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LE CHOUCAS

(GORYUS MONEDULA)

Ordre des Coracirostres. Famille des Corvidés. Genre Choucas. — Longueur : 31 centimètres. L’iris bleu clair, le front e c os, ai e, la queue, le ventre, le bec et les pieds noirs, le reste d’un gris plus ou moins clair. Il y a des variétés noires, pies et albinos, ne couvee ( e cinq œufs a lieu en avril. Le choucas habite la Sibérie, la Perse et toute l’Europe; il n’émigre que par les hivers les plus rigoureux.

REUX et choucas, ce sont les corbeaux utiles.

Plus petit et moins fort que le freux, le choucas porte une robe de deuil, d'un noir obscur, dont la monotonie est rompue par deux taches grises et claires à la naissance du cou et par une teinte d’un gris cendré sur la poitrine. Cette simple toilette, un peu bourgeoise, qui s’éloigne beaucoup de l’austère magnificence de celle du freux, et qui n’égale pas, pour 1 effet de surprise, celle de la pie voleuse, ne diminue en rien les mérites d un oiseau qui n’a qu’un tort : celui de n’avoir pas complètement dépouillé tous les instincts pervers ou malheureux répandus dans sa famille. Soyons indulgent pour l’odeur d’ail qu’il exhale de fort loin ; il est des hommes qui sont, a cet endroit, plus choucas que les choucas. Mais la vérité nous oblige a constater ici que s’il ne fait pas la chasse aux oiseaux plus petits, il les croque bel et bien, lorsque, d’eux-mêmes, ils lui tombent sous le bec, et qu’on a vainement cherché à le corriger de la détestable habitude de piquer les œufs du prochain,

pour en boire le contenu. Sans les ravages de sa gourmandise, le choucas, qui est très facile à apprivoiser, serait un charmant compagnon de basse-cour ; il aime la société, il se plaît à percher à côté des poules ou du coq, et presque sous leur aile; il imite leur cri à la perfection et répand la joie dans la volière par ses vives allures et la gentillesse de son humeur. Son vrai titre à la reconnaissance est de se livrer à une chasse presque incessante aux vers, aux larves, aux insectes. On le rencontre, avec le freux, dans les sillons que vient d’ouvrir la charrue; parfois même, comme la bergeronnette, il va se poser sur le dos des brebis, des porcs et des bœufs, poui se régaler de leurs parasites.

Les migrations du choucas ne sont pas très considérables; il se déplace de quelques degrés du nord au sud ou du sud au nord, selon la saison; plusieurs passent l’hiver sous nos climats, dans la compagnie des corneilles et autres corbeaux. Le freux, qui n’aime pas les pays chauds, émigre plutôt de l’est à 1 ouest ou de 1 ouest a 1 est. L’un et l’autre voyagent par grandes troupes.

Ce sont des oiseaux qui ne supportent pas la vie solitaire, même dans le temps où se constituent les familles.

Ils nichent, comme ils voyagent, toujours en compagnie ; mais les deux espèces n’ont pas les mêmes instincts pour le choix de leur résidence. Le freux construit son nid sur les arbres, parfois dans les vergers, plus souvent au bord de la forêt, ou dans quelque bouquet de bois isolé. Il peut y en avoir jusqu’à dix ou douze paires établies sur le même chêne ou sur le même poirier. Le choucas est plutôt un oiseau de murailles. Il aime le séjour des villes, de celles surtout où il y a des églises gothiques et de hauts clochers ; dans la campagne, il recherche les châteaux en ruine, leurs créneaux et leurs mâchicoulis. Rien n’est plus amusant que de voir une tribu de choucas occupée à la construction des nids au sommet de quelque vieille tour. On se dispute les places, on se dispute les matériaux, et il faut que, devant chaque nid commencé, l’un des deux époux qui y travaillent en commun monte constamment la garde, pour écarter les pillards, pendant que l’autre va butiner dans le voisinage. Il en est à peu près de même pour les colonies de freux qui logent sur un arbre. De gracieuses idylles, des scènes de tendresse ou de jalousie se mêlent au vacarme de cette cité indisciplinée. La plupart des corbeaux, de ceux même qui sentent l’ail et vivent de chairs corrompues, sont des fiancés ou des époux avides de caresses. Ils prennent

exemple des langoureuses tourterelles. Les têtes se rapprochent, les ailes frétillent, les becs se cherchent. Puis, tout à coup, la noire multitude s’élance avec des cris sauvages : on vient de signaler un oiseau de proie dans les airs. Plus tard, quand les nids sont pleins, le spectacle n’est pas moins intéressant. C’est un va-et-vient perpétuel de la tour aux champs et des champs à la tour. Ils ne sortent que pour rentrer et ne rentrent que pour ressortir. Il n’y a rien là, sans doute, qui leur soit particulier, et l’on pourrait citer bien d’autres espèces qui en font autant; mais leur activité, au lieu d’être dispersée, se concentre sur un point, et l’on assiste au travail non d’une famille, mais d’un peuple, d’une ruche d’oiseaux. Plus tard, enfin, quand les petits savent voler, commence un dernier spectacle, celui des grandes évolutions de la tribu. L’aile des choucas est puissante, la meilleure dans toute la race des corbeaux. Elle ne vaut pas, à vrai dire, celle du martinet, cet autre habitant des vieilles tours. S’il fallait choisir entre le vol d’un martinet et celui d’un choucas, la palme serait assurément au premier; mais les choucas volent par grandes troupes serrées, qui ne se débandent jamais. Ce sont les manœuvres d’une armée au lieu des exercices d’un virtuose. À un signal donné, ils partent d’un seul élan, avec des cris aigus, qui témoignent de leur allégresse. Ils planent d’abord au-dessus des créneaux et des toits d’où ils viennent de

sortir ; puis ils prennent leur direction dans l’espace, plus haut ou plus bas, selon le temps ou le caprice. Parfois ils volent comme s’ils avaient un but déterminé; d’autres fois ils s’arrêtent, pour décrire des cercles majestueux, ailes étendues. Soudain, ils plongent d’un commun accord, pour remonter de même. Ils s’éloignent de nouveau, et bientôt on les perd de vue. On les cherche à l’horizon, on les croit à toute distance lorsque, d’un autre côté, il se fait un déchirement dans les airs. Ce sont les choucas qui reviennent. Heureux oiseaux, pacifiques armées! L’homme bâtit des tours pour surveiller l’ennemi dans la plaine. Que ne peut-il s’en servir comme vous, et se faire un instrument de jeu de toutes ces machines de guerre!

LA CRECERELLE

LA CRECERELLE

(FALCO TIAiNUACULUS)

Ordre des Rapaces diurnes. Famille des Falconidés. Genre Crécerelle. — Longueur : 32 centimètres, dont 14,5 pour la queue. L’iris brun foncé, les paupières, la cire du bec et les pattes jaune clair. Le mâle a le sommet de la tête gris cendré, une moustache noire, le dos rouge de rouille, semé de taches noires, le croupion et la queue gris cendré, celle-ci terminée par une bande noire et un liséré blanc. Le dessous du corps lauve clair, tacheté de noir. La femelle, de 3 centimètres plus longue que le mâle, a la tète et la queue de la couleur du dos. La queue a plusieurs bandes noires au lieu d’une. La crécerelle pond en mai quatre à six œufs d’un blanc rougeâtre ou jaunâtre marbré et tacheté de brun. Elle habite toute l’Europe, l’Asie septentrionale et l’Amérique. Généralement elle émigre en octobre, 'pour nous revenir en mars.

OUS les oiseaux qui vivent d’insectes pourraient être envisagés comme des oiseaux de proie. Qu’on mange sauterelles ou couleuvres, la différence, en soi, n’est pas considérable. La plupart de ces êtres charmants qui égayent la campagne de leur vol et de leurs chansons sont aussi rapaces que les plus grands rapaces. L’hypolaïs fascinant une mouche, le moineau faisant sauter les élytres d’un hanneton, l’engoulevent engloutissant les phalènes au passage, la mésange nonnette disséquant du bec le petit scarabée qu’elle tient entre ses deux pattes ; que veut-on de plus carnassier? Cependant l’homme, habitué à juger sur les apparences, et plus sensible aux larcins qui le touchent qu’à ceux dont les autres ont à souffrir, l’homme a réservé le nom d’oiseaux de proie pour les grands oiseaux qui menacent ses troupeaux et ses basses-cours. Destinés à attaquer et à déchirer des animaux qui ont des os et des muscles, la nature les a munis des armes nécessaires : un bec crochu, capable de lacérer toute chair, et des serres assez fortes pour s’enfoncer dans le corps de leurs victimes. Il n’en faut pas davantage pour leur donner, à tous, un air de famille, auquel contribuent encore les tons fauves du plumage, l’aplatissement du crâne , une vue perçante et la puissance du vol. La terreur les entoure. Les enfants du peuple ont un nom caractéristique pour désigner tous ces grands rapaces ailés; c’est la bête, disent-ils. Cette terreur est empreinte dans les descriptions des anciens naturalistes, y compris Buffon. Us distinguent mal entre les habitudes des diverses espèces, et toutes sont accusées de tous les méfaits de la famille. Des observations plus exactes, de nombreuses dissections anatomiques, ont montré que si certains oiseaux de proie nous causent de réel s dommages, d’autres nous rendent de très réels services. 11 faut distinguer entre ceux ipii jettent leur dévolu sur les poules, les pigeons, les lapins, les levrauts, les marmottes, au besoin les agneaux, et ceux qui vivent plus modestement de souris, de taupes, de mulots, d’orvets, de serpents, voire de hannetons et de sauterelles. La limite n’est pas rigoureuse. Tel mangeur de souris peut nous dérober un poulet; tel amateur de volaille peut nous délivrer d’une souris; mais il est des espèces dont le compte est facile à régler. Personne ne

une protection légale en faveur de l’aigle ou du vautour, tandis que la crécerelle et la buse, surtout la buse, sont décidément, malgré quelques méfaits, des oiseaux dont on aurait le plus grand tort d’encourager la destruction.

La notice suivante dira les mœurs de ces deux espèces ; quelques traits généraux suffiront ici.

Si l'habitude ne nous faisait pas envisager les choses les plus étonnantes comme si elles étaient toutes simples, nous ne pourrions nous lasser d’admirer cette chasse du haut de l’espace qui est propre aux grands oiseaux carnassiers. Nous autres, hommes lents et lourds, quand nous voulons chasser, nous allons nous mettre à 1 affût,

, c’est-à-dire en embuscade, et nous attendons la proie convoitée, à moins que nous ne cherchions à nous en approcher à pas de loup. Voilà qui est mesquin et vulgaire. Vulgaire aussi la chasse de tous ces rôdeurs qui s en vont où les mène le hasard, flairant des traces; vulgaire celle du lion qui surprend la gazelle à 1 abreuvoir; vulgaire la maraude du moineau dans les rues et les carrefours; vulgaire, malgré la magnificence du vol, la chasse de l’hirondelle, qui vient et qui va, et ne fait que fouiller les airs comme d’autres fouillent les campagnes et les bois... Ce qui est grand; ce qui est rare, ce qui devrait confondre la pauvre imagination humaine, c est de chasser comme l’aigle ou le faucon, c’est de se perdre dans la voûte azurée, de se cacher dans les profondeurs de 1 espace, d'v décrire des orbes immenses, de considérer du ciel tout ce qui se passe sur la terre, de choisir sa proie et de fondre sur elle avec l’imprévu de la foudre éclatant dans un jour serein. En vain la victime élue veut-elle se dérober, en vain a-t-elle des jambes ou des ailes pour fuir ; elle est saisie avant d’avoir vu le danger ; c est irrésistible, c’est fatal. Son sort a été décidé là-haut.

Tous les oiseaux de proie ne répondent pas absolument à cette description idéale. Il en est de moins rapides que d’autres, et l’on en a vu qui remontaient bredouilles vers ce ciel d’où ils venaient de tomber; on en cite même qui sont paresseux et couards. Mais qu’importent ces dégénérescences? Il suffit d une ou deux espèces qui aient cette vue et ce vol pour que le type eu soit fixé à jamais. On fait le compte des richesses dont elles nous dépouillent, des agneaux, des pigeons enlevés. Soit. Mais qu’on veuille bien considérer aussi que si 1 oiseau de proie n existait pas, la nature manquerait d’une de ses merveilles, la poésie d’un de ses plus magnifiques symboles. Il ne iaut pas juger toute chose du seul et unique point de vue de l’utilité matérielle. Dans ce monde où régnent tour à tour la force et la ruse, où chaque espèce a i-eçu un ministère de mort à exercer envers quelque autre espèce, il y aurait dépouillement et abaissement pour l’imagination, si celles qui 1 exercent dans les conditions les plus sublimes venaient à disparaître au seul profit d’autres destructeurs de race moins noble et de moins fière attitude. La poésie perdrait moins à la disparition du lion ou du tigre qu’à celle de 1 oiseau de proie. Les fauves du désert ne sont que des tyrans plus ou moins cruels, plus ou moins généreux; 1 oiseau de proie, roi de 1 espace, est 1 image du tyran des tyrans, de celui qui menace toute vie. La mort, toujours planant sur nos têtes, voilà le véritable oiseau de proie; voilà la bêle. A celle-là nul encore n’a échappé.

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