’arrière-doigt et de l’ongle qui le termine. Une autre différence dans les mêmes organes correspond à une troisième destination. Les oiseaux qui ne perchent pas sont bons coin eut s, mais ils ne sont pas nécessairement bons grimpeurs. L’alouette grimpe fort peu. Il lui faudrait des ongles plus forts, plus aigus, plus tranchants, capables d’entrer dans l’écorce des arbres ou de s accrochei aux moind saillies des murailles. Ces ongles, quelques oiseaux les possèdent, avec d’autres organes modifiés aussi en vue de cette destination nouvelle. Ainsi s’est constitué, dans le monde des oiseaux, un groupe particulier, qui est celui des grimpeurs, parmi lesquels se distinguent le grimpereau, la sittelle et les pics. On ne peut pas dite qu ils aient seuls le talent de grimper; nous avons déjà rencontré quelques espèces qui n en sont pas a bsol umei dépourvues, telles que les mésanges et le troglodyte. Néanmoins, ceux dont nous avons a pailei maintenant les vrais grimpeurs.
Ce talent de grimper rend à la forêt des espèces qui ne sont point faites pour peichei. Tous les ^îii 1 cependant ne grimpent pas aux arbres; quelques-uns, le beau tichodrome, pai exemple, exercent leui
les murailles et les rochers. ,
Le grimpereau est le premier de ceux qui grimpent aux arbres. Il en est aussi le plus léger, ce qui n s 1
un avantage de peu d’importance quand il s’agit de s’accrocher à des paiois perpendiculaires ou suspendu sous des branches horizontales. Il n’a guère que six centimètres de longueui de cotps, et la queue. A peine pèse-t-il plus que le roitelet, le pouillot ou le troglodyte; c’est un des plus petits oiseaux que nous ayons en Europe. Il ne fait pas de très grands voyages; il mène en automne et en hiver une vie plus ou
moins errante, mais sans s’éloigner beaucoup des contrées où il a passé l’été. Souvent il se borne à sortir de la forêt et à se rapprocher des lieux habités. Il n’est pas très commun dans les contrées méridionales, en Italie ou au midi de la France; mais on le trouve partout de ce côté-ci des Alpes, jusqu’à la Baltique et plus loin. Il est très répandu en Allemagne et en Suisse.
C’est un oiseau basset, comme la plupart des grimpeurs. Les longues jambes sont bonnes pour faire de grandes enjambées; mais pour s’accrocher aux parois, la force doit résider dans les doigts du pied et dans l’ongle, et il convient que la jambe soit courte et musculeuse. Le grimpereau a l’armature du pied remarquablement développée. Il n’offre rien d’ailleurs, à le considérer au repos, qui attire l’attention, quoique ce soit un joli petit oiseau, au plumage clair par-dessous, foncé par-dessus, avec une aile sombre, décorée de lignes et de taches blanches. 11 n est pas facile à observer dans sa vie intime, concentrée dans le trou qui recèle son nid. Mais ce qu’il a de très extraordinaire, ce qui lui vaut d’être connu de tous, c’est l’agilité avec laquelle il monte le long des troncs et des branches. Il n’aime pas beaucoup les arbres à écorce lisse, non qu’il ait plus de peine à y grimper, mais parce qu’il y trouve moins de gibier. Il a le bec long, mais faible, incapable de percer l’écorce ou de la faire éclater; il ne peut que fouiller dans les fissures. On prétend qu’il rachète cette infériorité par d habiles petites ruses, qu’il suit le pic, par exemple, et lui dérobe sa proie par surprise. Ce qui est plus certain, c’est qu’il est très agile, et qu’il supplée par l’agilité aux ressources que lui a refusées la nature. Sort-il de sa cachette, un instant lui suffit pour être au sommet des arbres les plus élevés; il s’y arrête, cherchant, furetant , tournant autour des branches, visitant toutes les gerçures ; puis il saute dans l’espace comme un écureuil, se raccroche à une branche, court dessus, court dessous, regagne le tronc, remonte et continue sans fin ce manège productif. Il grimpe indifféremment la tête en haut ou en has. Quand il est dans une volière, il ne se borne pas à monter le long des barreaux; il va se promener au plafond, comme les mouches. Ceci est le triomphe de son art, imité par un petit nombre de rivaux. En automne, on le rencontre parfois avec les mésanges, mais chassant toujours à sa manière. Tandis que celles-ci se suspendent aux feuilles et aux branchettes, il va droit aux troncs et aux rameaux épais. La mésange fait de la voltige; le grimpereau court; mais une course pareille, verticale, est une autre espèce de voltige, non la moins brillante.
Oh! les oiseaux! La nature a été prodigue envers eux. Il semble qu’elle leur ait tout donné en leur donnant l’aile. Mais elle a voulu mettre le comble à ses faveurs, et ajouter la richesse à la richesse. Elle leur a donné, par-dessus, le ressort du jarret et la pointe de l’ongle, afin qu’ils puissent goûter sous toutes les formes imaginables les joies du mouvement et l’ivresse de la liberté.
LITH. PAR THURWANCER.
R. LEBET, ÉDITEUR
P. ROBERT PINX