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ÊTRE ENTIÈREMENT DÉTRUITES

Est-ce à dire que les oiseaux sont tous et toujours utiles et jamais nuisibles, et que notre droit de les tuer ne doit pas être plus étendu que nous l’avons dit? Non.

11 est très-peu d’oiseaux qui ne causent quelques dommages ; mais, si nous tenons compte du bien qu’ils nous font, nous pourrons reconnaître qu’ils se réservent une part insignifiante de la richesse qu’ils produisent.

Nous aurions mauvaise grâce à nous plaindre qu’un oiseau ne nous procure qu’une valeur de 10 francs au lieu de 10 fr. 50, et à oublier que la créance de l’ouvrier est privilégiée.

LES OlSEyVUX

L’hirondelle mange des ichneumons, le rossignol des fruits sucrés de nos jardins, la cigogne du poisson.

Il peut se faire qu"en un moment donné, sur un point quelconque des champs et des jardins, des parcs, des réservoirs, c’est-à-dire partiellement et accidentellement , au point de vue de l’intérêt général, certains oiseaux commettent un véritable dégât ; c’est le cas de les éloigner au moyen d’épou- • vantails ou de coups de pistolet.

Ces oiseaux étant sensiblement, mais accidentellement nuisibles^ on peut se départir un instant des égards qu’on leur doit ; mais Téloignement et la destruction, si elle est nécessaire, doivent être circonscrits , partiels et momentanés comme le dommage.

Il existe cependant quelques espèces qui semblent être devenues préjudiciables à l’intérêt général et d’une manière permanente.

Par suite des modifications constantes que l’homme produit à la surface de la terre, dans les végétaux comme parmi les animaux, il arrive que de temps en temps, l’équilibre des forces qui s’y meuvent est passagèrement rompu. Or, quand un frein disparaît, le contre-frein devient inutile et même dangereux ; par exemple, les poissons et surtout les oiseaux étant moins nombreux qiCil ne doivent l’être, certains rapaces qui ont mission d’en réduire le nombre peuvent, en les détruisant actuellement , partout et d’une manière permanente, faire plus de mal que de bien et devenir ainsi nuisibles.

D’un autre côté, l’homme tient à ce qu’il lui soit

réservé dans l’avenir une large part des poissons et des oiseaux que les rapaces sont chargés d’éliminer.

Pour déterminer si une espèce d’oiseaux est devenue nuisible, il faut savoir : si habituellement elle détruit les animaux qui nous sont utiles, tels que les oiseaux serviteurs et les oiseaux gibier; dans quelles proportions elle se nourrit de ceux qui nous nuisent présentement, et si elle ne peut être suppléée pour la spécialité de ce travail ; si elle est particulièrement chargée de détruire plusieurs variétés d’animaux qui nous causent de graves dommages. D’après ces principes, il y aurait, même à notre époque, dans notre région, peu d’oiseaux véritablement nuisibles. D’abord, tous nos petits et moyens rapaces nocturnes sont presque exclusivement des destructeurs de gros insectes comme le hanneton, la courtilière et surtout de petits mammifères, souris et loirs, et, à ce titre, ils sont forts utiles , bien qu’ils soient souvent la victime des préjugés populaires et que, comme oiseaux de proie, ils soient classés parmi les oiseaux nuisibles par beaucoup de préfets.

J’ai quelque temps protégé les hulottes (chats huants), en raison de ce qu’elles font une grande consommationdesourisetmêmed’écLireuils ; cependant, depuis que j’ai trouvé dans les troncs où elles nichent des plumes de mésange^ de merle, et des becs de bécasse, j’ai cru devoir signaler ces oiseaux comme quelquefois dangereux pour un parc, mais sans réclamer les rigueurs réservées à l’oiseau nuisible.

J’en dirai autant des buses : elles n’ont pas la

vitesse des faucons pour faire la chasse au vol ; mais, pendant qu’elles élèvent des petits, elles détruisent quelques nichées. Comme les hulottes, elles mangent considérablement de souris. En raison des services qu’elles rendent à l’agriculture, nous devons leur pardonner leurs déprédations, sans toutefois leur laisser libre accès auprès de nos réserves de gibier.

La bondrée est, on le sait, à peu près complètement utile ; nous ne voyons donc d’oiseaux réellement nuisibles que chez les faucons. Parmi eux^ en effet, il en est qui, comme l’autour et le busard Saint-Martin, semblent être dans nos contrées, d’une manière constante, la cause de plus de mal que de bien pour l’intérêt général ; j’ai du moins cru pouvoir le supposer en visitant les nids.

Les rapaces mangent seuls sans que le père et la mère soient obligés de leur donner la becquée; aussi, le plus souvent ceux-ci se contentent d’aller chercher la proie et de la déposer sur le bord du nid. L’ornithologiste, en visitant chaque jour le nid, peut donc se rendre compte de la nourriture habituelle de la famille, et c’est ce que j’ai fait bien des fois.

Je connais un vieux charbonnier qui a souvent vécu du gibier et du poisson qui était destiné aux petits des oiseaux de proie.

En visitant, en 1864, un nid d’autour, j’ai trouvé au centre quatre jeunes, et sur les bords un cuissot de levraut, la moitié d’une brème qui avait pu peser 700 grammes, une perche de 500 grammes, une grive, deux fauvettes et trois bruants jaunes. Comme ce nid était dans un bois qui m’appartient,

* je dis au garde de revenir le lendemain avec son fusil et de tuer le père et la mère ; mais, le jour même , un dénicheur vint chercher les quatre jeun s .

J’ai trouvé cinq perdreaux près d’un nid de busard Saint-Martin ; dans nos pays, on le nomme chasse-alouette et chasse-perdrix.

Des oiseaux nuisibles, tous ne le sont pas au même degré ; de ce fait voici un exemple :

Les poissons sont assurément très-importants comme substance alimentaire, mais, comme travailleurs et comme artistes, ils me semblent bien inférieurs aux oiseaux. Jamais Taquarium ne détrônera la cage. De plus , les poissons sont d’une fécondité prodigieuse ; à ce titre, ils ont besoin d’une élimination d’autant plus grande.

On a compté jusqu’à sept cent mille œufs dans une carpe d’un kilogramme.

Le faucon-pêcheur est donc moins nuisible que celui qui fait la chasse aux oiseaux.

11 importe beaucoup de déterminer les caractères de l’oiseau nuisible; car il est considéré par la loi comme un ennemi de l’homme qui , vis-à-vis de lui, est censé être dans le cas de légitime défense. Alors toutes les barrières de la police de chasse s’abaissent; on peut, sur son terrain, en tout temps, sans permis de chasse, tuer l’oiseau de proie et même le dénicher.

11 est encore des départements dans lesquels on donne des primes pour sa destruction.

Ne pouvant, dans une étude aussi restreinte, exposer en détail les questions relatives aux oiseaux nuisibles, j’ai au moins voulu établir qu’actuelle-

ment, et à l’égard de certaines espèces de rapaces, nous avons un droit très-étendu de destruction, sans que jamais cependant nous cherchions à les faire complètement disparaître.

Mais le législateur sait bien que, malgré toutes les permissions qu’il accorde , ces espèces se laissent rarement anéantir ; une seule , celle du grand-duc, qui de tout temps et chaque année élevait une famille dans les roches du Foulon, entre Chamarandes et Verbiesles, a, depuis 1831, cessé de faire partie de nos oiseaux sédentaires.

DANS LES ITAP MONTES DE LA NATURE

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