‹ Les oiseaux de la province de Québec [microforme]Chapitre 38 sur 92 · PASSENGER PIGEON · texte numérisé non relu

PASSENGER PIGEON

Adulte 3. Parties supérieures et toute la tête, d’un bleu grisâtre, teinté de gris olive sur le dos et les ailes, avec quelques taches de noir sur ces dernières ; parties inférieures depuis le bec, d'un brun roux pourpré, plus pâle et se changeant graduellement au blanc sur le bas ventre et la région anale; dessus et côtés du cou à reflets dorés, violets et pourprés, de diverses nuances: les deux rectrices centrales noirâtres, passant au gris sur les suivantes, puis blanchissant sur les latérales : toutes les rectrices portent une tache noirâtre au bord intérieur, cette tache est précédée d'une autre rousse, à l'exception de celles du centre : bec noir ; iris rouge orangé. Longueur 15 %0-17,00 ; ailes 8.00-8.50 ; queue 8.20-8.75.

La ©, qui est plus petite que le £, lui ressemble, mais elle a ja tête et le dessous d'un gris jaunâtre, blanchissant sous le ventre : les reflets métalliques du cou sont moins prononcés.

Les jeunes oui ressemblent quelque peu à la ©, ont la tête, le cou, les scapulares, les couvertures des ailes et la poitrine maculés de blanchâtre ; le roux qui borde les rémiges est plus apparent.

Le Pigeon voyageur habitait autrefois par bandes innombrables, tout l’est de l'Amérique du Nord jusqu’à la baie d'Hudson, et à l’ouest jusqu'aux prairies. Ilne se voit plus maintenant, et bien rarement que dans la vallée du haut Mississippi. Quelques couples nichent probablement encore dans les régions boisées depuis le nord des Etats-

Jnis jusqu’à la baie d'Hudson et au Manitoba.

Les Pigeons voyageurs nichent en société sur les arbres et posent leurs nids quelquefois à une grande distance de terre et, lorsqu'ils étaient abondants, il n’était pas rare de rencontrer au delà de cinquante nids sur le même arbre. Le nid se compose d’un certain nombre de petites branches sèches entre-croisées. Sa ponte est de deux œufs blancs, quelquefois d’un seul. Ils mesurent r. 50 X I.00.

Le Pigeon voyageur, mieux connu sous le nom de Tourte, était autrefois très commun dans la province, du moins en certaines localités, à tel point qu’il dévastait les moissons, causant ainsi aux cultivateurs des dommages considérables. J'ai souvent entendu dire que les Tourtes étaient tellement nombreuses qu’elles s’abattaient par bandes innombrables dans les champs de grain qu’elles abimaïient ; aussi prenait-on tous les moyens possibles pour les

détruire, soit en les appâtant sous de grandes rets soit en les tuant au fusil.

Maintenant, et depuis un bon nombre d'années, elles sont, à bieri dire, totalement disparues de notre province ; les derniers spécimens que je me suis procurés ici remontent À plus de vingt ans; ils avaient été tués dans la forêt en arrière de Charlesbourg, et depuis, il ne m'a plus été possible de m'en procurer. Pourtant la Tourte se voyait encore en grandes bandes jusqu’en 1875, dans plusieurs paroisses du côté sud du fleuve, entre autres À Trois-Pistoles, St-Paschal, St-Philippe de Néri, Mont-Carmel, St-Nicolas, etc. On m'a dit même que dans cette dernière paroisse en 1875, dans un seul coup de rets, on en avait capturé plus de dix douzaines ; cette capture était sans doute extraordinaire, et ceci n’arrivait pas souvent même dans le temps où elles étaient si nombreuses, mais ce fait n’en prouve pas moins leur grand nombre encore à cette époque.

Comme cette espèce marche À grands pas vers son extinction et ne sera plus bientôt qu’une chose du passé, il sera sans doute intéressant de reproduire ici ce que dit Audubon, sur son nombre prodigieux, sur ses habitudes et le massacre que l'on en a fait aux Etats-Unis. Voici ce qu'il dit:

“ La grande force de leurs ailes leur permet de parcourir et d'explorer, en volant, une immense étendue de pays dans un très court espace de temps. Cela est prouvé par des faits bien connus en Amérique. Ainsi des pigeons ont été tués dans les environs de New-Vork, ayant le jabot encore plein de riz qu’ils ne pouvaient avoir pris, au plus près, que dans les champs de la Géorgie et de la Caroline. Or, comme leur digestion se fait assez rapidement pour décomposer entièrement les aliments dans l’espace de douze heures, il s'ensuit qu’ils devaient, en six heures, avoir parcouru de trois à quatre cents milles: ce qui montre que leur vol est d'environ un mille à la minute...

“ La multitude de ces pigeons dans nos forêts est véritablement étonnante ; à ce point que moi-même, qui ai pu les observer si souvent et en tant de circonstances, j'hésite encore et me demande si ce que je vais raconterest bien un fait; et pourtant je l'ai vu, je lai bien vu, et cela dans la

Compagnie de personnes qui, comme moi, en restèrent frappées de stupeur.

“ Pendant l'automne de 1813, je partis de Henderson oùfjhabitais, sur les bords de l'Ohio, me dirigeant vers Louisville. En traversant les landes qu’on trouve à quelques milles au delà de Hardensbourg, je remarquai des pigeons qui volaient du nord-est vers le sud-ouest èn si grand nombre, que je n'avais jamais rien vu de pareil, Voulant compter les troupes qui pourraient passer À portée de mes regards dans l’espace d’une heure, je descendis de cheval, nassis sur une éminence, et commençai à faire avec mon crayon un point à chaque troupe que j'apercevais. Maïs bientôt je reconnus qu’une pareille entreprise était impraticable, car les oiseaux se pressaient en innombrables multitudes. Je me levai, comptai les points qui étaient Sur mon album; il y en avait 163 de marqués en vingt-etune minutes ! Je continuai ma route, et plus j’avançais, plus je rencontrais de pigeons. L'air en était littéralement rempli, la lumière du jour, en plein midi, s'en trouvait obscurcie comme par une éclipse; la fiente tombait semblable aux flocons d’une neige fondante, et le bourdonnement continu des ailes m'étourdissait et me donnait envie de dormir.

‘* Je m’arrêtai, pour diner à l'hôtel de Young, au confluent de la rivière Salée avec l’Ohio; et de là, je pus voir à loisir d'immenses légions passant toujours sur un front qui s’étendait bien au delà de l'Ohio, dans l’ouest... ,

“ Je renonce à vous décrire ‘admirable spectacle qu’offraient leurs évolutions aériennes lorsque, par hasard, un faucon venait à fondre sur l’arrière-garde de l’une de leurs troupes ; tous à la fois, comme un torrent et avec un bruit de tonnerre, ils se précipitaient en masses compactes, se pressant l’un sur l’autre vers le centre; et ces masses solides dardaient en avant en lignes brisées ou gracieusement onduleuses, descendaient et rasaient la terre avec une inconcevable rapidité, montaient perpendiculairement de manière à former une immense colonne; puis, À perte de vue, tournoyaient, en tordant leurs lignes sans fin qui représentaient la marche sinueuse d'un gigantesque serpent.

“Avant le coucher du soleil, j'atteignis Louisville,

éloignée de Harsdenbourg de cinquante-cinq milles ; les pigeons passaient toujours en même nombre, et continuèrent ainsi pendant trois jours sans cesser. Tout le monde avait pris les armes... Des multitudes furent détruites...

“11 ne sera peut-être pas hors de propos de donner ici un aperçu du nombre de pigeons contenus dans l'une de ces puissantes agglomérations,et de la quantité de nourriture journellement consommée par les oiseaux qui les composent. Cette recherche nous prouvera une fois de plus avec quelle étonnante bonté le grand Auteur de la nature a su pourvoir au besoin de chacun des êtres qu'il a créés.—Prenons une colonne d’un mille de large, ce qui est bien au-dessous de la réalité, et concevons-la passant au-dessus de nous, sans interruption, pendant trois heures, à raison également d'un mille par minute; nous aurons ainsi un parallélogramme de cent quatre-vingts milles de long sur un de large. Supposons deux pigeons par mètre carré, le tout donnera un billion cent quinze millions cent cinquante-six mille pigeons par chaque troupe; et comme chaque pigeon consomme journellement une bonne demi-pinte de nourriture, la quantité nécessaire pour subvenir à cette immense multitude devra être de huit millions sept cent douze mille boisseaux par icur...

“Suivons-les jusqu'aux lieux qu’ils ont choisis pour leur nocturne rendez-vous. J'en sais un, notamment, digne de tout votre intérêt : c'est sur les bords de la rivière Verte et, comme toujours, dans cette partie de la forêt où il ya le moins de taillis et les plus hautes futaies. Je l'ai par- Couru sur un espace d'environ cinquante milles, et j'ai trouvé qu’il n'avait pas moins de trois milles de large. La première fois que je le visitai, les pigeons y avaient fait élection de domicile depuis une quinzaine, et il pouvait être deux heures avant soleil couchant lorsque j'y arrivai. On n’en apercevait encore que très peu ; mais déjà un grand nombre de Personnes, avec chevaux, charrettes, fusils et munitions, s'étaient installées sur la lisière de la forêt. Deux fermiers du voisinage de Russelsville distante de plus de cent milles, avaient amené près de trois cents porcs, pour les engraisser de la chair des pigeons qui allaient

être massacrés : çà et là on s’occupait à plumer et saler Ceux que l’on avait précédemment tués et qui étaient véritablement par Monceaux. La fiente, sur plusieurs pouces de profondeur, couvrait la terre. Je remarquai quantité d'arbres de deux pieds de diamètre, rompus assez près du sol; et les branches des plus grands et des plus gros avaient été brisées comme si l'ouragan eût dévasté la forêt, Enun mot, tout me prouvait que le nombre des oiseaux qui fréquentaient cette partie des bois devait être immense, au delà de toute conception. A moment où les pigeons devaient arriver

€ qui-vive, se préparaient à les recevoir. Les uns s'étaient munis de marmites de fer i

“Cependant le soleil était descendu sous l'horizon, et rien encore ne paraissait ! Chacun se tenait prêt, et le regard dirigé vers le clair firmament qu’on apercevait par échappées travers le feuillage des grands arbres...Soudain un cri général à retenti: « Les voici!” Le bruit qu’ils faisaient, bien qu'éloigné, me rappelait celui d’une forte brise de mer parmi les cordages d’un vaisseau dont les voiles sont ferlées. Quand ils passèrent au-dessus de ma tête, je sentis un courant d'air qui m’étonna. Déjà des milliers étaient abattus par les hommes armés de perches ; mais il continuait d'en arriver sans relâche, On alluma les feux et alors ce fut un spectacle fantastique, merveilleux et plein d’une magnifique épouvante, Les oiseaux se précipitaient par masses et se posaient où ils pouvaient, les uns sur les autres, en tas gros comme des barriques ; puis les branches, cédant sous le poids, craquaient et tombaient, entraînant par terre et écrasant les troupes serrées qui surchargeaient chaque partie des arbres. C'était une lamentäble scène de tumulte et de confusion. En vain aurais-je essayé de parler, ou même d’appeler les personnes les Plus rapprochées de moi, (Cest à grand’peine si l’on entendait les coups de fusil ; et je ne m'apercevais qu'on eût tiré, qu’en voyant recharger les armes, “ Personne n'osait s’aventurer an milieu du champ de Carnage. On avait renfermé les pores, et l’on remettait au

lendemain, pour ramasser morts et blessés ; mais les pigeons venaient toujours, et il était plus de minuit, que je ne temarquais encore aucune diminution dans le nombre des arrivants. Le vacarme continua toute la nuit...Enfin, aux approches du jour, le bruit s’apaisa un peu: et longtemps avant qu’on ne pût distinguer les objets, les pigeons commencèrent à se remettre en mouvement dans une direction tout opposée à celle par où ils étaient venus le soir, Au lever du soleil, tous ceux qui étaient capables de s'envoler avaient disparu. C'était maintenant le tour des loups, dont les hurlements frappaient nos oreilles : reuards, lynx, cou- SUATS, Ours, ratons, opossuris et fouines bondissant, courant, rampant, se pressaient à la curée...

“Alors, eux aussi, les auteurs de cette sanglante boucherie, commencèrent à faire leur entrée au milieu des morts, des mourants et des blessés. Les pigeons furent entassés par monceaux ; chacun en prit ce qu'il voulut ; puis on lâcha les cochons Pour se rassasier du reste.” (1)

Audubon nous dit encore qu'en 1805, il a vu des voiliers ayant une cargaison complète de pigeons, venir les décharger sur les quais de New-York où ils se vendaient un centin la pièce, et qu’en mars 1830, ils étaient si abondants sur les marchés de cette ville, qu’on en rencontrait païtout. En Pennsyl-anie, il a connu un individu qui en prit près de cinq cents douzaines en un seul jour. D'après ce qu’on vient de voir de ce nombre prodigieux de Tourtes, on comprend difficilement qu’elles soient disparues presques totalement dans un si court espace de temps. Il n’y a aucun doute que les terribles massacres que l’on en a fait et surtout les déboisements successifs des forêts où elles allaient nicher et se reposer, ont contribué à en diminuer graduellement le nombre jusqu’à sa disparition.

Genre ZENAIDURA, Bonaparte.

Bec faible et délié, beaucoup plus court que la tête ; ailes pointues ; queue graduée, aussi longue que les ailes, plus ou moins terminée en pointe et de quatorze rectrices,

(1) Audubon, Trad. de Bazin. Scènes de la nature dans les E..U. Vol. +: PP. 198-207.

Zenaidura Macroura, (LINN.) Ribcw. 316.

La Tourterelle de 1a Caroline.

MoURNING Dove,

Adulte 3, Parties supérieures d'un cendré bleuâtre, plis pur Sur le sommet de la tête et teinté d'olive brunâtre, avec quelques re noires et rondes sur ] es et les couvertures des ailes ête, i i

Les jeunes sont d'une teinte plus pâle encore.

La Tourterelle de la Caroline habite la région tempérée de l'Amérique septentrionale depuis la Nouvelle. Angleterre, le Manitoba et la Colombie britannique, jusqu’à Panama et aux Antilles.

Elle s’égare parfois au nord jusque dans notre pro-

vince. Cest ainsi que trois spécimens ont été tués à Godbout, un à St-Joachim, et un autre, près de Québec, ce dernier à l'automne de 1887.

; De bonne heure au printemps, elle se construit un nid grossier, composé de petites branches et de quelques brins d'herbe ; elle le pose soit dans l'angle de deux branches horizontales d’un arbre, sit dans un tronc d’arbre, dans des buissons ou encore à terre dans la prairie, et fait ordinairement trois pontes dans la saison; elle commence la première vers la fin d'avril et, en septembre on a trouvé des œufs frais. Ses œufs, au nombre de deux, sont blancs. Ils mesurent 1.12 x 0.82.

Pendant la ponte et l'incubation des œufs, le 4 fait entendre un roucoulement doux et mélancolique, qu'il répète durant tout le jour à sa compagne.

Cette gentille Tourterelle, qui est commune aux Etats- Unis, fréquente les endroits découverts, les champs de grains, les forêts, aux bords desquelies elle se plaît tout par-

ticulièrement. Sa nourriture consiste en grains, graines et baies de diverses sortes. Elle se tient plutôt à terre que sur les arbres; elle court le long des haies, et marche avec beaucoup d’aisance et de légèreté. Son vol est très rapide et soutenu ; lorsqu'elle s'envole de terre ou d’un arbre, le battement de ses ailes produit une espèce de sifflement qui se fait entendre à une bonne distance.

ORDRE RAPTORES—OISEAUx DE PROIE.

Bec robuste et crochu, muni à la base d’une membrane nommée cire, dans laquelle s'ouvrent les narines ; pieds gros, très forts, de trois doigts en avant et un en arrière, armés d'ongles puissants, acérés et ordinairement rétractiles ; ailes généralement longues et vigoureuses.

Les Oiseaux de proie ou Rapaces ne vivent que de rapines et, le plus souvent, de chair palpitante ; leur naturel est farouche et sanguinaire. Ce caractère les rend si intolérants qu’ils ne peuvent Souffrir dans leur canton aucun oiseau de leur espèce ; aussi vivent-ils toujours isolément Ou par couples, à l'exception du Vautour. Ils sont doués d’une vue perçante, Ils se précipitent à l'improviste sur leur proie ou bien ils l'attaquent hardiment en fondant sur elle avec toute la puissance de leur vol, faisant usage de leur bec et de leurs ongles formidables, pour s'en assurer la capture, Ils sont la terreur des oiseaux comme des petits quadrupèdes,

Petits mammifères, oiseaux, reptiles, poissons, insectes, cadavres, etc., voilà ce qui satisfait leur appétit vorace, et, si la nourriture est abondante, ils s'en repaissent à un tel point qu’ils ont souvent beaucoup de difficultés à s'élever de terre; mais d’un autre côté, leur estomac est bâti de telle sorte qu’ils peuvent supporter un jeûne très long. Les uns sont diurnes et les autres nocturnes.

On rencontre les Rapaces sur presque toute la surface du globe ; ceux qui, en été, habitent les régions froides émigrent à l’automne vers des contrées plus chaudes, cependant un certain nombre se déplacent peu et se plaisent au milieu des neiges de l'hiver.

La ©, qui est presque toujours plus grosse que le 4,

En

niche sur des rochers souvent inaccessibles ou sur des arbres, À une grande distance du sol; quelquefois cependant, le nid est posé sur les branches inférieures d’un arbre, ou. bien dans un arbre creux : il s’en rencontre même qui nichent sur la terre ou dans un trou pratiqué dans le sol.

Leurs nids sont d’une structure grossière, et sont construits avec des petits bâtons, de petites branches, de Ja mousse et des herbes sèches; leurs œufs sont peu noinbreux.

Nous sommes d'ordinaire sous l'impression que tous les Oiseaux de proie sont nuisibles à l'agriculture, parce qu'ils détruisent beaucoup d'oiseaux domestiques et autres : c'est une erreur, Car ces rapaces sont, pour la plupart, très utiles, puisqu'ils se nourrissent principalement de petits mammifères et d'insectes. Les quelques rares poulets ou autres volatiles qu’ils peuvent dérober par accident, sont entièrement compensés par le grand nombre de petits rongeurs qu’ils détruisent et qui causent À l’agriculteur des torts considérables, qui, Pour ne pas être toujours en évidence, n’en sont pas moins réels.

Cet ordre se subdivise en trois sous-ordres :

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