CU CU LUS CANORUS
Ordre des Grimpeurs. Famille des Cuculidés. Genre Coucou. — Longueur : 31 centimètres; envergure : 60 centimètres. Le male adulte est d’un gris ardoisé, le ventre est blanc zébré de noir, la queue porte un certain nombre de taches blanches à l’intérieur de chaque plume. Le jeune mâle est d’un gris plus foncé et chaque plume est bordée de gris clair. La femelle est en général plus rousse et couverte de raies foncées. L’iris est orangé, les pieds couleur de chair. Tous les œufs de coucou varient de grosseur, de forme, de coloration et de dessins.
N entend une voix dans les bois : h’ou-li’ou! h’ou-h’ou!
Aucune articulation de consonne n’annonce le mouvement d une langue ou d’un bec. Tout se réduit à cette sourde diphtongue, avec une espèce d’aspiration. Ce n’est pas un chant, ce ne sont pas des paroles, ce n est qu’une voix.
Les naturalistes, les ornithologues et le peuple lui -même affirment néanmoins. que cette voix est celle d’un oiseau. On l’appelle le coucou, et l’on raconte à son sujet des choses bien extraordinaires. On dit qu il arrive du Midi au printemps, comme les hirondelles, les grives et les rossignols. Les mâles, assure -t- on, viennent les premiers, en grand nombre; huit v jours après, voici les femelles, en plus petit nombre. Ils se distribuent dans
les bois feuillus, sur les collines et les bas versants des montagnes, chacun ayant son quartier de forêt. Le coucou passe pour n’avoir point de nid. La femelle est accusée de conclure, par pitié sans doute, plusieurs mariages successifs dans une même saison. Elle consacre à rôder sournoisement, pour découvrir les nids du voisinage, le temps que les autres oiseaux emploient à construire le leur. Elle se dérobe autant qu elle peut, dans ces reconnaissances furtives, mais sans réussir à se cacher tout à fait, car c’est un gros oiseau, dit-on, piesque aussi gros qu’un pigeon. Il doit être encore plus étrange que gros : de corps, fort peu; mais une grande queue étalée, un long cou, qui ne cesse de s’étirer en avant, et un regard de feu, qui fascine. Elle a les mouvements convulsifs, le mâle aussi. Tantôt le coucou part comme un trait, sans cause; tantôt il tombe dans une longue et muette contemplation. L inquiétude règne sur son passage; les oiseaux crient et s agitent; ils pi essentiel quelque malin ui Ce pressentiment n’est que trop justifié. La rôdeuse s’arrête, un beau jour, a portée des nids dont elle a îeconnu les abords ; elle pond un œuf à terre, un œuf marbré de toutes les couleurs; puis elle le considère, pour savoir comme il est fait, car ils varient beaucoup ; après quoi, elle le prend dans son bec et va le déposeï dans un nid, en ayant soin de choisir celui dont les œufs ont le plus de ressemblance avec le sien, et d en jetei un dehois, pour que le compte y soit. Quelquefois aussi, le choix manquant, elle va pondre dans le nid même, s il est assez
large. Le mâle assiste de loin à cette opération, et, quand elle a réussi, on l’entend chanter sur sa branche : h’ou-h’ou! La femelle pond ainsi cinq ou six œufs, à quelques jours d’intervalle. Cela dure un grand mois; autant d’œufs, autant de pères, peut-être ; en tout cas, autant de nids violés. Ce qu’il y a de plus étonnant, c’est que les oiseaux à la charge desquels elle place chacun des membres de sa famille acceptent ces substitutions. Ils ont peur du coucou, donc ils ont une idée de ce qu’il est capable de faire; ils doivent l’avoir surpris en flagrant délit; la ressemblance des œufs n’est d’ailleurs jamais parfaite : celui du coucou n’en est pas moins couvé avec le même soin que les autres. Mais ce n’est encore que le commencement du mystère. Cet œuf est très petit, presque aussi petit que ceux du rouge-gorge ou de la lavandière jaune, qu’il remplace trop souvent. Le monstre qui en sort grossit avec une étrange rapidité, et son appétit est en proportion. Un amateur qui se vante d’en avoir élevé un, affirme qu’il dévorait chaque jour plus de cent vers de farine, vingt gros hannetons et une copieuse ration de pain imbibé de lait. On conçoit que le coucou grossisse, à un régime pareil. Bientôt il voit dans ses frères et dans ses sœurs d’adoption autant d’ennemis que lui a donnés la nature, et, se sentant le plus fort, il commence à s’agiter dans le nid, à pousser du dos, à pousser du bec, à se remuer et à se tortiller jusqu’à ce qu’il les ait tous fait passer par-dessus le bord. Et le père et la mère voient le massacre de leurs enfants et continuent à nourrir l’étranger! D’où vient cette fascination? On n’a pas su me le dire : ils continuent! C’est ainsi que l’éducation d’un seul coucou fait quatre ou cinq victimes. Combien faut-il qu’il détruise d’insectes pour expier ce crime aux yeux des législateurs utilitaires qui lui ont assuré la protection de la loi? Quand ce vorace glouton quitte le nid pour chasser lui-même, il est déjà plus gros que ceux qui l’ont élevé.
Bons lecteurs, voilà une histoire bien étonnante et que vous reléguerez, peut-être, parmi les contes que l’on fait aux enfants. Je puis vous assurer néanmoins qu’elle a pour garants des hommes dont le témoignage est irrécusable quand il s’agit des mœurs des oiseaux. Friderieh, le plus exact, le plus savant des ornithologues modernes, longtemps incrédule à ces prétendues légendes, a fini par être convaincu lui-même. Il a vu, vu de ses yeux, les agissements de la mère coucou et de son monstrueux rejeton. Je vous en parle d’après lui, et d’après d’autres témoins également dignes de foi, car, pour moi, humble amateur, je n’ai rien observé de pareil, et je ne suis pas même bien sûr que l’existence du coucou ne soit point un mythe. On m’en a montré dans les musées ; mais on peut mettre tout ce qu’on veut dans un musée. Quelquefois on m'a dit, dans la forêt : « Voilà le coucou! » et j’ai vu, en effet, voler un gros oiseau d’un arbre à l’autre, mais toujours de si loin que je n’ai pu me faire aucune idée précise de sa figure. La seule chose dont je sois assuré et dont, je pense, personne ne doute, c’est que chaque printemps retentit cet appel mystérieux, qui semble venir du creux des vieux chênes : on dirait le premier tressaillement de quelque génie longtemps engourdi qui s’éveille enfin du pesant sommeil de l’hiver.
H’ou-h’ou ! on entend une voix dans les bois.
LEBET, ÉDITEUR