‹ Les oiseaux de l'est du CanadaChapitre 34 sur 47 · FAMILLE BUTEONID.*!. BUSES, MILANS, ÉPERVIERS, BUSARDS ET AIGLES · texte numérisé non relu

FAMILLE BUTEONID.*!. BUSES, MILANS, ÉPERVIERS, BUSARDS ET AIGLES

Description générale. La meilleure façon de décrire les éperviers, c'est de dire que ce sont ni des faucons ni des orfraies.

Traits dislinctifs. Ailes courtes arrondies et concaves sauf chez les milans et les busards, et leur vol est relativement lourd. Le bec (figure 33b, p. 25) est dépourvu des dents aiguës de chaque côté de la pointe (figure 33a, p. 25) qui caractérisent celui des faucons. Les pieds (particulièrement sur la surface inférieure) n'ont pas de corrugations dures et aiguës pour retenir une proie glissante comme chez les orfraies ou aigles pêcheurs.

Cette famille est composée d'un certain nombre de genres bien caractérisés dont chacun est relativement facile à reconnaître. Ces genres comprennent la majorité de nos oiseaux de proie. Bien que véritablement rapaces de nature, ils n'ont pas l'audace, l'adresse à l'attaque ou la robuste endurance des faucons vrais, et c'est pourquoi les anciens fauconniers les appelaient «éperviers méprisables».

Genre — Elanoides. Milans.

Les milans sont des oiseaux qui habitent le Sud et l'on n'en a jamais pris qu'une espèce au Canada.

327. Le Milan à queue d'aronde. (swallow-tailed kite). Elanoides forficatxis. L, 24. (Les plumes extérieures de la queue avancent de 8 pouces sur celles du milieu). Un épervier plutôt petit, qui semble long en raison de la longueur démesurée des plumes extérieures de sa queue qui dépassent de 8 pouces celles du milieu. Ailes et queue d'un noir pur; tout le reste, y compris la tête, les épaules et la partie supérieure du dos, est blanc. Cet oiseau est remarquablement coloré en blanc et noir intenses; la queue profondément fourchue; il a les ailes longues et pointues d'une hirondelle des granges; il n'est guère possible de confondre cette espèce avec une autre.

Habitat. Régions tropicales et semi-tropicales de l'Amérique. Apparaît très rarement le long de notre frontière méridionale.

Cette espèce est de toute beauté mais trop rare au Canada pour mériter plus qu'une simple mention.

Valeur économique. Sa principale nourriture se compose d'insectes, de limaces et de reptiles; il ne touche jamais aux mammifères ou aux oiseaux.

Getire — Circus. Busards.

331. Le Busard des marais, (mabshhawk). Circus hudsonius. L, 19. Planche XI B.

Traits distinctifs. L'espèce se distingue par un cercle incomplètement garni de plumes autour des yeux qui rappelle un peu ceux du hibou. L'adulte possède d'une façon générale les couleurs de la mouette et les jeunes sont caractérisés par des tons rouge chaud.

Indications sur le terrain. Les meilleures indications sont la coloration générale et le croupion blanc que l'on distingue très bien quand l'oiseau vole. • Les longues ailes pointues et sa longue et étroite queue lui donnent la silhouette d'un faucon au vol, mais son mouvement est entièrement différent.

Nid. Il niche à terre sur un lieu sec des marais ou dans un champ de foin.

Habitat. Tous les Etats-Unis et tout le Canada jusque près des régions polaires. Couve dans tout le Canada.

L'un des plus communs d'entre nos éperviers, se rencontre presque partout dans l'est du Canada. Il fréquente les marais découverts, les prés et les champs; on peut le voir s'agitant de haut en bas, parcourant et fouillant le terrain comme un chien de chasse bien dressé. Pendant un moment il voltige au-dessus de sa proie et s'abat dessus pour s'élever un instant après et se poser sur un poteau de clôture ou autre élévation de cette nature afin de dévorer sa capture. Les jeunes ne sont pas sans méfiance, mais les adultes de couleur bleue comptent parmi les oiseaux les plus prudents et sont assez rarement atteints par le fusil du chasseur.

Valeur économique. Sur 116 estomacs qu'on a examinés, 7 contenaient des volailles ou oiseaux-gibiers; 34, d'autres oiseaux; 57, des souris; 22, d'autres mammifères; 7, des reptiles; 2, des grenouilles; 14, des insectes, et 1 des matières indéterminées. Donc, sur 144 contenus alimentaires, 41 étaient nuisibles, 93 utiles et 10 indifférents. Sur les 41 aliments auxquels

on peut trouver à redire, 3 seulement étaient des oiseaux de basse-cour et le reste des oiseaux sauvages, se composant de 46 individus de valeur beaucoup moindre que les variétés domestiques. Les 99 souris et 22 autres mammifères comprenaient environ 117 individus. Les insectes étaient surtout des locustes, des sauterelles et des coléoptères. La balance penche évidemment en faveur de cette espèce qui est incapable d'emporter des volailles, si ce n'est des jeunes, et seulement lorsque celles-ci s'aventurent jusque dans leur habitat. Si l'on élève des poules autour de la maison, elles sont pour ainsi dire parfaitement protégées contre cet oiseau. Comme il fréquente les marais, les plaines" herbeuses et les haies embroussaillées, c'est l'ennemi naturel des souris des champs, et il contribue probablement plus que toute autre influence naturelle à réduire comme il convient le nombre de ces rongeurs.

Genres — Accipiter et Astur. Acdpitres, Eperviers aux courtes ailes.

Description générale. — Eperviers à ailes courtes et arrondies et k longue queue.

Les accipitridés sont des oiseaux des bois qui voltigent autour du sommet des arbres ou sur les lisières des bois; ils n'ont pas l'habitude de s'élever très haut dans les airs. Ils prennent leur proie par surprise et attaquent vivement plutôt qu'après une longue poursuite. Leurs courtes ailes et leur longue queue leur permettent de prendre de rapides élans de vitesse et de faire de brusques évolutions, mais ne se prêtent pas à un effort soutenu.

Valeur économique. Ce sont les seules espèces communes d'éperviers canadiens qui peuvent être tant soit peu utiles. Ils sont pleins de vie et d'activité, et bien qu'ils n'aient pas la force et l'endurance des faucons vrais, ils font en réaUté beaucoup plus de tort que leurs plus grands et plus puissants congénères. C'est d'après cet oiseau que l'on donne vulgairement le nom de «Chicken Hawk» à tous les petits eperviers. Ils ne mangent jamais de chair corrompue, ne cherchant toujours que la viande fraîche, et ne reviennent presque jamais à une proie déjà en partie dévorée. Heureusement les deux espèces les plus communes sont les plus petites, ce qui réduit d'autant le tort qu'ils peuvent faire. Le seul gros et puissant oiseau de ce groupe est l'Autour, mais il est moins répandu et, sauf au cours de certains hivers, il se rencontre rarement dans les parties les plus habitées du sud du Canada.

332. L'Epervier brun, l'émerillon. (sharp-shinned hawk). Accipiter velox. L, 11-25. Planche XII A.

Traits distinctifs. En règle générale, c'est par la taille que l'on distingue l'épervier brun de tous les autres, sauf du faucon épervier, mais on ne le confondra pas avec celui-ci car il ne possède aucunement les caractéristiques du faucon. Une forte femelle est à peu près de la taille d'un petit épervier de Cooper mâle dont elle est une parfaite miniature comme coloration. Elle diffère de cette espèce par la queue qui est rectangulaire au lieu d'être arrondie; quand elle est fermée, les plumes extérieures sont tout aussi longues que les intérieures au lieu d'être manifestement plus courtes. Le tarse est relativement plus mince et plus élancé, une différence très perceptible quand on compare les spécimens.

Indications sur le terrain. Leurs ailes courtes et arrondies, leur longue queue et leur vol par coups rapides et uniformes, et leurs courtes envolées aideront à reconnaître cette espèce comme un accipitridé. Sa queue rectangulaire au lieu d'arrondie facilitera son identification d'avec l'épervier de Cooper, mais c'est la taille qui constitue la principale différence.

Nid. Sur les arbres, ordinairement des conifères à une hauteur de 10 à 40 pieds.

Habitat. Presque toute l'Amérique du Nord, probablement jusqu'aux limites des régions boisées au nord. Dans l'est du Canada, il se reproduit partout, sauf dans la partie la plus méridionale de la région inférieure des grands lacs.

C'est l'un des plus petits éperviers que nous ayons. Il n'a pas la vigueur soutenue ou la persistance des «faucons nobles » mais il est actif et agile. Il attaque sa proie avec fureur mais revient rarement à la charge et n'attaque presque jamais sa proie au vol comme le font les «oiseaux de proie nobles».

Valeur économique. C'est cette espèce qui aurait dû s'appeler le faucon épervier au lieu du petit faucon auquel on a attribué ce nom. C'est un parent rapproché de celui-ci et c'est le représentant américain du fauconépervier d'Europe, lequel est aussi un accipitridé. Le nom de «Sparrow Hawk » lui conviendrait très bien puisqu'il se nourrit surtout de moineaux et autres petits oiseaux.

Sur 107 estomacs examinés, 6 contenaient des volailles ou des oiseaux gibiers; 99, d'autres oiseaux; 6, des souris, et 5, des insectes. Cela nous donne 105 aliments qui condamnent l'oiseau contre 11 qui le font utile. Les souris ne se composaient pas de plus de 9 individus, mais les petits oiseaux se chiffraient à 115, dont la taille variait entre celle du roitelet et celle de la tourterelle. C'est un fort argument contre cette espèce qui autrement est très intéressante. Un bon point qu'on peut relever en faveur de ce petit épervier c'est qu'il est friand des moineaux domestiques et qu'il en supprime des compagnies aux abords des petites villes. La pointe Pelée sur le lac Ontario, est un endroit favori de cet épervier et, tous les ans, il y a de grands nombres de grives, vireos, moineaux et autres petits oiseaux qui tombent victimes de ces entreprenants petits maraudeurs.

333. L'Epervler de Cooper. (cooper's hawk). AccipUer cooperi. L, 15-50. Semblable à l'épervier brun mais plus gros.

Traita distinctifs. Un petit épervier de Cooper mâle peut se rapprocher beaucoup comme taille d'une forte femelle de l'épervier brun, et une forte femelle de la même espèce peut ressembler à un petit autour mâle. L'épervier de Cooper peut être distingué de l'épervier brun par sa queue arrondie au lieu de rectangulaire et par son tarse relativement plus court et plus épais. Il ne possède à aucun âge la coloration de l'autour, mais chez les tout jeunes, les plumages se ressemblent beaucoup. La meilleure indication pour les distinguer c'est le plumage du tarse; il y en a environ un tiers de revêtu chez l'épervier de Cooper, et la moitié chez l'autour. Le plumage des jeunes peut aussi ressembler à celui de la buse à manteau roux (voir cet oiseau). 11 peut aussi être pris facilement pour le jeune de la buse de Pensylvanie, mais il a les quatre premières primaires au heu des trois primaires extérieures brusquement rétrécies ou émargées.

Indications sur le terrain. On le reconnaît d'abord à sa taille et sa silhouette d'accipitre. Sa queue arrondie au lieu de rectangulaire aidera à le distinguer d'avec l'épervier brun. La coloration des adultes est la seule indication sur le terrain, outre la taille, pour le différencier d'avec l'autour.

Nid. Il niche sur les arbres à peu près comme l'épervier brun, mais rarement sur des conifères.

Habitat. Depuis les frontières septentrionales des régions habitées en allant au sud à travers tous les Etats-Unis.

C'est une espèce plus malfaisante même que l'épervier brun, puisque sa plus forte taille lui donne plus de puissance et plus de moyens de nuire. Avec presque autant d'activité il poursuit une plus grosse proie et peut très bien emporter un poulet de taille ordinaire. Il s'attaque rarement à une poule adulte, à moins que celle-ci ne soit faible.

Valeur économique. Sur 94 estomacs examinés, 34 contenaient des volailles ou des oiseaux-gibiers; 52, d'autres oiseaux; 11, des mammifères; 1, une grenouille; 3, des lézards; et 2, des insectes. Les mammifères se composaient d'animaux rongeurs, la plupart malfaisants, mais il y avait cependant un écureuil gris. Cela fait un total de 87 aliments qui condam-

nent l'espèce, 12 en faveur, et 4 indifférents. Comme c'est un épervier relativement commun dans un grand nombre des régions habitées du pays, c'est certainement une menace et il est, en bonne partie, cause de la mauvaise réputation de tout cet ordre d'oiseaux.

Genre — Astur. Autours.

334. L'Autour à tête noire, (american ooshawk). Astur atricapillvs. L, 22. Planche XII B.

Traits distinctifs. Les adultes, avec leur coloration caractéristique bleu ardoisé et finement vermiculaire, ne peuvent être confondus avec aucun autre oiseau d'Amérique. Les jeunes cependant sont très semblables aux autres jeunes accipitres et souvent un jeune mâle aura presque la même taille qu'une forte femelle de l'épervier de Cooper. Dans un pareil cas, on pourra les distinguer par le tarse qui est revêtu de plumes sur la moitié au lieu du tiers de sa longueur et par la légère teinte de chamois sur le blanc des parties inférieures de cette espèce.

Indications sur le terrain. Les adultes se distinguent par leur coloration. Les jeunes se reconnaissent à leur taille et leurs silhouettes d'accipitres avec ime longue queue et des ailes courtes et arrondies.

Nid. Sur les arbres.

Habitat. Il couve sur tout le continent dans les limites des régions habitées. Les mouvements migratoires sont ordinairement de peu d'étendue, bien qu'il visite parfois nos frontières méridionales en nombre considérable. De même que dans le cas du harfang, ces bandes se composent surtout d'individus adultes, bien que, normalement, les jeunes soient beaucoup plus communs au sud de la région où ils se reproduisent. Il est probable que ces envolées occasionnelles sont causées par une disette périodique de lapins dans leurs habitats usuels.

SOUS-ESPÈCES. L'autour à tête noire est divisé en deux sous-espèces, mais la forme typique seulement — l'autour de l'Est — se rencontre dans l'est du Canada.

C'est le représentant américain de l'autour d'Europe ou «Goose Hawk », désignation qui semble avoir été son nom primitif. C'était le seul épervier aux courtes ailes qui servît régulièrement dans l'ancienne fauconnerie. On lui faisait chasser les lièves, les perdrix, et ce genre de gibier de terre, que sa longue queue et ses courtes ailes lui permettait de suivre à travers les détours brusques et enchevêtrés, tandis que sa taille lui permettait de tuer du gros gibier. On ne le considérait pas cependant comme un oiseau chasseur de haut vol, parce qu'il n'avait pas la vigueur et l'énergie des faucons aux lObfeues ailes et sa chasse n'excitait pas le même intérêt que les «oiseaux de proie nobles. »

Valeur économique. Heureusement, cet oiseau n'est qu'un hôte irrégulier dans nos régions les moins habitées. Autrement il serait une menace sérieuse pour les basses-cours. Sur 20 estomacs examinées, 9 contenaient des volailles ou oiseaux-gibiers; 2, d'autres oiseaux; 10, des mammifères; 3, des insectes; et 1, un mille pattes. Sur les 10 mammifères, 3 étaient des lapins et 1 un écureuil gris, deux espèces que l'on peut considérer comme utiles. Cela nous donne un total de 15 aliments qui condamnent l'oiseau, 15 en sa faveur et 1 qui est indifférent. Il n'y a aucun doute que cette espèce est plutôt malfaisante. Sa taille lui donne assez de puissance pour enlever un poulet et même une poule, et elle fait de la gelinotte du Canada sa nourriture favorite. Bien que le véritable habitat de l'épervier à tête noire soit dans les forêts les plus septentrionales sur les lisières des terres cultivées, lorsqu'une fois ils s'établissent au voisinage d'une ferme, on peut s'attendre à leur visite tous les jours. Ils fondent subitement, au-dessus ou autour des bâtiments, sur un troupeau de volailles, saisissent leur victime et l'emportent avant que le fermier ait le temps de la protéger.

Genres — Buteo et Archibuteo. Buses vraies.

Description générale. Eperviers solidement bâtis, de taille moyenne ou forte, le bec dépourvu de dents (figure 33b, p. 25). Les ailes sont plutôt courtes et arrondies et la queue longue et ample qui s'étale en un grand demi-cercle. Le genre Buteo a le tarse nu mais V Archibuteo est emplumé jusqu'à la base des doigts.

Indications sur le terrain. L'arrondissement des ailes et la largeur, l'ampleur de la queue constituent les meilleurs signes pour reconnaître les buses.

Ce sont les buses vraies. Le vautour d'Amérique (Turkey Vulture) est quelquefois improprement appelé buse dans le Sud. Les buses n'ont pas tout l'élan, la rapidité et la vigueur soit des faucons soit des accipitres; elles sont moins agiles, moins rusées et ne chassent que le petit gibier. Ce sont les eperviers de haut vol de la saison d'été, on peut les voir tourner en cercles dans les régions supérieures, mais c'est assez rare qu'ils se précipitent autour de fourrés comme les agiles accipitres. Si l'on excepte la buse de Pensylvanie, leur habitat caractéristique est le plein air, bien qu'ils fassent leur nid habituellement dans la forêt.

Valeur économique. D'une façon générale, le fait qu'ils mangent les souris et les insectes fait plus que compenser le tort incontestable que font certains individus de quelques espèces. Bien que les buses comprennent quelques-uns de nos plus grands eperviers, le tort qu'ils font n'est pas du tout comparable à celui qu'on peut attribuer aux plus petits accipitres. De fait, la plus grande espèce de ce groupe, la buse pattue, est la plus inoffensive. Ces oiseaux se nourrissent principalement de souris, d'autre petits mammi fères, de reptiles et d'insectes ; et la taille d'un bon nombre de ces bêtes nuisibles est un témoignage du bien qu'ils font sur une très grande échelle.

337. La Buse à queue rousse, (red-tailed hawk). Buteo borealis. L, 20. Planche Xm A.

Traits distinctifs. C'est notre plus grand épervier commun; on le distingue ordinairement de tous les autres par sa taille. La buse pattue qui est de taiUe égale ou plus forte peut être, distinguée facilement par son tarse emplumé. Une large queue rouge est un signe distinctif chez l'adulte. Les jeunes ne varipnt que très peu d'avec les buses à manteau rouge du même âge mais plus gros. A part cela, la différence la plus frappante entre les deux c'est l'absence de rouge ctez cette espèce sur les épaules ou sur les couvertures supérieures des ailes et la présence d'une surface à peu près circulaire, sans taches, sur la poitrine.

Indications sur le terrain. On peut spécifiquement reconnaître les adultes sur le terrain par leur queue rouge, et tous les âges, génériquement par le profil, propre aux buses, des courtes ailes et de la large et ample queue arrondie. Les jeunes seulement peuvent être pris pour des buses à manteau roux, et c'est probablement par leur poitrine blanche et leur cri qu'on peut mieux les distinguer de celles-ci. Le chant de la buse à manteau roux est identique à certains cris du geai huppé. Les notes de celle-là sont semblables mais il y a une assez forte différence dans le timbre et dans l'exécution pour les reconnaître quand une fois on les a entendues.

Nid. Sur les hautes branches des arbres dans les grandes régions boisées.

Habitat. L'est de l'Amérique du Nord jusque près de la limite des régions boisées. Couve au Canada partout où il se trouve.

SOUS-ESPÈCES. La buse à queue rousse est représentée au Canada par plusieurs sous-espèces mais on ne trouve guère dans l'Est, que la forme typique, la buse à manteau rouge de l'Est.

La buse à queue rousse est un épervier timide et prudent. On la voit plutôt planer en grands cercles dans les régions élevées que près du sol. Elle exige pendant l'été des bois plus grands et plus sauvages que la buse à manteau rouge, bien que, comme cette autre espèce, elle chasse dans la contrée découverte du voisinage.

Valeur économique. Ce grand et magnifique oiseau occupe une position (Uscutable au point de vue de son utilité et cela dépend tellement des conditions locales et des caractéristiques personnelles de l'individu qu'on ne peut guère arriver, à son sujet, à une conclusion certaine et définitive. Sur 473 estomacs examinés, 54 contenaient des volailles ou oiseaux-gibiers; 51, d'autres oiseaux; 278, des souris; 131, d'autres mammifères; 37, des batraciens ou reptiles; 47, des insectes; 8, des écrevisses; 1, une mille-pattes; et 13, des restes. Parmi les autres mammifères, 16 étaient des lapins ou des éciureuils gris. Cela nous donne environ 121 aliments qui condamnent l'oiseau et 464 en sa faveur et il y en a 48 qui peuvent être considérés comme indifférents à part les 13 qui se composent de restes qui ne peuvent être comptés que comme favorables. Il faut aussi se rappeler en étudiant ces aliments que ceux de ces oiseaux qui se rapprochent le plus des fermes sont les plus exposés à se faire tirer et se faire examiner l'estomac. Il y a ainsi unfe certaine sélection défavorable contre l'ensemble de l'espèce dans le choix des témoignages.

D'une façon générale cette espèce est extrêmement utile et fait beaucoup plus de bien que de mal. Certains individus, cependant, prennent souvent l'habitude de visiter régulièrement la basse-cour. Ce sont presque toujours de jeunes oiseaux de l'année à la recherche d'une proie facile. Les vieux oiseaux sont ordinairement trop prudents pour s'aventurer ainsi. Il est évident que ces individus devraient être éliminés le plus tôt possible, mais on ne peut certainement pas soutenir qu'une espèce généralement utile devrait être systématiquement persécutée en raison des méfaits de quelquesuns. En économie omithologique c'est une bonne règle à suivre, quand les témoignages sont à peu près également divisés, que d'accorder à l'oiseau le bénéfice du doute.

339. La Buse à manteau roux. (RE]>-eHouu>ER£o hawk). Buteo lineatua. L, 18-30. Planche XIII B.

Traits distinctifs. Parties inférieures rougeâtres des adultes. Le plumage des jeunes peut être semblable à celui de la buse à queue rouge, mais leur plus petite taille et la présence d'au moins une indication de teinte rougeâtre sur les épaules ou les couvertures et les mouchetures au milieu de la poitrine faciliteront la distinction.

Indications sur le terrain. Avec son profil caractéristique de buse et ses habitudes, elle n'est guère susceptible d'être confondue avec aucune espèce autre que la buse à queue rouge. L'absence de queue rouge et la teinte rougeâtre des parties inférieures feront reconnaître les adultes. Pour ce qui est des jeimes, le chant et la taille sont probablement les indications les plus sûres. Le chant de cette espèce ressemble tellement à certains cris du geai huppé qu'on ne peut les différencier qu'avec difficulté. Les cris aigus de la buse à queue rouge sont de même nature mais très faciles à distinguer.

Nid. Sur les arbres, à une hauteur de 35 à 75 pieds de terre.

Habitat. Dans tout l'est de l'Amérique du Nord jusqu'aux limites des légions habitées. Couve partout où on la trouve au Canada.

SOUS-ESPÈCES. On reconnaît plusieurs sous-espèces de la buse à manteau roux mais une seule, l'oiseau type, la buse à manteau roux de l'Est se rencontre dans l'est du Canada.

C'est probablement l'épervier le plus répandu dans l'est du Canada. Il a les mêmes habitudes que la buse à queue rouge, sauf qu'il ne recherche pas les bois profonds pour y faire son nid, qu'il pourra construire dans n'importe quel petit bois, quelquefois à une surprenante proximité des habitations.

Valeur économique. Cette espèce est, dans le fond, très semblable, quant à son régime alimentaire, à la buse à queue rouge, mais comme elle est plus petite et plus légère elle peut faire proportionnellement moins de tort,

tandis que les services qu'elle peut rendre sont à peu près sans mélange. Sur 206 estomacs examinés, 3 contenaient de la volaille; 12, d'autres oiseaux; 102, des sourîs; 40, d'autres mammifères; 20, des reptiles; 30, des batraciens (grenouilles, etc.); 92, des insectes; 16, des araignées; 7, des écrevisses; 1, un ver de terre; 2, des restes de table; et 3, du poisson. On peut ainsi voir que sa nourriture est très variée. Il est difficile de décider si les musaraignes, grenouilles, reptiles et araignées doivent être comptés comme condamnant l'espèce, mais le grand nombre des souris et d'insectes contre 3 aliments se composant de volailles et 12 d'autres oiseaux, suffit évidemment à exonérer cette espèce de l'accusation de faire beaucoup de tort.

342. La Buse de Swainson. (swainson's hawk). Bideo swainsoni. L, 20. Â peu près de la même taille que la buse à manteau rouge. Elle peut se présenter sous une phase soit presque noire, soit plus claire, soit entre les deux. Le plumage clair caractéristique laisse voir un dos, une tête et des parties supérieures uniformément bruns, des parties inférieures blanches avec une bande lie de vin sur la poitrine et de légères indications de bandes de même couleur sur les flancs.

Traits distinctifs. Beaucoup d'oiseaux ont l'extrémité de leurs primaires réduites en largeur comme si on avait taiUé le bord avec un canif. Chez cette espèce, les trois primaires extérieures sont ainsi atténuées ou émargées. Chez la buse à manteau roux avec laquelle on pourrait confondre certains plumages, quatre des primaires sont ainsi émargées.

Habitat. Les provinces des prairies et les régions à l'ouest. Au nord jusqu'aux régions polaires s'aventurant quelquefois jusqu'aux grands lacs des régions inférieures.

L'espèce n'apparaît dans l'Est que comme un traînard venant de l'Ouest; il faudra beaucoup de précaution pour l'identifier. Bien que ce soit un oiseau de proie, il ressemble trop aux espèces précédentes et se voit trop rarement pour mériter une description détaillée.

343. La Buse de Pensylvanie. (broad-winged hawk). Buteo plalyptencs. L, 15'89. La plus petite de nos buses. Adulte: brun aux parties supérieures, parties inférieures toutes rayées de brun rougeâtre et de blanc d'une façon plutôt irrégulière. Jeunes : parties supérieures brunes plus ou moins tachetées de blanc; aux parties inférieures, bandes blanches et brunes sur la poitrine jusqu'à la gorge, et rayures sur les flancs et les pattes.

Traits distinctifs. Les jeunes de cette espèce se distmguent des jeunes buses à manteau roux par leur taille. L'espèce se distinguera, tant d'avec celle-ci que d'avec l'épervier de Cooper avec lequel elle peut aussi être confondue, par ses trois primaires atténuées ou émargées au lieu de quatre. {Voir l'espèce suivante).

Indications sur le terrain. La taille, la coloration générale des adultes, et son cri allongé, aigu, ressemblant au grincement prolongé que fait la charnière rouillée d'une porte de grange, sont de bons signes pour la reconnaître.

Nid. Sur les arbres, à une hauteur de 25 à 70 pieds.

Habitat. L'est de l'Amérique du Nord jusqu'aux limites des régions habitées. Couve par endroits dans l'est du Canada, dans toutes les parties de l'Ontario sauf les plus méridionales et très loin au sud dans la vallée du Mississipi.

N'habite que certains endroits et préfère les régions les plus sauvages.

Valeur économique. Sur 57 estomacs examinés, 2 contenaient des petits oiseaux; 15, des souris; 13, d'autres mammifères; 11, des reptiles; 13, des batraciens (grenouilles, etc.); 30, des insectes; 2, des vers de terre; 4, des écrevisses. Sans pousser plus loin l'examen, ces données sont suffisantes pour exonérer cette espèce de tout blâme.

Genre — Archibuteo. Buse pattue d'Amérique.

347a. La Buse pattue d'Amérique, (hough-legged hawk). Archibuteo lagopus sancti-johannis. L, 22. Le plus grand de nos vrais éperviers. D se présente sous deux aspects: l'un tout foncé, presque noir, et l'autre clair, d'une variété presque infinie de nuances et de dessins; il y a aussi toutes les phases intermédiaires. La forme la plus

commune a les parties supérieures brunes plus ou moins mêlées de jaune d'ocre, particulièrement autour de la tête, et les parties inférieures jaune d'ocre avec large bande foncée sur l'abdomen et des rayures éparses sur la poitrine et la gorge. C'est à cause du tarse emplumé jusqu'aux doigts que cet oiseau est ainsi nommé, et c'est là un trait caractéristique du genre.

Traits distincHfs. On la distingue par sa forte taille et son tarse emplumé jusqu'à la base des doigts.

Indications sur le terrain. Forte taiUe, larges amas noirs sur les parties inférieures, queue blanche à la base (le croupion n'est pas blanc) et taches noires très visibles sur la surface inférieure de l'aile.

Nid. Dans l'extrême nord, elle niche à terre sur les bancs rocheux ou sur les arbres.

Habitat. Habite, en tant qu'espèce, les parties du nord de l'hémisphère boréal. Le représentant américain se rencontre depuis le Mexique jusqu'aux régions polaires. Couve dans les terrains incultes ou du voisinage.

SOUS-ESPÈCES. La buse pattue est représentée dans l'ancien et le nouveau continent par deux sous-espèces. Celle qui est propre à l'Amérique est la buse pattue d'Amérique A. l. sanc^i-jo/iannis et se distingue de celle d'Europe et d'Asie par sa couleur légèrerement plus pâle ^t la plus grande rareté, chez cette espèce, de La phase noire.

Ce grand épervier n'est que passager dans les régions habitées du Canada et les terres incultes du nord. C'est un oiseau des grands marais et on peut le voir voleter au-dessus des prés jusqu'à une heure avancée delà nuit à peu près comme le busard des marais. On le voit ordinairement, cependant, dans les hautes région^j fa,ire de nombreuses évolutions en cercles interrompus par des pauses pour retrouver son chemin vers les lieux de nidification. En raison du dichromatisme de l'espèce il faut s'attendre à trouver chez elle une variété infinie de plumages.

Valeur économique. Bien que ce soit notre plus grand épervier, c'est l'oiseau le moins malfaisant. Sur 47 estomacs examinés, 40 contenaient des souris; 5, d'autres mammifères; 1, un lézard; 1, était vide. Un pareil résultat suffit pour condamner la destruction générale des éperviers. Les pieds de la buse pattue sont faibles et incapables de retenir une grosse proie; c'est donc un épervier chasseur des souris par excellence. Il se nourrit également de sauterelles et l'on sait qu'il a largement contribué à supprimer les fléaux occasionnés par ces insectes destructeurs.

Genres — Aquila et Haliœtus. Aigles.

Les aigles sont nos plus grands oiseaux de proie. La taille seulement les distingue des éperviers. Tout oiseau de proie de plus de 30 pouces de long et de 6 pieds d'étendue est un aigle. Contrairement à l'idée répandue, l'aigle ne compte pas parmi ce qu'on appelle les oiseaux de proie nobles. C'est tout simplement une buse de taille démesurée. Il se nourrit en grande partie de grosses proies mais il est rarement funeste aux intérêts de l'homme. Dans certaines régions il est quelquefois une menace pour les jeunes agneaux mais, dans l'est du Canada, on peut les considérer plutôt comme nettoyeurs de déchets qu'autrement, puisqu'ils n'enlèvent presque rien qui soit de valeur économique et qu'ils se nourrissent principalement de restes.

349. L'Aigle doré, (golden eaqle). Aquila chrysaëtos. L, 30. Un grand aigle brun foncé, la tête saupoudrée de jaune d'ocre, ce qui fait qu'on l'appelle doré, et la première moitié de la queue ornée de barres grisâtres sur un blanc terne. Tarses emplumés jusqu'aux doigts.

Traits distinctifs. L'aigle doré est entièrement différent de l'aigle à tête blanche adulte, mais très semblable au jeune de cette espèce. On peut toujours, cependant, quel que soit le plumage, le reconnaître à son tarse emplumé, l'aigle à tête dorée ayant toujours des pattes nues d'un jaune brillant.

Nid. Sur les rochers, les saillies rocheuses ou sur les arbres.

Habitat. Dans la zone tempérée des deux hémisphères. En Amérique, il habite toute la partie nord, sauf l'extrême nord, et va au sud jusqu'au Mexique dans les plaines et les montagnes occidentales et sur les hautes terres de l'Est. Ne fréquente qu'accidentellement la région des grands lacs.

L'aigle doré est trop rarte dans l'est du Canada pour qu'on s'y arrête longuement dans cet ouVrage. C'est un oiseau magnifique et comme, de sa nature, il est moins porté à enlever des animaux ou des déchets, il s'adapte mieux dans la conception populaire que l'aigle à tête blanche, au titre de roi des oiseaux.

Valeur économique. Le point de vue économique de cet oiseau doit être considérablement influencé par les conditions locales. Il se nourrit surtout de mammifères et sa forte taille lui permet d'en enlever qui sont d'un poids considérable. Ce sont principalement des animaux sauvages, tels que marmottes, lapins et rongeurs malfaisants, mais il enlève de préférence les animaux nouveau-nés. Dans les régions de l'Ouest où l'on élève des moutons, les dégâts occasionnés par un certain nombre d'aigles dorés peuvent être sérieux, mais ils ne le sont jamais dans l'Est. Heureusement l'espèce est trop rare dans l'est du Canada, pour qu'on trouve beaucoup à redire; de fait, c'est à peine si l'on rencontre en moyenne un seul individu dans une année. On pourra donc voir apparaître l'un de ces magnifiques oiseaux dans l'Est plutôt avec plaisir qu'avec crainte. Par occasion, cette espèce pourra se repaître de chair corrompue mais ne semble pas exiger cette nourriture comme son congénère l'aigle à tête blanche.

352. L'Aigle à tête blanche, (baldeagle). Haliœeteusleucocephalus. L, 32-85. L'adulte est d'un brun foncé avec la tête, le cou et la queue de couleur blanche. Les jeunes sont tout bruns avec plus ou moins d'indices, suivant l'âge, des parties qui deviendront blanches.

Traits distinctifs. Bien que le plumage du jeune oiseau soit semblable à celui de l'aigle doré on pourra toujours le reconnaître, l'identifier à ses pattes jaunes et sans plumes.

Indications sur le terrain. Le profil de l'aigle et sa taille sont très caractéristiques quand on les coimalt bien. Le grand bec recourbé, le culmen qui s'avance en ligne droite avec la couronne et qui remplit toute la surface du front sont très apparents et tout de suite reconnaissables. Le blanc de la tête et de la queue sont des signes infaiUibles pour reconnaître l'adulte et, en raison de la grosseur des détails, on distinguera les jeunes d'avec l'aigle doré plus facilement qu'on ne serait porté à croire. Le ton fauve doré sur le haut du cou chez l'aigle doré est très en évidence tandis qu'il ne se voit pas chez l'aigle à tête blanche. La queue blanchâtre ou mouchetée laisse voir par en dessous une pointe terminale qui forme un perceptible contraste avec sa base, variant de 2 à 4 pouces de profondeur, suivant l'âge; tandis que la queue du jeune aigle à tête blanche est entièrement d'un blanc sale avec peu ou pomt de bande terminale distincte, mais présentant à tout âge un aspect uniformément moucheté. Tout aigle remarqué dans l'est du Canada doit être provisoirement reconnu comme un aigle de cette espèce, à moins qu'il n'y ait des raisons claires et concluantes pour que ce soit un aigle doré.

Habitat. Dans tous les Etats-Unis et le Canada, sauf sur les côtes extrêmes des régions polaires.

SOUS-ESPÈCES. Il y a deux sous-espèces dont une seule, l'aigle doré du nord, H. l. alascanus, a été rencontrée jusqu'à présent au Canada. La race typique habite plutôt le Sud.

Tandis que l'aigle doré est un hôte typique des montagnes et des plateaux, l'aigle à tête blanche est un oiseau de rivage et se rencontre rarement loin de l'eau. Bien qu'il fût autrefois une espèce typique des cooti-ées de l'Est il est devenu tous les ans plus rare, et à l'heure qu'il est c'est tout un événement quand on en aperçoit un. L'aigle à tête blanche est une espèce à peu près inoffensive. Le dommage qu'il cause est insignifiant et à titre d'élément sauvage caractéristique de nos paysages lacustres cet oiseau pittoresque devrait être conservé.

Valeur économique. Sur 15 estomacs examinés, 1 contenait du gibier; 5, des mammifères ; 9, du poisson; et 2, de la chair corrompue. En examinant ces données, il est à remarquer que les 6 estomacs contenant des mammifères et du gibier étaient des spécimens d'hiver et, à l'exception d'un seul, furent pris à une certaine distance de l'eau. Si les spécimens étudiés fussent provenus des lieux de nidification en été, les mammifères et oiseauxgibiers eussent probablement été remplacés par du poisson, car c'est surtout de cet aliment que se nourrit l'oiseau. Il s'en nourrit de diverses façons. Il plonge pour atteindre le poisson à la vraie manière de l'orfraie quand c'est nécessaire, mais d'habitude il le ramasse mort sur le rivage ou bien, là où les orfraies sont communes, il les lui enlève de force. Pour arriver à cette fin, il poursuit et tourmente l'oiseau pêcheur jusqu'à ce qu'il lâche sa proie que l'aigle, rapide comme l'éclair, attrappe dans l'air et emporte en triomphe. L'aigle à tête blanche n'est pas d'habitude aussi habile à ce manège que les oiseaux plus rapides, mais il est prompt à se saisir des canards ou autres oiseaux-gibiers blessés ou meurtris dans les marais. Quand l'occasion se présente, l'aigle à tête blanche mange volontiers des restes.

On reconnaîtra qu'un nombre raisonnable de ces aigles ne peut être une grande menace pour l'humanité. Ils s'attaquent rarement à la volaille. Le poisson qu'ils prennent n'est qu'une bagatelle, se composant surtout de déchets ou du surplus d'une grande abondance. Ils font beaucoup de bien comme enleveurs de déchets et dans l'Est surtout doivent être plutôt encouragés que réprimés.

FAMILLE FALCONIDiE. FAUCONS ET CARACARAS.

La famille des falconidés comprend deux sous-familles: les faucons \rrais, Falconidœ, et les caracaras, Polyborinœ. Cette dernière sous-famille labite le Sud et il n'a été trouvé au Canada qu'un seul caracara.

Sous-famllle. — Falconinae. Faucons vrais.

Les faucons étaient désignés par les anciens fauconniers sous le nom l'oiseaux de proie nobles ou aux grandes ailes et, en raison de leur vigueur, le leur force et de leur adresse, c'étaient les oiseaux préférés pour la chasse, jeurs longues ailes leur donnent une grande rapidité, qu'une longue enduance leuir permet de maintenir. Ils sont hardis et puissants et fondent sur eur proie pour la saisir quand c'est possible, mais, contrairement aux .ccipitres, ils ne se découragent pas s'ils ont manqué leur coup. Leur preaière idée est de s'élever au-dessus de leur proie, ce qu'ils font au moyen ['une longue ascension en spirale. Une fois au-dessus de leur proie, ils ondent dessus et la frappent en même temps de leurs puissantes serres.

Le vol du faucon est très reconnaissable, il avance par coups rapides de es ailes pointues, ne plane que très peu. Vue de près, la mandibule upérieure pourvue d'une dent, distingue toujours le faucon des autres éperiers. Par bonheur, il n'y a que les plus petits et les plus inoffensifs de cette Dus-famille qui soient communs dans les régions cultivées, et ceux que leur lille rend redoutables sont ou très rares ou ne fréquentent que l'extrême ord où leurs déprédations ne peuvent du tout nuire aux cultivateurs. lême ceux qui apparaissent parfois dans les régions cultivées sont généra- :ment sauvages et assez prudent6 pour se tenir éloignés du voisinage imméiat des habitations.

Genre — Falco. Faucons Sous-genre — Hierofàko. Faucons.

Faucons.

Description générale. Grands rapaces de 20 à 22 pouces de longueur, ordinairement d'une coloration très blanche, quelquefois presque noire. Leur forte taille distingue ces oiseaux de tous les autres de la sous-famille.

Les fauccMis étaient très hautement prisés pour la chasse par les anciens fauconniers et, suivant les lois restrictives de l'époque, leur usage était réservé aux personnages du plus haut rang. Ils possèdent à la fois toute l'ardeur et l'endurance des petites espèces avec une plus forte taille et plus de vigueur; c'est pourquoi ils étaient utilisés pour le plus gros gibier qui pouvait se chasser avec des oiseaux. Les faucons habitent l'extrême nord du Canada et sont très rares dans les contrées habitées pu dans les terrains de chasse, sans quoi il faudrait probablement leur livrer une guerre d'extermination, car ce sont incontestablement de terribles destructeurs.

Il y a, au Canada, deux espèces. Elles habitent les régions polaires et se présentent dans les parties boréales de l'ancien et du nouveau continent.

353. Le Faucon blanc, (white gyhpalcon). Falco islandus. L, 22. Un très grand faucon, presque tout blanc avec quelques petites taches distinctes d'un brun clair.

Traits distinctifs. La blancheur prédominante et l'absence de taches sous les couvertures des ailes distingueront cette espèce de la suivante. Sa forte taille et ses caractéristiques visibles de faucon le feront tout de suite reconnaître.

Nid. Sur des saillies rocheuses.

Habitat. Les régions polaires. Couve dans le Groenland et les contrées voisines en Amérique. Ne se montre que par occasion dans les parties habitées du Canada.

Aucun des faucons n'est commun dans les régions habitées du Canada, c'est pourquoi nous ne les étudieronr pas en dé'cail.

354a. Le Faucon noir, (gyrfalcon). Falco rusticolus. L, 20. De même taille que le faucon blanc mais d'une coloration beaucoup plus foncée, parties supérieures brun ardoisé, plus ou moins bordées ou rayées de crème ou de blanc. Tête et parties inférieures blanches ou blanc de crème rayé de noir.

Traits distinctifs. Chez le faucon blanc, c'est de beaucoup le blanc qui domine, tandis que chez le moins foncé de cette espèce le blanc et le brun ardoisé sont à peu près également répartis et, chez le plus foncé, c'est le brun qui l'emporte de beaucoup. Les couvertures inférieures de la queue sont toujours quelques peu rayées.

Nid. Sur les rochers ou sur les arbres.

Habitat. Les régions polaires de l'hémisphère boréal; ne fréquente qu'accidentellement les régions cultivées.

SOUS-ESPÈCES. Le représentant américain de cette espèce a été divisé en trois sous-espèces ou races géographiques, basées sur le degré de coloration foncée, le faucon gris, F.r. rusticolus; l'oiseau type, le faucon, F. r. gyrfako; et le faucon noir, F. r. obsoletus. Certaines de ces subdivisions sont peut-être basées sur les plumages propres à l'âge ou sur la variation chez les individus et seront peut-être trouvées inutiles. Les divers noms se rattachent aux différences de couleur. Le premier a la tête largement rayée de noir sur un fond presque blanc, le deuxième a la tête presque complètement foncée et le foncé du dos est bordé d'une large bande plus claire, et le troisième a le dos presque noir et les parties inférieures si fortement rayées qu'elles sont presque noires.

356. Le Faucon pèlerin, (pebegrine falcon). Falco veregrinus. L, 16-50. Planche XIV A. ^^ ,

Traits distinctifs. La coloration représentée planche XIV A, la taille comparative et son véritable bec et son aile de faucon doivent servir à faire reconnaître cet oiseau.

Indications sur h terrain. Ses longues ailes de faucon, sa coloration et sa taille sont caractéristiques. Son vol est aussi facile à reconnaître: il bat rapidement des ailes sans beaucoup planer.

Nid. Habituellement sur des bancs de saillies rocheuses, parfois dans des branches creuses des grands arbres.

Habitat. Il habite dans la plupart des régions polaires et tempérées de l'hémisphère boréal, n'étant commun nulle part mais vivant par couples isolés et retournant au même endroit tous les ans.

SOUS-ESPÈCE. Le faucon du nouveau monde qui porte le nom de faucon pèlerin est le seul représentant de l'espèce qui se rencontre dans l'Amérique orientale.

Le représentant américain de cette espèce est une sous-espèce du fameux faucon pèlerin de l'ancien continent, qui, après le faucon proprement dit, était l'oiseau de chasse le plus recherché par les fauconniers, et notre faucon pèlerin est presque impossible à distinguer de l'oiseau européen. Bien qu'il se rencontre dans toute la majeure partie de l'hémisphère boréal, il est partout rare et n'apparaît que comme visiteur ou reproducteur casuel.

Valeur économique. On est étonné de la taille de la proie dont peut s'emparer cet oiseau. On l'a vu souvent abattre même un canard ordinaire pesant quelquefois trois fois autant que le faucon. L'auteur de cet ouvrage a trouvé autour d'un nid dans le district de Muskoka, les restes de plusieurs gelinottes de taille normale qui ont dû être transportées là de toute pièce. Un examen du contenu des estomacs de 16 spécimens ont donné les résultats suivants: 7 contenaient des volailles ou oiseaux-gibiers; 9, d'autres oiseaux; 1, des souris; et 2, des insectes. Heureusement il est pour luimême aussi prudent que plein de vie. Les adultes se cantonnent ordinairement dans les champs et les marais où ils ne peuvent causer directement que peu de dommages.

Sous-genre. Tinnuncuius. Faucons des pigeons.

357. Le Faucon des pigeons, l'émerillon. (pigeon hawk). Falcocolumbarius. L, 10. Un petit faucon. Adulte mâle: bleu ardoisé foncé en dessus, plus bleu sur le bas du dos et le croupion. Partie inférieure rayée de brun sur un fond jaune d'ocre, les rayiu'es se réunissant légèrement sur le bas de la poitrine. Jeunes: semblables, sauf que le dos est brun au lieu de bleu ardoisé. Adultes femelles: entre les deux.

Traits distinctifs. Caractères du faucon vrai: la prédominance de coloration foncée et la petite taille de ce rapace sont caractéristiques.

Indications sur le terrain. Le vol et le profil du faucon, avec sa petite taille et sa couleur foncée, sont des signes distinctifs.

Nid. Dans les branches creuses des arbres ou sur des bancs de rochers.

Habitat. Toute l'Amérique du Nord jusqu'au nord de l'Amérique du Sud. Couve au sud jusqu'aux confins des régions cultivées dans l'est du Canada.

SOUS-ESPÈCES. Il y a plusieurs sous-espèces du faucon des pigeons au Canada, mais on ne rencontre dans l'Est que l'oiseau type, le faucon des pigeons de l'Est.

Au point de vue de la vie et de l'activité c'est une miniature du faucon pèlerin, mais il est beaucoup plus commun qu'aucun des faucons précités. On dressait aussi cette espèce pour la fauconnerie royale.

Valeur économique. Ainsi que l'indique son nom, le faucon des pigeons s'attaquait probablement beaucoup aux pigeons sauvages. De nos jours, cependant, il poursuit ordinairement le petit gibier. Sur 51 estomacs examinés, 2 contenaient des jeunes poulets; 41, des petits oiseaux; 2, des souris; et 16 des insectes. On verra d'après ce résultat que le faucon des pigeons est funeste aux petits oiseaux sauvages, mais trop petit pour nuire sérieusement à l'éleveur de volailles. Il poursuit souvent les oiseaux de rivage et semble particulièrement friand du pluvier à ventre noir. Bien que plus répandu que le faucon pèlerin il n'est encore nulle part un oiseau commun.

■ 28588— lOi

Sous-genre — Cerchneis. Crécerelles.

360. Le Faucon -épervler. (AMERICAN spareow hawk). Faîco sparveritis. L, 10. Planche XIV B.

Traits disUnctifs. La coloration de cet oiseau le rend impossible à confondre avec aucune autre espèce.

Indications sur le terrain. Avec son profil de faucon et sa petite taille on ne peut le prendre pour aucun oiseau sauf peut-être le faucon des pigeons. Sa forme plus svelte et sa plus longue queue le différencieront tout de suite quand ses vives couleurs ne sont pas perceptibles.

Nid. Dans des trous de pics abandonnés ou des cavités naturelles de bois mort.

Habitat. La majeure partie de l'Amérique du Nord, à partir des régions habitées jusqu'au golfe du Mexique. Couve partout où il se trouve au Canada.

SOUS-ESPÈCES. Deux sous-espèces de faucon-épervier sont reconnues au Canada, mais seulement l'oiseau type, le faucon-épervier de l'Est, se rencontre dans l'Est.

C'est le seul faucon qui soit commun en ce pays. C'est un magnifique oiseau, c'est lui qui de tous nos oiseaux de proie possède les couleurs les plus vives. Il chasse en plein champ et ses points d'observation préférés sont sur les plus hautes branches mortes d'arbres solitaires dans les champs ou sur les lisières des prés; dès qu'il aperçoit sa proie il hésite un moment en battant rapidement des ailes, comme un martin-pêcheur, et alors il se précipite sur sa proie.

Le nom de faucon-épervier devrait plus proprement s'appliquer à l'épervier brun; c'est ce que l'on reconnaît dans l'ancien continent où le nom de faucon-épervier s'applique à un petit accipitre qui se rapproche beaucoup de cette espèce. Faucon des sauterelles serait un nom qui désignerait beaucoup mieux cet oiseau, puisqu'il se nourrit en grande partie de ces insectes. Quand on le prend jeune dans son nid, ce petit faucon s'apprivoise facilement.

Valeur économique. Bien que ce soit un épervier, cet oiseau est l'un des plus actifs et efficaces protecteurs de la ferme. Sur 291 estomacs examinés, 1 contenait un oiseau-gibier (caille) ; 53, d'autres oiseaux; 89, des souris; 13, d'autres mammifères; 12, des reptiles ou batraciens (grenouilles, etc.); 215, des insectes; et 29, des araignées. Sur les oiseaux examinés, 43 furent pris pendant les mois d'hiver entre décembre et avril. Parmi les spécimens pris au cours de la saison pendant laquelle il y a des insectes, 10 estomacs seulement contenaient des oiseaux, ce qui prouve que ce faucon détruit les oiseaux plutôt par nécessité que par goût. Les «autres mammifères» sont surtout des rongeurs malfaisants avec seulement quelques écrevisses. Les insectes sont ordinairement des sauterelles qui font beaucoup de mal et dont il est difficile de se débarrasser. D'après ce témoignage il edi évident que le fa^ucon-épervier est bienfaisant et devrait être protégé.

FAMILLE — PANDIONIDiE. BALBUZARDS, AIGLES-PÊCHEURS.

Les balbuzards ou aigles-pêcheurs forment une famille de rapaces se nourrissant entièrement de poissons, qu'ils capturent en plongeant en eau peu profonde. Il y a d'autres oiseaux qui mangent du poisson, mais ce sont ordinairement des poissons morts ou arrachés à des oiseaux pêcheurs. Comme il n'y a qu'une seule espèce d'aigle-pêcheur en Amérique il sera inutile d'en étudier la famille.

Genre — Pandion. Balbuzards.

364. Le Balbuzard d'Amérique. l'obfhaie d'amémqtie, l'aigi^-pêchetjr (osprey). Pandion haliaëltts carolinensis. L, 23-10. Planche XV A.

Traits distinctifs. La coloration de l'orfraie est tout à fait caractéristique. Ses pattes bleu pâle et ses pieds recouverts d'écaillés hérissées particulièrement sur la plante et les serres sont des caractères distinctifs.

Indications sur le terrain. L'envergure de cet oiseau est telle qu'on le prend souvent pour un aigle. Il est cependant beaucoup plus petit qu'aucun des aigles et il se distingue de ceux-ci par le blanc de ses parties inférieures.

Nid. Se compose d'un gros amas de bûchettes sur les arbres ou à terre, et comme il est augmenté d'année en année, il devient parfois de la taille d'une petite veillote.

Habitat. L'orfraie se rencontre dans la majeure partie de l'Europe, l'Asie, l'Afrique et dans le sud de l'Amérique jusqu'au nord de l'Amérique du Sud. Le balbuzard d'Amérique couve par endroits au Canada sauf dans les régions méridionales.

SOUS-ESPÈCES. L'orfraie qui habite et l'ancien et le nouveau monde est divisé en races sous-spécifiques dont le balbuzard d'Amérique est le représentant américain. Sa distinction d'avec le type européen est fondée sur des caractères trop subtiles pour être étudiée ici.

L'orfraie est un oiseau des plus pittoresques. Il plane en hauteur audessus de l'eau, s'arrête un moment, et puis fond soudainement, non pas comme une sonde, ainsi que fait le fou de Bassan, mais en décrivant une longue spirale et "vient s'abattre sur l'eau les pieds devant et les ailes redressées au-dessus du dos. On voit rejaillir en l'air une poussière blanche et l'oiseau remonte avec un poisson enfermé dans ses fortes serres. Les orfraies fréquentent les bas-fonds larges, les platières de marées et les baies peu profondes, plutôt que les endroits à eau profonde oii il faudrait compter sur la chance de trouver des poissons à la surface. Dans la région des grands lacs, l'espèce devient plus rare. Son gros nid massif augmente d'une année à l'autre jusqu'à ce qu'il atteigne des proportions telles qu'il devient un point de mire dans tout le voisinage et s'attire ainsi les attaques des dénicheurs d'oiseaux, de sorte que ce n'est maintenant que dans les endroits les plus retirés que cet oiseau peut couver en toute tranquillité. Il est encore assez répandu le long des côtes de l'Atlantique et du golfe Saint-Laurent, mais, à l'intérieur, il est rare.

Valeur économique. Lors même que l'orfraie se nourrit entièrement de poisson, l'antipathie qu'éprouve le pêcheur à son égard est plutôt exagérée. Comme il ne pêche qu'en eau peu profonde il ne prend que peu de poissons d'importance économique. Sur la côte c'est le carrelet, la petite morue ou tacaud et autres petites espèces qui constituent la majeure partie de sa nourriture. Sur les lacs d'eau douce c'est le crapet jaune, la perche et la carpe qui semblent composer son régime alimentaire. Le nombre de poissons gibiers ou de poissons marchands qu'il prend est incontestablement faible. Sur onze estomacs examinés, il n'y en avait pas un seul. Les truites de ruisseaux ne sont pas recherchées p&r cet oiseau et la plupart des poissons marchands tel que l'achigan et le brochet sont en eau trop profonde pour qu'il puisse les atteindre.

Page 1