MIGRATION
La migration des oiseaux, leur apparition et leur disparition périodiques et saisonnières constituent un des phénomènes les plus visibles de la nature. Le fait que beaucoup d'oiseaux disparaissent en hiver est chose universellement connue et qui attira de tout temps l'attention. Bien qu'on vît là autrefois un fait mystérieux et qu'il ne soit pas encore parfaitement compris dans tous ses détails, on commence à s'en étonner moins et à l'admirer
> La plupart des espèces de cette sone se rencontrent aussi dans la partie supérieure du continent austral, mais atteignent là leur limite septentrionale. La présence de ces espèces, en même temps que l'absence de celles des Eones extrêmes, sont les caractères les plus marqués de la zone de transition.
davantage à mesure que des connaissances exactes prennent la place des vagues imaginations de jadis. Aujourd'hui on sait où nos espèces du Nord passent l'hiver et l'on connaît la plupart des routes qu'elles suivent quand elles viennent et s'en vont. On sait qu'à tout prendre elles sont guidées par des sens, par des influences ordinaires et quotidiennes assez connues, probablement très développées et non par les puissances et les instincts mystérieux qu'on leur supposait autrefois.
La cause fondamentale de la migration est évidemment la croissante ou décroissante masse de leurs subsistances. Les oiseaux quittent les pays du nord où ils sont nés parce que c'est là le seul moyen de ne pas mourir de faim. Plusieurs espèces peuvent résister au froid les plus rigoureux, mais aucune ne peut vivre longtemps sans nourriture, et quoique certaine nourriture d'oiseau persiste pendant l'hiver au Canada, la quantité en est petite et ne suSit qu'à une population peu nombreuse, et cette provision même diminue rapidement, ou, dans le Nord, est ensevelie sous la neige. La raison qui, en automne, les fait émigrer vers le Sud, est assez évidente, mais pour quelle raison un oiseau quitterait-il un climat doux et une nourriture abondante, au midi, pour affronter un voyage dangereux et se trouver finalement dans une contrée où l'hiver finit à peine et où il court le danger de mourir de faim. Bien des explications ingénieuses ont été avancées pour expliquer la chose : le désir de retrouver la contrée où il est né, en deux mots, le mal du pays; les souvenirs héréditaires d'une ancienne patrie, se transmettant à travers des âges géologiques; la recherche d'une nourriture spéciale pour couver; et l'insuffisance de places favorables à la nidification dans les contrées méridionales, voilà les raisons qui ont été alléguées comme pouvant expliquer le fait en question. Toutefois il n'est pas nécessaire d'avancer une explication compliquée ou embrouillée, alors qu'il y en a une simple et claire. Si nous nous rappelons que, dans la saison de la couvaison, la population des oiseaux est considérablement accrue par la naissance des petits; que si, en hiver, il y a place pour un nombre considérable d'oiseaux dans les localités méridionales l'accroissement de cette population, au printemps, dépasse les capacités aUmentaires du pays ; que, vers la même époque critique la région tempérée, au nord, est toute entière ouverte aux nouveaux arrivants avec une grande abondance de nourriture, le sujet cesse d'être mystérieux. En fait, ce n'est que par la migration qu'il est possible de tirer parti des moyens de sustentation que possèdent les régions tempérées à moins que les oiseaux ne jeûnent ou ne soient hivernants pendant les hivers, deux états à chacun desquels la nature des oiseaux répugne tout à fait.
Bien que la quantité disponible des vivres soit la cause fondamentale ou première de la migration, il nous faut chercher ailleurs encore pour exphquer à quelles sollicitations immédiates ses méthodes obéissent. Forcés qu'ils étaient à l'origine, par la faim, dans un sens et dans l'autre, ces déplacements annuels maintenant sont devenus instinctifs et ont lieu avant que la situation ne soit à l'état aigu, que les angoisses de la faim ne se soient fait sentir, ou que l'organisme ne soit affaibU par la privation de nourriture.
Le champ des migrations varie selon les espèces. Il y a un très petit nombre d'espèces qui, au sens propre de ce mot, n'émigrent pas du tout. Pour d'autres espèces les individus vivant plus au nord sont les seuls à quitter leurs cantonnements, ceux qui vivent au sud demeurent, en fait, stationnaires, bien que pour la majorité des espèces canadiennes, la communauté entière se transporte au sud. L'oiseau dont le champ de migration est le plus étendu c'est sans conteste la sterne arctique, oiseau qui niche
depuis le golfe du Saint-Laurent jusqu'aux régions polaires et qui hiverne, au sud, jusqu'au continent antarctique.
Les méthodes de migration sont presque aussi variées que le champ parcouru. Certaines espèces avancent le long du jour d'un sommet d'arbre à un autre, de bosquet en bosquet, trouvant leur route dans la direction voulue. D'autres font de longs vols, les uns très haut, les autres plus bas, dans l'air. Certains oiseaux ne volent que pendant le jour; d'autres voyagent de nuit, et nous ne sommes instruits de leur passage que par des circonstances accidentelles, soit que leur voix affaiblie nous arrive de plus haut dans l'obscurité, soit qu'ils se montrent soudain à nous vers le matin. Ils voyagent en troupes d'une seule ou de plusieurs espèces mélangées, en groupes épars, ou comme individus isolés.
Un bon nombre d'espèces, sinon toutes, suivent des routes plus ou moins définies tant pour partir de leurs stations de couvaison que pour y retourner; d'autres vont et reviennent par des routes tout à fait différentes. Il arrive aussi que des nappes d'eau relativement petites suffisent à détourner quelques espèces de leur route; d'autres, au contraire, traversent sans hésiter de vastes étendues de mer, sans se soucier des passages rapprochés et commodes sur terre ferme, que choisissent des espèces très proches parentes. Chez quelques espèces ce sont les oiseaux plus âgés qui vont en avant; chez d'autres les mâles précèdent les femelles.
Quant à la manière dont les oiseaux trouvent leur route c'est un point encore vaguement compris et les individus qui se sont éloignés beaucoup de leur habitat et de leur route habituelle laissent voir qu'ils sont aussi parfaitement perdus que le serait tout autre animal sur un terrain à lui inconnu. Il est sûr que l'expérience joue ici un grand rôle et il est hors de doute que les jeunes oiseaux sont en grande partie guidés par les mouvements de leurs aînés lesquels, grâce à une expérience acquise, connaissent la route et peuvent servir de guides. On peut comprendre comment les oiseaux savent suivre en voyage de vastes points de repère tels que de grands systèmes de cours d'eau, des chaînes de montagnes, des rivages maritimes, mais aucun sens qui nous soit familier n'explique comment certaines espèces retournent sans se tromper à des îles océaniques par dessus d'immenses étendues de mer toujours de même apparence. Il se peut qu'elles aient un sens spécial qui les aide à s'orienter.