B. DEC
Mais la fonction principale du préhenseur est de servir de bras, de main, de pince et de bouche.
Comme Testomac et ses annexes, et plus qu’eux encore, il varie sensiblement selon la nature de l’élimination pratiquée par chaque genre et quelquefois même par chaque espèce d’oiseau. Comme ses variétés sont très-déterminables cà la simple vue, à la différence des appareils intérieurs, les auteurs les ont souvent prises comme base de leurs classifications.
Sous ce rapport il est une remarque préliminaire que l’on doit faire.
Certains animaux sont le plus souvent des consommateurs, et pour plus de facilité, ils ont l’ouverture de leur préhenseur arrondie ou ovalaire comme serait celle de l’oiseau, si le bec était supprimé jusqu’à sa base. Au contraire, l’insecte qui est essentiellement un éliminateur, l’a très-étroite. La bouche du cheval , celle de la vache, sont évasées. Le papillon n’a qu’une trompe très-fine
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pour pomper et sucer le suc des tleurs. Les coléoptères et la plupart des insectes ont une bouche trèsétroite et armée de pinces très-petites, sous forme souvent de mandibules cornées.
Or, le bec de l’oiseau nfest, en quelque sorte, qu’un agrandissement des mandibules de l’insecte. Grâce à cette pince, aux extrémités aiguës comme des aiguilles, il peut facilement pratiquer l’élimination en détail, détacher une petite graine du duvet (]ui l’entoure, saisir un œuf d’insecte dans la poussière, ce qui prouve une fois de plus que l’oiseau est avant tout un éliminateur, et sous ce rapport une espèce de gros insecte.
Si telle est la forme générale des mandibules de l’oiseau, elles varient beaucoup selon le genre d’élimination qui est assigné à chaque espèce. Pour en désigner les variétés principales, les auteurs ont francisé le mot latin rostriim, bec, et ils lui ont adjoint d’autres mots latins qui le caractérisent au moyen de comparaisons.
Pour suivre, à ce sujet, l’ordre que nous avons adopté dans l’énumération des espèces d’éliminateurs, parlons d’abord du bec des oiseaux végétalivores.
La plupart des oiseaux qui ont été chargés d’éliminer les graines en ont reçu un bien pointu, mais très-conique, renforcé à la base et proportionné à la grosseur et à la force du travailleur. Grâce à cet instrument, l’oiseau non-seulement détache la graine de son enveloppe, mais encore il la concasse. De là le genre appelé par les auteurs gros bec et conirostre. Le bec du pinson ordinaire pèse 30 centigr., celui du gros-bec ^ gr. ^0 centigr.; tandis que
DANS LES HARMONIES DE LA NATURE. 9o
les becs du pouillot véioce et du grimpereau familier, longs, le premier comme celui du pinson, et le second comme celui du gros-bec, pèsent, Tun d centigr., et l’autre 10 centigr.
Si l’estomac de l’oiseau est de constitution telle que l’écorce de la graine s’y décompose facilement, alors le bec n’a plus la force et la résistance d’une mâchoire. Le pigeon ramier avale des glands qui se ramollissent dans son jabot et se décomposent ensuite entièrement dans l’estomac ; aussi son bec est une simple pince un peu allongée.
• Celui des gallinacés est un peu recourbé et renforcé, parce que souvent il leur faut bêcher et retourner la terre, comme avec un hoyau.
Les oiseaux qui mangent des feuilles avaient besoin de mandibules relativement larges. Telles sont celles de l’oie, le bec du canard, et surtout de la spatule.
Un bec large pouvait encore, au moyen d’accessoires, être utilisé pour recueillir, et, en quelque sorte, pêcher les graines enfouies et les petits œufs déposés dans les eaux et la boue des étangs et marais. En effet, la mandibule supérieure du canard est, sur les côtés, garnie d’une dentelure qui, à l’occasion, fait office d’écumoire. Cet oiseau, et particulièrement le souchet, prend dans son bec de l’eau et de la vase qu’il rejette par ce tamis, retenant les graines et les œufs qu’elles contenaient.
La dentelure sert également à retenir un animal glissant, comme le mollusque et le poisson, et à le découper.
On nomme lamellirostres^ les oiseaux à bec large et aplati.
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Pour l’élimination des animaux, les becs ont été encore bien plus variés.
D’abord, quand, en volant, un oiseau doit saisir et avaler un animal qui fuit ou qui peut s’échapper facilement, il est bon qu’il ait, avec la précision du coup, un bec large. Les troubles dont on se sert pour prendre les papillons ont une large ouverture. De même l’engoulevent, le martinet et les hirondelles ont un bec très-large, et pour cette raison ils sont appelés latirostres ; c’est également pour cela que l’engoulevent a pour nom vulgaire celui de crapaud-volant.
Pour saisir les plus petits insectes et leurs œufs à terre, dans les herbes, sur les arbres, dans le feuillage, les lichens et les mousses, il fallait un bec fin, c’est-à-dire une pince fine et affilée. Beaucoup de petites espèces, appelées hecs-fbis^ s’adonnent à ce genre de travail. Elles ont, pour représentants principaux, les pouillots, les fauvettes et les rubiettes.
Un bec de cette conformation, mais avec des proportions plus grandes, a été donné aux grives et aux merles pour la recherche d’insectes plus gros.
Pour saisir, dans la crevasse d’une écorce d’arbre ou au fond d’un petit trou,Ml fallait une pince trèsfine et très-longue : le bec du grimpereau est de ce genre.
Même à la surface de l’écorce, il faut souvent écailler un peu le bois, briser la mousse, pour saisir un insecte, et alors le bec fin doit être renforcé à la base. Le bec des mésanges a cette forme-là.
D’autres fois, il est indispensable de pratiquer ce travail plus à fond, dans les écorces dures et dans
le bois lui-même, et d’avoir, pour cela, un bec capable de s’enfoncer comme la besaiguë du charpentier et le pic du mineur. Les pics ont un outillage de ce genre.
Des insectes et autres petits animaux vivent-ils ou se cachent-ils dans les terres pénétrables, ils n’y sont saisissables qu’au moyen d’un long bec, comme ceux des chevaliers et surtout des bécasses. Ces oiseaux sont appelés longirostres. Une particularité très-remarquable, c’est que le bec de ce dernier oiseau est mou et porteur de l’organe de l’odorat. Quoique long de 8 centimètres, il ne pèse que 2 grammes 50 centigrammes.
Les palmipèdes, comme les fuligules, qui sont plus animalivores que végétalivores, ont le bec relativement plus trapu que celui du canard ordinaire.
Quelques-uns, le macareux-moine entre autres, ont le bec en forme de cisailles et aussi de double couteau ; de là leur nom de ciiltrirostres. Le héron est un cultrirostre.
Enfin, quelquefois, il faut non-seulement s’emparer d’une proie, mais encore la dépecer. Pour ces deux usages un bec crochu convient très-bien. Les rapaces en sont pourvus.
D’autres becs appartiennent pour la forme à plusieurs de ces types ; tels sont ceux du geai, du corbeau, etc.
Quoique le bec soit surtout créé pour les besoins variés de l’élimination, il sert encore à d’autres usages. Le perroquet l’utilise pour se hisser d’une branche à l’autre. Tous les oiseaux l’emploient pour construire les nids et se défendre. Le pic manie le
sien, qui est droit et très-solide, comme le charpentier sa besaiguë, et il arrive ainsi à se forer des trous dans le bois.
11 n’est donc pas étonnant que le bout de la mandibule supérieure s’use et que, dans quelques espèces, il ait la propriété de repousser. Quand une alouette est en cage et qu’elle ne peut aiguiser son bec, celui-ci devient trop grand et on est obligé de le couper.
Par cela même qu’il est en substance cornée et non emplumé comme le corps, il pénètre sans peine dans la mousse et même dans la terre et il s’approprie tout de suite. Cependant le corbeau freux creuse si profond qu’il finit par faire tomber les petites plumes qui garnissent la base de son bec.
Un appendice très-remarquable du bec, c’est la langue. Comme chez tous les animaux, elle sert à l’articulation de la voix et à mettre en mouvement dans l’intérieur de la bouche les aliments qui y sont apportés ; mais elle a aussi d'autres usages.
Chez le canard, elle est épaisse, impressionnable. Cet oiseau s’en sert pour déterminer ce qu’il a puisé dans la boue , ce qu’il doit avaler ou rejeter.
Chez les passereaux et beaucoup d’autres oiseaux, elle est flexible, mais armée d’une pointe cornée et elle sert, comme le bec, à piquer un petit insecte ou son œuf. Chez le pic, elle se couvre de salive engluée et elle est très-extensible. Le pic-vert enfonce dans une fourmilière la sienne qui est longue de 16 centimètres et il la retire quand les fourmis sont venues s’y prendre.
Ainsi donc, le préhenseur, dans son ensemble et
dans ses diverses parties, indique que l’oiseau est un très-remarquable éliminateur.
^ /t. — APPAREILS DE LA LOCOMOTION.
N“ 1. — ■ Différents modes de locomotion.
Pour se rendre compte des fonctions de locomotion et de ses différents modes chez les oiseaux, il faut étudier : 1° le squelette, qui forme la charpente osseuse du corps et fournit des leviers;
les muscles dont Faction met ces leviers en mouvement (1).
Les divers genres de locomotion chez cette classe animale, la locomotion aérienne, la marche, la natation, nous les étudierons successivement et nous rattacherons chacun d’eux à des détails anatomiques précis qui en expliquent le mécanisme.
C’est à la colonne vertébrale que se relient soit directement, soit indirectement, tous les os qui constituent la charpente osseuse de l’oiseau. Cette colonne centrale est formée d’os courts ; ce sont les vertèbres. Elles sont très-mobiles les uns sur les autres dans la région du col ; mais il n’en est plus de même dans la région dorsale et dans celles des lombes et du sacrum, où, du moins chez le plus grand nombre des oiseaux, elles sont serrées les unes sur les autres et même soudées entre elles. Cette disposition était nécessaire chez tous ceux de ces animaux, qui sont conformés pour la locomotion
(1) Nous empruntons au Cours élémentaire de zoologie, de M. Milne- Edwards, les êlértierils de cette partie de notre travail.
aérienne. Pour l’exercice de cette fonction, il fallait soutenir les côtes qui s’y attachent et donner des points d’appui solides aux ailes. Les vertèbres inférieures ou coccygiennes sont mobiles et la dernière forte et munie d’une crête osseuse saillante porte les grandes plumes de la queue.
Les côtes présentent une disposition qui donne une grande solidité à la cage pectorale. Le sternum, auquel elles s’articulent en avant, est osseux et offre la forme d’un bouclier. 11 descend sur une partie de l’abdomen et présente sur son milieu une crête saillante longitudinale qu’on nomme bréchet. Ce bouclier et sa crête donnent insertion aux muscles abaisseurs de l’aile.
Les os de l’épaule sont également disposés de la manière la plus favorable à la puissance des ailes. L’omoplate est étroite, très-allongée dans le sens parallèle à l’épine dorsale et s’appuie sur le sternum non-seulement par l’intermédiaire des clavicules (fourchette) , mais aussi à l’aide d"un os coracoïdien, qui de chaque côté remplit le rôle d"une seconde clavicule.
Les membres supérieurs des oiseaux sont des ailes. La conformation osseuse du bras et de l’avant-bras diffère peu de ce qui existe chez l’homme ; mais les os du carpe, du métacarpe et des doigts sont réduits en nombre et en dimension, et ce membre se termine par un moignon. Des plumes raides et élastiques* en forment de véritables rames. Leur longueur est en rapport avec la puissance du vol et l’énergie des muscles pectoraux. Ceux-ci fixent solidement leurs faisceaux musculaires de chaque côté sur toute la surface
du sternum et du bréchet; plus la surface du premier est étendue, plus la saillie du second est grande, plus ces muscles sont épais, plus leur action est puissante. Ils s’insèrent d’autre part à l’os du bras, un peu au-dessous de son articulation à l’omoplate. Dans ces conditions, chaque fois que l’oiseau veut frapper l’air, il élève l’os du bras ou liumérus et avec lui la totalité de l’aile encore ployée, puis il la déploie en étendant l’avant-bras et avec lui la main rudimentaire et l’abaisse rapidement. L’air, qui résiste à ce mouvement, lui fournit un point d’appui sur lequel il se soulève et lui permet de s’élancer en haut et en avant. Puis il incline et reploie un peu l’aile pour la soulever de nouveau, en présentant à l’air son bord supérieur; il diminue ainsi, autant que possible, la résistance que l’air oppose à ce second mouvement opposé au premier ; la vitesse acquise lui laisse quelques instants continuer sa route jusqu’à ce qu’il puisse de nouveau frapper l’air et ajouter une vitesse nouvelle à celle qu’il possède encore.
Une circonstance bien importante et qui facilite singulièrement le vol, c’est que la respiration est double chez les oiseaux. L’air ne pénètre pas seulementdansles poumons, comme chez l’homme, pour en ressortir ensuite en totalité, modifié toutefois dans sa composition chimique ; mais il pénètre en outre dans presque toutes les régions du corps de l’oiseau. Plusieurs des conduits aériens (les bronches), qui distribuent l’air dans les organes pulmonaires, s^ouvrent à leur surface et portent de Pair dans des cellules à parois minces , extensibles et communiquant toutes les unes avec
les autres ; elles se distribuent entre les divers organes, et s’étendent même jusque dans la cavité des os. L’air qui pénètre dans ces cellules dont quelques-unes ont une capacité assez grande les distend; l’air s’y échauffe et diminue beaucoup le poids spécifique de Toiseau qui se meut dans l’air avec une aisance merveilleuse et peut soutenir un vol d’une durée souvent très-prolongée, chez les oiseaux migrateurs, par exemple. Je dois ajouter que l’air ainsi introduit dans ces vésicules, en sort en traversant les poumons, puis y rentre presque aussitôt et s"y renouvelle sans cesse.
Les longues plumes de la queue sont, par l’action médiate de petits muscles, susceptibles de s’élever, de s’abaisser, de se rapprocher et de s^écarter les unes des autres, et ces mouvements volontaires permettent à l’oiseau de diriger son vol, lui servent de gouvernail pour en augmenter ou diminuer l’obliquité ; et, en les inclinant, il s’en aide pour changer sa direction.
Les membres inférieurs sont organisés pour leur permettre la locomotion terrestre et, qui plus est, la locomotion bipède, comme chez l’homme. Les os des hanches ne forment, avec les vertèbres lombaires et sacrées qu’une seule pièce, un seul os. La cuisse a un os court et droit, et la jambe se compose, comme chez l’homme, de trois os, le tibia, le péroné et la rotule ; mais le péroné est raccourci et se soude au tibia par ses deux extrémités. Un seul os qui fait suite à la jambe représente le tarse et le métatarse ; le membre se termine par des doigts mobiles, le plus souvent au nombre de quatre, dont trois ordinairement dirigés
en avant, et le quatrième, lorsqu’il existe, est dirigé en arrière.
Dans la locomotion terrestre, le corps de l’oiseau affecte le plus souvent une position qui s’éloigne peu de riiorizontale. Les cuisses sont fléchies et appuyées latéralement sous le corps ; les jambes sont fléchies en sens inverse sur la cuisse en prenant une direction qui se rapproche de la verticale, et les pieds servent de bases de sustentation. Cette double flexion porte les genoux en avant et les rapproche du centre de gravité de l’oiseau, admirables conditions pour le maintien de l’équilibre. Dans la marche , les membres inférieurs sont alternativement portés en avant par l’action successive des muscles extenseurs et fléchisseurs.
Les oiseaux à pattes longues et grêles et que, pour cette raison, on nomme échassiers, comme les hérons et les cigognes, sont destinés à chercher à gué leur nourriture (poissons, vers) dans les eaux peu profondes. Ils ont aussi le cou et le bec d’une longueur qui leur permet d’atteindre leur proie dans l’eau ou dans la vase.
Chez les oiseaux nageurs, les pattes sont courtes relativement à la longueur du cou. Elles ont les trois doigts antérieurs transformés en une sorte de rame par l’existence d’une membrane qui s’étend entre eux et qu’ils tendent à volonté en écartant les doigts les uns des autres lorsqu’il s’agitd’élargir la rame pour frapper Leau et déterminer la progression. Lorsqu’il faut, au contraire, reporter la rame en avant, les doigts se rapprochent en plissant leurs membranes et diminuent dans ce mouvement la résistance de l’eau, en même temps
que la vitesse acquise continue à les porter plus loin. Le corps de l’oiseau qui nage n’est jamais plongé dans l’eau comme chez l’homme et chez les mammifères se livrant au même exercice, mais il reste en très-grande partie sur l’eau, ce qui exige beaucoup moins d’effort pour se mouvoir, l’air échauffé des vésicules aériennes rendant le poids spécifique du corps beaucoup moindre. Enfin, il en est qui, voyageant sur l’eau dans la direction de son cours, soulèvent un peu leurs ailes transformées ainsi en véritables voiles.
N® 2. — Différents modes de station.
Les oiseaux perchés sur leurs extrémités inférieures raidies, peuvent ainsi rester immobiles sur le sol dans la station bipède. Alors les muscles fléchisseurs et extenseurs combinent leur action et maintiennent l’équilibre dans cette position. Les muscles antagonistes étant ainsi constamment et simultanément en action, ce mode de station devient à la longue plus fatigant que la marche pendant laquelle leur action est alternative.
Lorsque l’action musculaire cesse dans tous les muscles locomoteurs, le corps de l’oiseau s’affaisse jusqu’à terre et c’est ce qui a réellement lieu chez la plupart de ces volatiles, lorsqu’ils veulent dormir, pondre ou couver, en s’appuyant sur une large surface, soit sur le sol, soit sur leur nid : c’est la station accroupie.
Beaucoup d’oiseaux se reposent et même dorment perchés sur une branche d’arbre et dans une situation également accroupie. Ici l’équilibre
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serait difficile et fatigant, s’il était du à la contraction exclusive des muscles des doigts, dont Tun en arrière serrant la branche.
Un mécanisme très-simple rend tout effort à peu près inutile môme pendant le sommeil. Les tendons des muscles fléchisseurs des doigts passent sur les articulations du genou et du talon, de telle sorte que le poids du corps de l’oiseau en affaissant les cuisses et les jambes tire nécessairement sur les tendons de ces muscles et fait fléchir les doigts qui embrassent et serrent la branche, sans exercer aucun effort musculaire.
Il est un autre mécanisme, peut-être plus admirable encore, que nous présentent les oiseaux à membres inférieurs longs et grêles, comme les hérons et les cigognes. Ces oiseaux dorment appuyés sur une seule patte à l’état d’extension et à peu près verticale. Ils ne pourraient conserver longtemps ce genre de station singulier par la contraction seule des muscles et seraient bientôt fatigués. Une disposition spéciale rend la chose possible et facile. L’extrémité inférieure de l’os de la cuisse présente un creux où s’emboite, pendant l’extension du membre, une saillie de l’extrémité supérieure du tibia, laquelle ne peut en sortir que par un effort musculaire. De plus les doigts assez longs et étalés sur le sol fournissent à l’oiseau une base de sustentation, assez large et suffisante pour que l’oiseau conserve sa position.
A l’exposé que nous venons de faire sur les différents modes de locomotion et de station des oiseaux, ajoutons quelques compléments.
N° 3. — Pattes.
Un animal rampant comme la limace, et même vertébré comme le reptile, n’aurait pu accomplir très-vite et souvent^ malgré de grands obstacles, des éliminations sur des points éloignés les uns des autres. L’oiseau, que tout nous montre comme l’agent spécialement créé pour ces difficultés de travail, devait au contraire posséder le meilleur mode de locomotion et avant tout être pourvu de pattes.
Au moyen de pattes, le corps de l’animal se trouve élevé sensiblement au-dessus du sol , il repose et s’équilibre sur des points d’appui, qui, en se déplaçant d’arrière en avant, lui impriment la même direction.
Alors, le corps qui est élevé passe sans encombre non-seulement sur les surfaces lisses, mais encore sur d’autres qui sont couvertes de pierres , d’berbes, etc.; de plus le déplacement des pattes est moins pénible que ne le sont les contractions au moyen desquelles la masse du corps se plie et replie pour avancer, comme cela se pratique chez les reptiles ; il en résulte donc pour la locomotion plus de légèreté et plus de vitesse, et comme tout, dans le mécanisme des muscles, des tendons et des os, est combiné pour que la force et l’équilibre ne manquent jamais, la marche, le saut et la course sont faciles pour l’oiseau.
Examinons en détail les pattes et cherchons les renseignements que comporte cette étude.
11 arrive quelquefois aux oiseaux et assez souvent
au héron gris, ainsi que nous l’avons vu, de rester posés quelque temps sur une seule patte ; mais on comprend que le système d’une patte n’ait pas été adopté soit pour le repos, soit surtout pour la locomotion.
Chez certains insectes qui ont besoin non-seulement de marcher sur une feuille, mais encore de s’y accrocher, un certain nombre de pattes était nécessaire.
Les mammifères, qui sont en général les plus lourds des animaux terrestres, en ont eu besoin de quatre, mais il n’y en a vraiment que deux qui accomplissent la tâche la plus difticile de la locomotion ; aussi sont-elles pourvues de muscles volumineux qui, sous le nom de gigue de chevreuil, par exemple, font le bonheur des gourmets.
Quant à l’oiseau, il lui a été donné, ainsi qu’à l’homme, d’être bipède, et déjà comme tel il peut se dresser, jouir constamment de la vue du ciel, des grands horizons et goûter ainsi de nobles jouissances peu enviées des bêtes ; il peut jeter un regard d’inspecteur sur les travaux des insectes, marcher très-facilement partout , sur les arbres aussi bien que sur la terre, au milieu des arbustes et des herbes, sur un terrain rugueux, dans la boue.
Mais, si tous les oiseaux n’ont chacun que deux pattes, ces pattes sont très-variées et chaque espèce d’oiseaux a reçu celles qui sont le plus en rapport avec sa mission.
Etudions-les donc en détail.
Une première chose indispensable pour l’oiseau c’était que son corps, quoique élévé au-dessus du sol, fût, au moven de ses points d’appui, préservé
de chute et de fatigue. Or, les deux pattes sont articulées par les fémurs au bassin ; mais ceux-ci sont repliés contre le corps dans le sens de sa hauteur, de telle sorte que les pattes au point où elles prennent la direction de la terre, c’est-à-dire à l’articulation du fémur et du tibia, se trouvent au centre de gravité du corps.
Ainsi s’établit l’équilibre d’avant en arrière ; cet équilibre est sans cesse contenu et rectifié par la queue et par la tète qui, grâce à la flexibilité et à la longueur du cou, s’éloigne ou se rapproche du centre de gravité.
Les deux pattes égales et symétriques sont placées de manière à assurer l’équilibre de côté.
Formée d’un seul ou de plusieurs os, comme une jambe de bois ou comme les vertèbres du cou, la patte eût été, dans le premier cas, sans souplesse, et, dans le second, sans la force suffisante.
Au contraire, la division en quatre parties fortement articulées, celles que l’on nomme pied, tarse, tibia et fémur, correspondait à tous les besoins du repos et de la marche.
Dans leur ensemble et dans leurs détails, elles sont graduées et variées d’après le rôle que chaque espèce d’oiseau a à remplir.
Chez le passereau qui a surtout besoin d’agilité pour se percher et sautiller sur les branches, les pattes sont très-fines et ne tiennent en général le corps en suspension qu’à une hauteur égale à son épaisseur.
Sont également proportionnées comme celle des passereaux , mais très-renforcées, les pattes des oiseaux de proie et des gallinacés, les premières
qui servent à empoigner, tenir et tirer fortement, les secondes nécessaires à la course d’oiseaux lourds.
Les pattes des nageurs sont aussi renforcées, mais moins longues, parce que, avant tout, elles font le service de rames ; pour cette raison encore elles sont plus à l’arrière du corps. Aussi, les nageurs et plongeurs qui sur les eaux semblent se mouvoir rien que par un acte de volonté, ont-ils sur terre la marche embarrassée : c’est en ce sens que l’on dit marcher comme une oie.
Les éliminateurs de marais au contraire ont besoin de pattes très-longues. Chez la grue, elles égalent en hauteur presque trois épaisseurs du corps.
Elles sont un type d’un genre que l’on a appelé les échassiers, parce qu’elles sont aussi grêles que longues.
Allonger les pattes c’est par cela même agrandir le pas, et quand elles sont renforcées elles fournissent les, courses les plus rapides. Les plus remarquables de ce genre sont celles de l’autruche.
Des quatre parties des pattes, deux surtout remplissent les fonctions de points principaux d’appui, ce sont le tarse et le tibia. Le tarse, qui est le plus rapproché du sol, est pour cela sans plume et recouvert d’une peau imperméable et qui tient lieu de guêtre. Chez quelques oiseaux du Nord ou de nuit, comme le lagopède des Alpes et la chouette, il est recouvert de peluche , c’est-à-dire d\me espèce de guêtre en laine. Chez certains oiseaux, il a la partie supérieure emplumée, de même que
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chez d’autres la partie inférieure du tibia est à nu.
Ce qu’il y a encore de très-caractéristique dans les pattes, ce sont les doigts et le pied.
Les doigts sont le plus souvent aü nombre de 4, dont l’un, plus rarement 2, sont dirigés en arrière. Le nombre des phalanges varie d’un doigt à l’aiitre de la même patte, depuis 2 jusqu’à 5.
C’est encore chez le passereau que nous trouvons le pied dans sa plus grande simplicité et atissi d’un usage très-facile. Des doigts courts, minces, énergiques, garnis d’ongles, deux dans le sens l’un de l’avant, l’autre de l’arrière, et deux autres sur les côtés de celui de Lavant , foürnissent une assiette solide pour la marche sur le sol et une pince capable de se cramponner sur une branche.
Chez quelques grimpeurs les doigts sont toujours au nombre de 4, deux à l’avant et deux à l’arrière.
Les doigts ainsi disposés font l’office d’une double pince qui, par les ongles aigus, permet à ces oiseaux de s’accrocher aux moindres aspérités de l’écorce des arbres et leur rend facile Taction de grimper.
Les doigts sont renforcés , comme les autres parties de pattes chez les oiseaux de proie.
Les nageurs et les plongeurs les ont unis au moyen de palmes, de là leur nom àe palmipèdes.
Certains échassiers les ont en partie palmés et assez longs, ce qui leur permet de marcher sur la terre molle et sur les herbes.
Les pattes ne servent pas uniquement à la marche, les perroquets se servent de leurs doigts comme d’une main; l’épervier porte sa proie dans ses serres ; la poule gratte et creuse la terre avec ses ongles ;
des oiseaux utilisent leurs pattes pour la construction de leurs nids. Au yoI les pattes étendues à barrière servent aux échassiers et aux palmipèdes à rétablir l’équilibre que la tête à l’extrémité d’un long balancier tend toujours à faire perdre.
Ces variétés de pattes que l’on ne trouve pas au même degré à beaucoup près dans les autres animaux n’indiquent-elles pas que l’oiseau est sous le rapport de sa locomotion la plus ordinaire, c’està dire en dehors du vol, l’être le plus privilégié et par cela même créé essentiellement pour la régularisation des éliminations?
Ce qui ne laisse aucun doute à ce sujet c’est qu’il lui a été accordé de s’élever et de se mouvoir dans les airs avec encore plus de facilité et de rapidité que sur la terre et sur l’eau.
Il a en eff'et, ainsi que nous l’avons souvent dit, la propriété de voler très-vite et très-longtemps au moyen de ses ailes et de l’air chaulfé qu’il emmagasine.
N" i. — Ballons intérieurs.
On sait que les corps gazeux, liquides et solides, se superposent dans la nature en raison de leur degré de densité. C’est d’après ce principe que la fumée, produite à la surface de la terre, s’élève dans les régions supérieures. L’air, chauffé et maintenu dans une enveloppe vaste et légère, est même capable d’élever dans les airs un corps d’un certain poids. Ainsi s’explique l’ascension d’une mongolfière à laquelle se trouve suspendue une nacelle contenant plusieurs hommes. Mais ce ballon ne dévie de la perpendiculaire que sous l’action d’une
force qui ne lui est pas propre, comme celle du vent.
Ce mode d’ascension et de déplacement ne pourrait suffire à l’oiseau pour remplir sa tâche de régulateur d’élimination ; mais elle devait l’aider. L’air chauffé qui circule dans ses vésicules intérieures le soulève constamment. La légèreté de ce gaz est surtout grande, quand l’air ambiant dans lequel se meut l’oiseau est, en raison de la latitude, de l’altitude, ou de la saison, froid ou très-froid. Entre les deux, il peut y avoir une différence de température de 60 à 70 degrés.
Toujours est-il que certains oiseaux, dont les déplacements se font ordinairement au moyen de la natation et qui, pour cette raison n’ont pas besoin d’ailes très-longues, ont été quelquefois trouvés fort loin de leur habitat ordinaire, et que même, pour se laisser pousser par le vent, ils ont dû trouver dans leurs aérostats intérieurs de puissants auxiliaires.
Ainsi un starique perroquet [Phaleris psittaciila, steph, ex Pallas), qui est un oiseau lourd en apparence, dont les ailes sont courtes et étroites et dont l’espèce se trouve dans les îles Aléoutiennes, les Kouriles et autres situées entre l’Asie orientale et l’Amérique occidentale, a été capturé, en décembre 1860, à Joenkœping, près du lac Wetter, dans la Suède méridionale. (Wahlgren, dans le deuxième cahier de Svenska, pour 1867) (1).
(1) Ainsi, que l’on se représente notre starique perroquet parcourant au vol les parages de îles Aléoutiennes par une température de 2ü à 30 degrés au-dessous de zéro ; il a quintuplé ses grands réservoirs aériens et élevé l’air qui circule dans son corps à la température ordinaire des oiseaux à 40 degrés au-dessus de zéro; c’est un écart de GO à 70 degrés
J’ai dans ma collection un macareux moine qui a été tué sur la Marne^ entre Vitry-le-François et Clialons. Avait-il, en nageant, remonté le cours de la Seine et de la Marne, ou avait-il été emporté par le vent comme ce starique ?
Pour que les sacs aériens du corps se gonflassent chez ce starique, il fallait que les côtes fussent extensibles, et à ce sujet, M. Vian croit pouvoir dire, comme règle générale, que les oiseaux aquatiques à ailes courtes et à formes massives ont les côtes d’autant plus longues et par suite le corps plus extensible que leurs ailes sont moins bien organisées pour le vol (2).
Cet auteur estime qu’au vol, la capacité des sacs aériens peut être quintuplée.
Les réservoirs et les canaux qui servent à encaisser et à faire circuler Pair sont formés d’une membrane d’une grande finesse, mais très-extensible; ils sont distribués dans toutes les directions du corps et y transmettent l’air facilement et rapidement, de même qu’ils le font aboutir dans les os creux comme l’humérus, le fémur, etc.
Dans une de ses leçons à la Faculté des Sciences de Nancy, M. Godron a mis à nu la trachée-artère d’un canard domestique; après avoir passé derrière cette trachée un bout de cordon, il a amputé l’aile vers le milieu de la longueur de l’humérus, ensuite il a serré le cordon de façon à intercepter le passage de l’air par la trachée-artère, et la res-
entre la température de l’air dans les réservoirs de l’oiseau et celle de l’atmosphère. Quel poids lui reste-t-il? Il est peut-être plus léger que l’air environnant. Bulletin de la Société zoologique de France, juin et juillet 1876, Vian^ p. 3.
(1) Ibid., p. 4.
piration s’est rétablie par la cavité de l’os, en communication avec les vésicules aériennes et le poumon. Le lien du cou enlevé , l’animal a survécu longtemps, au jardin botanique où il était en liberté. Il suivait les jardiniers qui labouraient le jardin et mangeait les vers amenés à la surface.
Quand certains oiseaux, comme l’oie sauvage et le grand courlis, sont morts sans être traversés par le plomb, les réservoirs d’air sont encore si remplis que, sous une pression subite, ils font éclater le cri de l’animal. J’ai noté ainsi plusieurs cris d’échassiers que je n’ai jamais vus en vie.
N® 5. — Des ailes.
Ce que nous avons déjà dit de l’aile montre que rien ne manque aux oiseaux pour se jouer des distances et de tous les obstacles de la locomotion animale ; mais nous en serons encore plus convaincus quand nous aurons ajouté quelques notions sur les plumes.
Les divisions suivantesnous permettrontd’ajouter sur ce sujet des compléments qui nous semblent utiles.
§ 5. — ENVELOPPE DU CORPS DE l’oISEAU.
N® 4. — Peau.
Tissu membraneux , dense , épais , résistant , flexible et extensible, la peau recouvre et protège le corps des oiseaux, tout en lui laissant la liberté
lio
de ses mouvements. Elle est pour eux le siège et l’organe du toucher, et, quoiqu’elle soit partout couverte de plumes, elle conserve sa sensibilité. Le moindre frôlement de la plume met l’animal en éveil.
La peau, en général très-mince, est renforcée sur quelques parties du corps, comme la poitrine et l’abdomen, Lépine dorsale, les ailes ; et même sur les tarses et les doigts elle n’est pas sans analogie avec la corne et l’écaille.
Elle est douce et légère. Le tableau suivant donnera une idée de son poids :
NOMS
des
OISEAUX