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LA SITTELLE

(SITTA EUROPÆA)

Ordre des Grimpeurs. Famille des Sittidës. Genre Siüelle. — Longueur : 13,5 centimètres. Tout le dessus du corps bleu cendre une bande noire, partant du bec, traverse l’œil et va jusqu’à l’épaule, la gorge blanche, la poitrine et le ventre jaune roux, les côtés de rouille, les pattes jaune clair. La femelle a des nuances plus ternes, elle pond en avril de six à neuf œufs blancs pointillés et tachetés de rouge clair et foncé et ornés souvent au gros bout de points gris violet. Le chant de la sittelle est un joyeux zirr, iviltwitt, wiitwittimtt, ivitt, qui retentit dans les bois dès le premiers beaux jours de mars.

I nous avions voulu produire un contraste, nous n’aurions pu mieux faire que de placer la sittelle après le torcol. La sittelle est aussi un oiseau bas sur jambes et qui paraît massif, dans sa petitesse, quand on ne le voit ni grimper ni voler. Elle le paraît d’autant plus qu’elle a la queue très courte, presque nulle. Mais son plumage, au lieu d’être ponctué, zébré, bigarré, est d’une simplicité exemplaire. Si l’on néglige une bride noire sur les yeux et une tache blanche à la gorge, on ne lui trouvera que deux couleurs : tout le dessus du corps est d’un bleu cendré; tout le dessous est d’un beau roux vif. Il n’en faut pas davantage pour former un ensemble harmonieux et une toilette distinguée. Sans cette queue écourtée et cet air alourdi, la sittelle mériterait une place d’honneur dans nos musées; dans la

nature, on ne se doute pas qu’elle ait rien à racheter.

Au printemps, on la trouve dans les bois, surtout dans ceux où de grands arbres, ù l’écorce rugueuse, abritent un fourré de buissons, de ronces et de noisetiers. Elle s’apparie dès les premiers beaux jours, impatiente de s’entourer d’une famille. Son

nid n’est jamais qu’un trou dans un arbre, qu’elle pratique du bec, si elle n’en trouve

point à son gré. Elle en tapisse le fond de débris de feuilles sèches, et en rend l’entrée aussi étroite que possible, au moyen d’un travail en maçonnerie, exécuté avec beaucoup d’art. Elle a la salive gluante, comme les hirondelles, ce qui lui permet de faire des murs de terre tout à fait solides. Ce nid ne tarde pas à se remplir de sept ou huit œufs, que la mère couve avec une assiduité sans exemple. Une fois sur ses œufs, elle n’en bouge plus. Si l’on introduit une baguette par l’ouverture du nid, elle pousse des cris aigus, mais elle ne se déplace pas; si 1 on en détruit la maçonnerie et qu’on y plonge la main, elle se laisse arracher des plumes sans songer à s’enfuir. Le soin de sa nourriture est abandonné au mâle. Les petits éclosent le quatorzième jour ; mais ce nid aux parois perpendiculaires leur est une prison, où ils demeurent enfermés trois longues semaines. Loisquils sont sortis, ils restent encore un grand mois sous la dépendance de leurs parents, qui les nourrissent de chenilles jusqu à ce que leur bec ait acquis plus de force et de consistance. Il s’écoule ainsi près de trois mois entie le moment où le

premier œuf est déposé et celui ou le dernier des petits voit finir son éducation. On conçoit que la sittelle ait assez d’une couvée aussi laborieuse, et qu’elle n’en fasse pas deux par saison. Cette tâche accomplie, la famille se dissout, et chacun vit de son industrie. En automne, les sittolles se rapprochent des villages.

J’ai parlé d’industrie. Le mot est juste. Le premier des arts indispensables à la sittelle est celui de grimper. Peu s’en faut qu’elle n’y égale le grimpereau lui-même, sur lequel elle a l’avantage d’un bec beaucoup plus fort, capable de fendre l’écorce. Elle vole très bien aussi; mais elle grimpe infiniment plus qu’elle ne vole. On peut la voir courir pendant de longues heures sur le même arbre. Elle fait une grande destruction d’insectes. En automne, elle y ajoute toutes sortes de petits fruits, surtout des noisettes, des faînes, des noix. Sa manière de casser les noisettes est charmante à observer; elle les introduit dans une fente de l’écorce et les y tient serrées; quand elle les sent bien assujetties, elle travaille du bec, à grands coups, jusqu’à ce que la coque se fende. Elle pratique ordinairement cette opération, la tête en bas. On entend de fort loin ce martelage. Celui du pic, qui est un oiseau bien plus fort, est moins retentissant.

La sittelle est prévoyante autant qu’industrieuse. Elle a ordinairement cinq ou six magasins dans le voisinage du nid. En cage, quand elle a fini son repas, elle en rassemble et en serre les restes dans un coin.

La sittelle ne perd pas le temps à chanter, quoiqu’elle ait un petit cri assez joyeux, qu’elle pousse fréquemment : sit, sit, sit! Elle ne s attarde pas à faire de là sentimentalité. Elle ignore absolument les démonstrations du torcol. Si elle fait quelque révérence ou quelque caresse à sa compagne, c’est à la course, tout en trottinant et furetant. Elle ne s’oublie pas non plus dans la société des autres oiseaux, même des mésanges, avec qui on la rencontre parfois. De là vient qu’on lui reproche d’avoir le génie positif, d’ignorer jusqu’à la poésie des bois où elle vit. Et il est vrai que c’est une petite personne qui a toujours l’air affairé, avec sa tête intelligente et fluette, ses petits yeux brillants, son mouvement qui n’a pas de cesse et son plumage qui s’agite pendant qu’elle vient et qu’elle va. Elle prend le monde comme il est et ne tourne pas la vie en songe; elle est active, empressée, sérieuse. Mais quand la nature lui fait entendre sa voix, quand le moment est venu de remplir les saintes fonctions de la maternité, elle écarte toute autre idée et se fait tuer plutôt que d’abandonner le poste du devoir. Il est certains héroïsmes, celui de la règle rigoureusement observée, celui de l’absolue fidélité à la consigne, qui sont le fait des caractères positifs : si ce n’est pas de la poésie, il faut que ce soit quelque chose de mieux.

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