PICUS MAJOR
Ordre des Grimpeurs . Famille des Picidés. Genre Pic. — Longueur : 22 centimètres. L’iris est brun rouge, le front brun jaunâtre, la nuque rouge cramoisi, le sommet de la tète, le dos, les ailes, la queue d’un beau noir brillant, sur les joues et les épaules des taches disposées en raies transversales et sur l’aile d’un blanc pur, le dessous du corps est gris roux clair, la région anale rouge cramoisi. La couvée qui a lieu en mars ou avril se compose en général de cinq œufs blancs. Cette espèce habite l’Europe et particulièrement les pays du Nord.
’EST l’aile qui fait l’oiseau. Et cependant il est des oiseaux à qui l’aile semble n’avoir été donnée qu’à titre d’instrument supplémentaire. De ce nombre sont les pics.
On en compte plusieurs espèces, dont six sont assez communes sous nos latitudes. Ce sont le pic noir, le plus beau et le plus grand de tous, sombre habitant des gorges et des sapinières de la montagne, le pic cendré et le pic vert , ou pivert , comme on l’appelle souvent, par une corruption familière; enfin les trois épeiches , ou pics bigarrés , la grande, la moyenne et la petite. On donne souvent à la première le nom assez malheureux de pic épeiche. Epeiche n’est que le mot allemand Specht , pic, estropié par une oreille welsche, de sorte qu’en disant pic épeiche , on dit, en réalité, pic-pic. La langue est pleine de ces pléonasmes inconscients. Le nom de pivert bigarre , aussi fort en usage, est un contresens.
L’espace nous manque pour entrer dans des détails sur chacune de ces espèces, dont deux, la grande épeiche et le pic vert, figurent sui nos planches coloriées, et deux autres, le pic noir et la petite épeiche, sur les gravures hors texte. Bornons-nous à caractériser la famille.
Quand la nature veut qu’un oiseau réalise énergiquement l’idéal de son type, du type oiseau, elle concentre ses soins sur l’appareil respiratoire et sur les muscles qui font mouvoir les ailes. Elle a eu quelque autre intention en créant la famille des pics. Ils ont des ailes, sans doute, — tous les oiseaux en ont, mais des ailes petites relativement à la grosseur du corps, incapables de soutenir un vol rapide et prolongé. La force du pic est aux pattes, à la queue et au bec.
Le pic est bas sur jambes ; il n’a pas le pied long, mais robuste et puissamment armé. Il n’a que deux doigts tournés en avant, au lieu de trois; le doigt extérieur est déjeté en arrière, comme l’ergot. Tous sont munis d’ongles gros, arqués, tranchants. Les deux antérieurs sont courts et ramassés; celui qui fait la paire avec 1 ergot est le plus long et le plus fort, La queue présente des particularités très remarquables, dont il y a quelques traces déjà chez le grimpereau. Elle se compose de dix plumes, recourbées en dessous, munies de baibes dui es, qui ont
presque la consistance d’arêtes de poisson ; la tige centrale est plus forte encore ; terminée en pointe vive, elle ressemble à un piquant de hérisson.
De tels instruments ont une destination spéciale ; ils ne sont pas faits pour le vol, mais bien pour permettre à l’oiseau de se fixer contre les troncs verticaux. Je dis se fixer, ce qui est plus difficile que de grimper. Avec un élan et des griffes, on court tant bien que mal d’étage en étage ; mais c’est un autre problème que de rester sur place contre une paroi perpendiculaire, et de s’y tenir assez solidement pour travailler dans cette attitude. C’est à quoi servent ces ongles tranchants, particulièrement celui qui est déjeté en arrière, sur lequel s’appuie l’oiseau. Les piquants de la queue entrent dans l’épiderme de l’écorce, comme autant de pointes d’aiguilles, et supportent aussi une partie de l’effort; les ongles antérieurs, agissant de haut en bas, permettent au pic de se renverser en arrière, si sa besogne l’exige.
Elle l’exige, en effet, à chaque instant, car elle consiste à perforer l’écorce, et même le bois des arbres. Pour lui en fournir les moyens, la nature a muni le pic d’un outil double, à la fois marteau et ciseau. Le marteau, c’est la tête, emmanchée d’un cou qui n’est pas très long, mais souple, nerveux effort; le ciseau, c’est le bec. Ce bec est bien un ciseau, non une pointe, ni une pioche, comme pourrait le faire croire le nom qu’on a donné à l’ouvrier qui s’en sert. Il est d’une substance très dure aussi, épais et presque rond à la base, puis carré et cannelé, avec des arêtes tranchantes, enfin aplati et terminé brusquement en coin de bûcheron bien aiguisé.
Travailleur infatigable, le pic ne cesse de faire jouer son outil, frappant et refrappant du bec, taillant l’écorce, taillant le bois, enlevant bûchette après bûchette. Mais il possède un autre engin, peut-être plus extraordinaire encore, sa langue. Elle est longue, affilée, pointue, cornée, munie de crochets à son extrémité, faite pour transpercer les vers sous l’écorce et pour les arracher à leurs cachettes. Il y a une force étonnante et une merveilleuse prestesse de mouvement dans les muscles qui la font jouer, comme dans ceux qui font jouer le bec : au moment voulu, elle part comme un trait lancé par un ressort.
Nous ne saurions rien des mœurs de cet oiseau, nous ne l’aurions jamais vu dans la forêt, nous n’en posséderions que le squelette, qu’il n’en faudrait pas davantage pour reconnaître en lui une des créations les plus ingénieuses de la nature. Tout le monde l’admire-t-il comme elle le mérite ? Il ne le semble pas. Les hommes ont 'des idées étroites. Emprisonnés dans les limites d’une courte existence, ils ont coutume, dans leurs études, de se hâter vers un résultat. Ils aiment les résumés, ils abrègent, ils classent. La nature, qui a du temps, multiplie les inventions et semble prendre à tâche de mettre les classifications en défaut. Elle ne s empare d un type que pour le varier indéfiniment, et à force de le varier, elle le retourne. Elle fait voler des poissons et des quadrupèdes, et parmi les oiseaux, elle crée le pic, l’ouvrier immobile, le pioeheur, le marteleur, le ciseleur, le bûcheron fixé au tronc où l’attache l’espérance d’une proie. Les types purs sont peut-être les plus beaux; mais la nature n’est nulle part plus intéressante, plus curieuse, plus étonnante que dans les types retournés.
D. LE BET, ÉDITE DT\ IMP. I.ALOUX ET Ol'ILlOT
LE PIC ÉPEICHETTE
LU