PICUS VIRIDIS
Ordre des Grimpeurs. Famille des Picidés. Genre Pic. — Longueur : 31 centimètres. L’iris est presque blanc, les joues noires, le sommet de la tête rouge carmin, une moustache noire mélangée de rouge chez le mâle. Le dessous du corps d’un gris olivâtre clair, tout le dos et une partie de l’aile verts, le reste de l’aile brun parsemé de taches claires, le croupion jaune vert. La ponte a lieu en avril et se compose de six à huit œufs d’un blanc de neige. L’incubation dure 48 jours. L’aire de dispersion du pic vert ne dépasse guère l’Europe.
UI, certainement, l’homme est enclin aux idées étroites!
Quand il rencontre un écureuil, c’est-à-dire un animal à quatre pattes, fait pour marcher et courir sur le sol, et qu'il le voit se livrer à de brillants exercices de voltige aérienne, il est charmé et désarmé. L’écureuil peut tout se permettre : de lui tout plaît, tout enchante, tout est pardonné. Les forêts attestent ses déprédations; n’importe, c’est l’écureuil. Sa grâce est la plus forte. Mais voici un oiseau qui mène une existence obscure, qui se cache au fond des bois, qui se sert peu de son aile, qui pique du bec l’écorce des arbres, qui travaille pour vivre, au lieu de chasser, en vrai gentilhomme, dans les parcs du vaste azur : de lui tout déplaît, tout est crime ou délit; on paye une prime à quiconque le tue, et les poètes et les naturalistes regardent en pitié cet être ailé qui ne mène pas une vie d’oiseau.
L’idée d’encourager la chasse au pic est une pure absurdité. C’est un oiseau qu il faudrait introduire, au contraire, partout où il manque, et protéger partout où il existe. Les forestiers n’ont pas de plus utile auxiliaire. Il vit des parasites de l’écorceet du bois, dont il fait une énorme consommation. Chaque larve qu il détruit est un ennemi dont la forêt n’aura plus à craindre la postérité. On comprendrait, à la rigueur, le préjugé qui le condamne, s’il s’attaquait au bois vert; mais il ne s’attaque jamais qu’au bois déjà vermoulu, de sorte qu’il fait beaucoup de bien sans aucun mal appréciable.
Ce qui est encore plus étonnant, c’est de voir des hommes d’un grand esprit parler du pic comme d’un être mal tait, fruit d’une erreur de la nature. Buffon lui refuse toutes les grâces dont la source peut se trouver dans la sensibilité du cœur; il ne lui accorde que « l’instinct étroit et grossier d’un oiseau borné à une vie triste et chétive. » Ab! monsieur de Buffon, vous êtes un maître incomparable; mais n’est-ce pas à vous, bien plutôt, que manquent trop souvent les grâces de la sensibilité ?
Il est très vrai que le pic est un oiseau inquiet. Il craint l’homme et il a raison. Il épie et regarde sans cesse
autour de lui. Le surprend-on dans son travail, aussitôt il passe, sans avoir l’air de rien, de l’autre côté de l’arbre, et profite pour fuir du moment où il est masqué. Ya-t-il se désaltérer à la source voisine, i l use de mille précautions, descendant d’arbre en arbre, de branche en branche, et ne se risquant au bord de l’eau qu’après s’être assuré qu’il n’y a d’embûches nulle part. Tant de prudence, et des calculs si ingénieux prouvent au moins que ce n’est pas l’intelligence qui fait défaut à ce prolétaire des bois.
La figure ne lui manque pas davantage. Plus d’un pourrait envier au pic vert l’éclat de son manteau, ainsi que la toge d’un vif incarnat qui lui sert de coiffure et se redresse en huppe parfois. Le pic noir, avec sa toque plus riche encore et son œil presque blanc, est un oiseau superbe autant que farouche. Quant aux pics bigarrés, aux épeiches, c’est l’extrémité postérieure du corps qu’ils ont trempée dans l’encre l’ouge ; mais leur toilette, pour être un peu bizarre, n’en est guère moins brillante.
Le pic mène une existence cachée, la même à peu près pour toutes les espèces. Il vole assez vite; mais il ne se sert de son aile que pour passer, par bonds, d’un arbre à l’autre. S'il descend à terre, c est pour aller boire ou pour faire la chasse aux fourmis, dont il est très friand. Il connaît les sentiers où elles cheminent à la tile, et il y allonge, sa langue gluante. Quand elle est garnie, il la retire. D’autres fois, il va droit à la fourmilière; il y donne quelques coups de bec ou de patte, puis il pique les larves, ou promène sa langue au milieu de la multitude effarée. Les fourmis, cependant, ne lui fournissent qu’un supplément à ses repas, un dessert. C’est sur les vers du bois qu’il fonde l’espoir de sa cuisine. Il passe la plus grande partie de son temps à leur faire une chasse laborieuse, où part et la patience sont tout, l’agilité rien. Il grimpe en spirale autour des troncs, interroge l’écorce du bec et travaille partout où elle sonne creux. Au printemps, s’ajoute à ses occupations ordinaires celle du trou à façonner pour le nid, un grand trou qui mesure jusqu’à trois et quatre décimètres de profondeur. Le mâle y partage avec la femelle les labeurs de la couvée; quand il ne la remplace pas, il la nourrit, et 1 un et 1 autre donnent à leurs petits les témoignages de la plus vive tendresse. La mère se laisse prendre avec eux plutôt que de les abandonner. Il a donc des entrailles et du dévouement, cet oiseau qu’on dit privé des grâces de la sensibilité. Il n’est point d’ailleurs aussi triste qu’on veut bien le prétendre ; il est plus craintif que morose ; il a ses cris d’appel et de joie, gais et retentissants et, s’il n’est pas chanteur, il est cependant musicien. A force de frapper les troncs creux, il leur imprime une vibration sonore; il s’y plaît, il s’y anime; elle devient de plus en plus intense, et l’on dirait un orgue dans la forêt.
Malheureusement, son industrie elle-même l’expose à des dangers. Les copeaux répandus à terre trahissent son nid et font capturer la nichée. Pauvre pic, c’est en cela que la nature lui a été ingrate. Pour le reste, elle lui a fait un lot dont il serait, sans doute, le dernier à se plaindre. S’il ignore les voluptés réservées aux maîtres du vol et du chant, il a, en revanche, la joie saine de l'ouvrier qui gagne son pain à la sueur de son front, qui s’égaye au retentissement du marteau, et qui accompagne d’une cantilène sonore le travail de son outil.