LA BUSE
(BUTEO YULGARIS)
Ordre des Rapaces diurnes. Famille des Butéonidés. Genre Buse. — Longueur : 52 centimètres; envergure : 120 à 138 centimètres. La cire du bec et les pattes jaunes, l’iris brun ou gris, la queue traversée par douze barres. Tout le dessus du corps est brun foncé ; sur le dos et les ailes, les plumes sont bordées de brun plus clair. Le dessous du corps est blanc roussâtre, tacheté de brun. Le plumage de cette espèce varie d’un individu à l’autre suivant le sexe et l’âge. Il y en a de très foncés et de beaucoup plus clairs. La ponte a lieu en avril et se compose de trois œufs verdâtres ou blancs, le plus souvent ponctués et pointillés de rouge-brun. La buse habite une grande partie de l’Europe et de l’Asie centrale.
USE, ce nom sonne mal. L’oiseau qui le porte ne doit pas être rangé parmi ceux qui font honneur à la fière et sauvage famille des grands carnassiers. Aucun n’en réalise moins Bien le type idéal. Quelquefois, quand le temps est beau, dans la saison des amours ou des migrations, il lui arrive de se ressouvenir de son origine et de s’élever haut dans les airs. Mais le plus souvent, la buse reste sur son arbre. C’est, un gros oiseau, massif et fort, surtout paresseux. Son costume est sombre; on dirait une robe de capucin, serrée par une ceinture blanche au lieu de corde. Il prend rarement la peine de se construire un nid de toutes pièces, se bornant à rafraîchir celui de l’année précédente ou à réparer quelque vieille demeure de corbeau. Les arbres où la buse a coutume de percher sont presque toujours situés au bord de la forêt, et commandent une étendue plus ou moins considérable de champs et de prés, surtout de prés. Elle a l’air d’y dormir ; de fait, elle y est très éveillée, ayant toujours l’œil ouvert sur le territoire qu’elle inspecte. Voit-elle une souris se glisser entre les herbes, elle fond dessus et la dévore sur place ; autant en fait-elle pour les orvets et les serpents. Elle n’a pas peur des venimeuses vipères, qu’elle avale d’une bouchée ou par morceaux, selon la grosseur. Elle surveille avec un soin particulier la terre nue des taupinières. Au moindre remuement, elle s’y précipite, y plonge ses deux serres et en arrache le pauvre ermite qui a si mal pris son temps pour donner signe de vie. Le gibier est-il rare, elle guette le faucon et le poursuit lorsqu’il remonte dans les airs avec la proie qu’il vient d’enlever. Soit bonté d’âme, soit faiblesse, l’heureux chasseur abandonne presque toujours son butin à la buse affamée. Est-ce aussi par un effet de paresse qu’elle ne s’éloigne guère, en hiver, des lieux où elle a végété dans la bonne saison? Au midi de l’Allemagne, en Suisse, en France, on les rencontre dans les mois les plus froids, tristes, les pieds gelés, en proie à de longs jeûnes, et parfois assez alourdies pour se laisser tuer à coups de pierre par les enfants.
Autre est la crécerelle, le plus petit des faucons, à peine plus gros qu’un geai, mais un vrai faucon. Elle porte
la tête haute, cle manière à bien montrer l’hermine blanche, mouchetée de noir, qui lui habille la gorge et la poitrine, et fait ressortir la teinte cuivrée des ailes. Rien qu’à ce port de tête, on reconnaît l’oiseau de race. Elle niche quelquefois sur les arbres ; mais quand elle a le choix, elle préfère les fissures des rochers et les hautes tours démantelées. Il lui importe assez peu que ce soit à la ville ou aux champs, à la plaine ou à la montagne. Au reste, on ne la voit guère dans son nid. Son domicile est dans les airs. Elle part à la pointe du jour. Parfois, elle monte directement, en spirale, et sans mouvement apparent des ailes, jusqu’à des hauteurs infinies; plus souvent, elle s’élance obliquement, pour s’arrêter bientôt, en battant de l’aile, au-dessus d’une place qu’elle veut examiner. Si elle ne découvre rien, elle continue sa tournée d’exploration et fait une autre halte plus loin. A-t-elle vu une proie, elle la suit assez longuement du regard, en planant. Elle a besoin, semble-t-il, d’assurer son coup. Si elle le manque, elle s’acharne à la poursuite de sa victime, jusque sous les toits des maisons. Elle se fait assommer à coups de trique plutôt, que de lâcher prise. On en a vu tomber du ciel sur une cage suspendue au grand air, et se débattre avec rage contre les barreaux, pendant que le chardonneret ou le canari prisonnier, effaré de cette apparition subite, poussait des cris lamentables. D’ailleurs , le principal gibier de la crécerelle est la souris des champs. Elle est assez friande aussi des moineaux. Comme tous les oiseaux de proie, elle rejette par la bouche, sous forme de pelotes, les peaux, les plumes et les os, tout ce qui est impropre à la digestion.
Ce petit faucon est un des oiseaux qui se laissent le plus facilement et le plus complètement apprivoiser, surtout quand on l’a pris jeune, au nid; mais il faut le tenir soigneusement enfermé à l’époque des migrations. En toute autre saison, on peut lui laisser la liberté d’aller et de venir. Il rentre au premier appel. La plus sûre manière de le rappeler est de jeter dehors ou de poser sur une fenêtre un morceau de viande crue. Il est en promenade dans les nuages, on ne le voit plus; mais il vous voit encore ; surtout il voit la table mise, et l’instant d’après il fait bombance à vos côtés. On peut juger par là combien sa vue est perçante. Si l’on néglige de le rappeler, il revient également, au bout de peu de jours ; la faim le ramène. Quoique infiniment plus agile et plus active que la buse, la crécerelle est exposée à de longs jeûnes. Ainsi en est-il de tous ces puissants ravisseurs. Leur manière de chasser est moins productive que sublime. Le vide se fait autour d’eux dès qu ils paraissent, à moins qu ils ne voient des armées de choucas, de corneilles, de lavandières se précipiter à leur rencontre et les poursuivre à grands cris. Nombreux sont les concurrents, rares les occasions, plus rares encore les repas. On a un bec, des serres et un estomac de carnassier ; on est de noble lignage, on dédaigne les chasses vulgaires, on porte haut la tête, et il faut vivre de l'air du temps. Oh ! pauvres oiseaux de misère, prétendus rois de 1 espace, vous n êtes le plus souvent que des hobereaux aifames.