LA MÉSANGE NOIRE
(PARUS ATER)
Ordre des Insectivores. Famille des Paridés. Genre mésange. — Longueur 10,8 centimètres. Le dessus et le dessous de la tète, ainsi que le cou, d’un beau noir; les joues et la nuque, d’un blanc vif; le dos, les ailes et la queue, d’un gris cendré; le ventre, d un blanc jaunâtie, sale; les pieds, gris de fer. Une tache blanche à l’extrémité des couvertures de l’aile. À la fin d’avril et en juin, cette mésange fait une nichée de six à huit œufs blancs, ponctués de taches rousses. Elle habite toute l’Europe cenlrale et septentrionale, une partie de 1 Asie et de l’Amérique du Nord.
I quelqu’un nous disait que la mésange noire, autrement appelée petite charbonnière, est née d’un croisement de la grande charbonnière et de la nonnette, nous n’en serions pas trop surpris, car pour la taille et pour le plumage elle forme l’intermédiaire d’une espèce à l’autre. Elle a généralement la coloration sobre de la nonnette, mais avec des reflets soyeux sur les ailes, qui rappellent les tons éclatants de la grande charbonnière; de celle-ci, elle a le collier de jais et la joue blanche; de celle-là, le capuchon de velours noir, avec le voile rejeté sur la nuque, mais un voile blanc comme la joue au lieu d être noir comme le capuchon, ce qui donne à sa petite tête brillante, forte aussi pour le corps, une expression singulière, un air décidé et mutin. Rien n’indique d ailleurs que ce soit réellement un hybride; on ne la rencontre pas accidentellement, ce n’est point une rareté; c’est un petit oiseau très commun, qui a sa physionomie et ses mœurs particulières et que tous les naturalistes envisagent comme formant une espèce très distincte. — Voulez-vous faire connaissance avec la mésange noire, allez dans les vieilles forêts les plus épaisses, celles où le sapin domine, vous aurez bien mauvaise chance si vous n’y entendez pas, dans la hauteur du feuillage, des voix qui s’appellent et s’entrerépondent : Sillû! Datlî ! Diitli!... C’est le cri de notre mésange, qui, seule entre ses sœurs, se fait une patrie des retraites les plus obscures. Les autres hantent les bosquets, les vergers, les jardins, parfois les bois clairs et feuillus; la mésange noire est la mésange du sapin. Comment s’est fait entre les diverses espèces le partage des goûts, des mœurs, des demeures? Ceci est une grave question, pleine de difficultés et de ténèbres, où la science commence à jeter quelques rayons épars et douteux. En attendant qu’elle l’ait résolue, le poète et le sage restent frappés des harmonies que la nature offre à leurs regards. S’il est une mésange qui soit laite pour le sapin, pour égayer cet arbre sévère, c’est sûrement la mésange noire.
Elle est facile à entendre, mais difficile à voir, à cause de sa petite taille et du mystère dont elle s’entour
Quand elle niche, on l'aperçoit sur la cime des arbres, dans les clairières découvertes. Elle n’a pas l’habitude en effet, de bâtir son nid aux lieux qu’en d’autres temps elle hante de préférence. C’est aux grands chênes qu’elle aime à le confier, dans un feuillage où pénètre un peu plus de jour qu’au milieu de la chevelure des conifères. Comme elle adore les amandes, on peut aussi la voir, au moment de leur maturité, campée sur une pomme de pin, qu’elle dépouille en sifflant. Elle est charmante quand elle voltige, soit à cause de la prestesse de ses mouvements, qui sont, de tout point, ceux d’une mésange, presque d’une rivale de la nonnette soit à cause des couleurs tranchées de sa tête, de ce noir vif, de ce blanc éclatant, qui se meuvent sans cesse avec une extrême rapidité et produisent des effets d’optique imprévus, des illusions de kaléidoscope. Mais il faut avoir l’œil fin et une grande habitude de découvrir et de suivre les oiseaux pour observer un vol aussi dérobé. Pour le promeneur ordinaire, la mésange noire n’existe que par l'animation qu’elle donne à la forêt. Elle la peuple, elle la remplit de son agilité et de sa grâce sémillante. Pst! un mouvement par-ci, un frôlement par-là! toujours quelque chose qui bouge, toujours des frissonnements, des frémissements, des tressaillements, et partout des voix joyeuses, partout des notes cristallines qui publient la gaieté de ce peuple invisible, perdu dans les hautes branches. Pour lui du moins, la forêt n’engendre pas mélancolie, et cette joie expansive se communique à l’hoinine, dont l’imagination troublée verrait peut-être, sans cette douce compagnie des oiseaux sans souci, se dessiner clans l’ombre les yeux menaçants de quelque fantôme importun. En fait d’yeux de fantôme, la mésange noire ne connaît que ceux du chathuant, du terrible chat-huant, qui mange les œufs des oiseaux plus petits. Mais elle n’en a pas peur. Comme la mésange bleue, elle pousse au monstre, tout en appelant ses compagnes, et il ne faut pas longtemps pour que le tapage soit grand dans la solitude des bois.
La mésange noire est l’amie du forestier, dont elle nettoie les sapins et les chênes. On lui pardonne les quelques graines de pin qu’elle picore, et dont il n’y a guère disette, en faveur de tous les insectes nuisibles dont son bec vigilant purge l’écorce des arbres. Cependant l’existence ne lui est pas toujours facile. En hiver, quand il fait froid et qu’il neige, la pitance est maigre parmi les sapins. Aussi l’expérience l’a-t-elle rendue prévoyante. Elle fait des provisions, qu’elle cache dans les fissures des troncs. L’écureuil eu fait autant, le geai aussi : véritable instinct d’habitant des bois. La mésange noire garde cet instinct quand on la met en cage. Elle cherche encore des cachettes dans sa prison. Mais avec sa vive imagination de petit oiseau, il lui prend sans cesse des inquiétudes mortelles, et, comme l’avare, elle va cent fois le jour s’assurer que quelque voleur n’a point surpris son trésor.
LA MÉSANGE HUPPÉE
D, LEBET, éditeur
MESANGES
LA MÉSANGE HUPPÉE
(LOPHOPHANUS GRISTATUS)
Ordre des Insectivores. — Famille des Pciridès. — Genre lopliophane. — Longueur : 12 centimètres. Tète Manche, le front varié de et, oi ne dune charmante huppe mobile. Le dessus du corps, brun-grisâtre; le dessous, plus clair, gris-jaunâtre. La mésange huppée ( epose dans une cavité tapissée de mousse, de lichens, de poils, huit à dix œufs pareils à ceux de la mésange bleue. — En juin elle pond de nouveau six à huit œufs. On rencontre la mésange huppée dans toute l’Europe moyenne.
E curieux oiseau mésange huppée, comme l’appelle le peuple, ou Lopliophane huppe, comme disent les ornithologues — n’est pas très connu parce qu’il n’est pas très commun ; mais on ne l’ouhlie guère quand une fois on l’a vu de près, tant il a de physionomie, avec sa tête à larges bajoues claires, se détachant sur un collier noir, et son front tacheté de noir et de blanc, pareil à un damier en éventail, et sa huppe originale dont la pointe se dresse comme un cimier. Toutes ces mésanges ont des tetes étonnantes ; celle dont nous parlons maintenant a mieux qu’une tête, elle a un visage, et l’on ne peut s’empêcher de penser qu’il doit naître de curieuses idées dans la petite cervelle qui se cache sous ce front armorié et sous cette aigrette provocante. G est un visage , et même un visage expressif, qui a quelque chose de sérieux et de bouffon, d’effaré et de malicieux.
Les mœurs de la mésange huppée ressemblent à celles des autres espèces, particulièrement à celles de la mésange noire, dont elle égale presque 1 agilité et avec laquelle elle ne craint point de partager, au besoin, les refuges des vieilles sapinières. Elle vit a peu près exclusivement d’insectes, surtout de coléoptères, de papillons et d’œul's d< papillons. Si elle était plus répandue, 'elle serait aussi un des hôtes les plus utiles des bois. On ne la rencontu, pas volant en grandes troupes : il y en a trop peu; mais elle a aussi l'instinct social très développé, et, poin h satisfaire, elle entre en arrangement avec d’autres oiseaux, tels que le roitelet, le grimpereau, la sittèle. Elle joue meme un rôle important dans les explorations de leurs caravanes à travers les labyrinthes de la forêt. Il semble qu on lui reconnaisse une sorte d instinct supérieur. — Ce n’est pas pour rien qu’elle porte huppe. — Du moins, a-t-on souvent remarqué que lorsqu’il y a une de ces jolies mésanges dans une escouade d’oiseaux en promenade, c est elle qui mène la bande. Elle sei't de guide. Son cri d’appel est assez retentissant pour être entendu de toute la troupe, qui le suit avec docilité. C’est une roulade caractéristique, un ît-zerrrr accéléré. j\T ayant pas d autre cri, elle s en sert pour tout exprimer: l’amour, la peur, la joie, la colère; mais elle l'accentue
différemment, et l’on n’a pas de peine à reconnaître le sentiment qui l’agite. C’est, nous l’avons vu déjà, un talent qu’ont la plupart des mésanges, de varier l’intonation et l’expression de leurs appels uniformes. Chez la mésange huppée, ce talent frappe d’autant plus que son vocabulaire est plus monotone.
Quoique ce 'gentil oiseau vive éloigné de nos demeures, l’homme ne lui inspire aucune frayeur, ce qui vient, peut-être, de ce qu’il le rencontre moins souvent. Il s’en laisse approcher sans manifester de crainte, et peut même, à l’occasion, renoncer à la forêt pour camper sous les yeux de quelque amateur d’ornithologie, protecteur de petits oiseaux. L’un des deux auteurs de ces notices, celui qui tient le pinceau, eu a fait l’expérience : « J’eus un jour, dit-il, la chance de voir arriver une paire de mésanges huppées dans mon jardin. C’était en avril. Elles y firent non seulement des visites d’inspection, mais encore, ce qui m’étonna beaucoup, elles entrèrent dans un nid artificiel suspendu à une branche de prunier, précédemment habité par des rossignols de muraille et de grandes charbonnières. Ce nid, que j’avais confectionné moi-même, était très convoité. Dans ce même temps, il fut l’objet des entreprises de deux rouge-queue, et les petites mésanges, qui avaient pour elles le droit du premier occupant, eurent de la peine à s’y maintenir. Je crus un moment qu’elles abandonneraient la partie. Enfin, après une quinzaine de jours, il se trouva rempli de six jolis œufs blancs, pointillés de taches de rouille. Pendant douze jours le mâle sortit seul ; dès lors, j’entendis chaque matin, de plus en plus distinctement, le ramage des petits. Je n’y tenais plus. A bout de patience, j’escalade mon prunier, et voilà qu’au moment même où je me penche sur le nid, un, deux, trois, quatre, cinq, six oisillons me passent sous le nez. La sortie était prématurée. Trop faibles pour voler, ils tombent à quelque distance dans l’herbe. Craignant qu’ils ne deviennent la proie des chats, je cours chercher une cage et je me mets à leur poursuite. Quand ils furent tous dans la cage, j’en fermai la porte et la suspendis en lieu sûr. Quelques instants après, je vis arriver les parents, qui passèrent entre les barreaux et leur apportèrent à manger, comme si de rien n’était. Le lendemain, je dus m’absenter. A mon retour, le soir, la cage était vide, et toute la petite famille piaillait sous les grandes feuilles d’un marronnier voisin. Un seul, hélas! le sixième, le Benjamin, n’avait pas été aussi gaillard que ses frères. Oublié ou non, il était mort. »
fi
^ ■ jPj
Fl. JtUCNOX SC.
IMF. K. MAHTI.NET
LA MÉSANGE HUPPÉE
F. UODEItT DEL