UNE MERE A SON ENFANT
L'enfant si joli, si frêle; l'enfant dont la lèvre est rose.
— Jules Jamn. —
Enfant plus beau que l'ange , et qui s'envolerait , Si sur sa blanche épaule était une aile blanche !
— Justin Maurice. —
Sur le gazon vert des allées , Sais-tu qui répand ces bouquets ; Et dans les bois , dans les vallées , Te les a semés pour jouets?
Celui qui fait toutes ces choses',
C'est Dieu , de son palais du ciel.
C'est lui qui nuance les roses ,
Et donne aux abeilles leur miel.
Il suspend tes bons fruits aux branches ;
Il jette un gazon de satin
Sous tes pieds ; pour tes robes blanches ,
Dans la plaine, il sème du lin.
C'est lui , toujours lui , qui t'envoie Les bluets , ces saphirs des blés , Qui donne au ver sa longue soie , Au rossignol ses chants perlés-, C'est lui qui fait le corps si frêle Des papillons frais et jolis , C'est lui qui pose sur leur aile Ces points de nacre et de rubis.
Son ciel est tout plein de merveilles : Là , sont des vierges , blanches sœurs , Qui volent comme les abeilles ; Des saints au manteau de vapeurs , Des voix qui chantent ses louanges , Des bienheureux } que sais-je , moi L
De purs esprits , de jolis anges , Tout petits enfans comme toi.
Mais eux , du moins , ils sont dociles , On obéit au paradis; Leurs jeux sont choisis et tranquilles:
Si jamais des larmes, des cris , Troublaient la divine demeure , Parmi les grands saints on dirait :
« Chassez-nous cet enfant qui pleure ! »
Et le bon Dieu se fâcherait.
Tu sais bien ta petite amie?
Elle est , comme eux , près du Seigneur,
A peine s'est-elle endormie Qu'elle a fui comme une vapeur, Plus loin que les longues comètes , Que les nuages , les éclairs , Que la lune , que les planètes , Que l'arc-en-ciel , ruban des airs.
Gomme ses compagnes nouvelles , Elle tient un gentil rameau ; Sur le dos on lui mit deux ailes , Pour suivre au vol l'ange et l'oiseau ; Et parfois , quand elle est bien sage , Le bon Dieu lui permet encor D'aller jouer dans un nuage , Ou bien dans une étoile d'or.
L'enfant obéissant , comme elle , En mourant s'envole dans l'air; Mais il tombe , s'il est rebelle , Chez les hommes noirs de l'enfer.
Là , d'un ton sévère on commande ; Si l'enfant joue , on le punit ; Sa leçon est , dit-on , si grande Que jamais il ne la finit.
Tu frémis , n'est-ce pas? prends garde !
Sois bien sage, car c'est affreux.
Obéis-moi , Dieu te regarde ; Les saints et les vierges des cieux , Sous un nuage qui les voile , Quand tu pleures , viennent te voir ;
Et je sais que dans chaque étoile Des anges se cachent le soir.
Mieux yaut la liesse , Amour et simplesse De bergers pasteurs , Qu'avoir à largesse Or, argent^ richesse, Ni la gentillesse ' De ces grands seigneurs.
— Martial de Paris. —
Une douce et fidèle amie, Heureuse ainsi que moi dans un tout petit coin.
— BOCILLT. —
L'homme heureux , ce n'est pas quelque divin poète Au chant de séraphin , aux hymnes de prophète ; Que le monde applaudit , quand son livre est éclos , Avec les cent rumeurs d'une mer sur sa grève ,
Qui , lumineux et grand dans la foule s'élève , Gomme un phare au-dessus des flots.
L'homme heureux , ce n'est pas l'ambassadeur des princes Qui peut , orgueilleux , dire , en quittant ses provinces : « Moi , l'homme nation , les rois me salûront ; Ils recevront en moi l'empire qui voyage.
Du respect ! un soufflet donné sur mon visage Marquerait tout un peuple au front ! »
Ce n'est pas le tyran qui domine superbe , Et qui foule en marchant les hommes comme l'herbe -, Qui , sur un trône d'or, s'assied dans son éclat , Couronné de brillans ; qui choisit mainte Altesse ,
Maint seigneur, pour valets pailletés , et se baisse Pour voir les plus grands de l'état.
Ce n'est pas un hardi conquérant, dont l'histoire Ramassera le nom , les batailles , la gloire ; Qui sait que sa statue un jour s'élèvera , Qu'il vivra des mille ans dans la grande lumière ; Et que, l'homme de chair endormi dans la bière , L'homme de bronze surgira.
Qu'ils sont loin du bonheur, ces superbes ! leur lèvre
Dans un calice d'or boit du fiel ; une fièvre
Les dévore. Leur front , de clartés rayonnant ,
Serait bien plus serein dans l'ombre et sous un voile $
Dès qu'il veut resplendir et porter une étoile , Il se brûle en s'illuminant.
L'homme heureux , c'est celui qui n'apprit dans ses veilles Qu'à rire , qu'à chanter, qu'à planter ses rosiers ; Qui ne rêve la nuit qu'au miel de ses abeilles , Aux fleurs de ses jasmins , aux fruits de ses pommiers -,
Qui ne veut au printemps qu'un jardin vert et rose , Où le soleil de mai brille dans un ciel bleu , Et qui ne veut l'hiver qu'une chambre bien close , Un âtre étincelant , un fauteuil près du feu ;
Dont la femme est jolie, a vingt ans, et l'adore } Le suit dans le jardin , s'assied près du feu clair, Pour rendre plus joyeux et plus brillans encore Le soleil du printemps , le foyer de l'hiver.
Pas tant de paroles , lâchez ce manteau , monsieur l'homme de cour.
— Lopb db Vegà.—
Déjà dans notre sang Ils trempent leur pensée.
— Le Père Leboine. —
Sentant la liart de cent pas à la ronde.
— Clément Màhot. —
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Dans les bois et sur la montagne.
J'ai de francs bandits pour sujets; Pour trône , un rocher sur la vague -, Pour sceptre , j'ai ma bonne dague , Et pour palais j'ai les forêts.
Tous mes sujets me sont fidèles :
On respecte une majesté Qui parle un poignard au côté .
Si je rencontre des rebelles , Je leur fais, sur leurs chapelets , Dire un Ave; puis, sans enquêtes , Sans lois, sans délais , sur leurs têtes Je décharge mes pistolets.
Mon trésor vaut ceux des Castiiles ; J'en aurais pour vingt Alhambras, Vingt Alcazars , vingt Giraldas , Et cent couvens aux larges grilles :
Sans que je laisse mes palmiers , Mes défilés et ma montagne, De toutes les villes d'Espagne Il m'arrive des trésoriers.
Je tire sur chaque berline , J'abats des postillons hardis ; Je vois du sang de tout pays Rejaillir sur ma lame fine :
Je prends de l'or de tous les poids Avec mes vaillans capitaines ,
Et dans mes caisses souterraines J'ai 1 tous les visages de rois.
Aussitôt qu'un voyageur passe , Si son bagage est trop pesant , En chef de bandits complaisant , Poliment je l'en débarrasse.
Je fais peur aux femmes la nuit ; Jésus ! j'en vois pâlir plus d'une , Lorsque , par un beau clair de lune , Ma bonne espingole reluit.
Mes gentils amoureux , donneurs de sérénades, Suivez vos sefloras dans le spectacle , au bal ,
Au combat du taureau sur les bancs des estrades , Au Prado , dans les promenades , Auprès du confessionnal -,
Allez vous attacher à votre douce reine , Gomme au saint l'auréole , et la corde au gibet , La baguette à l'alcade , au prisonnier la chaîne ,
Au voyageur sa bourse pleine ,
Gomme les grelots au mulet :
Si je m'avance , moi , vers une jeune fille ,
Ge n'est point pour baiser sa main d'un blanc de lis ,
Voir son col de satin , son pied fin qui sautille ^
C'est pour détacher sa mantille ,
Ou bien ses bagues de rubis.
Je vous méprise tous , hommes faibles , sans âme , Cavaliers et seigneurs , au stylet pur encor, A la peau lisse et Gne , à la taille de femme , Qui laissez votre bonne lame Se rouiller dans son fourreau d'or.
Doux joueurs de guitare , aux frais habits de fête ,
Je vous apprendrais , moi , comme un franc montagnard
Tient un mousquet , comment un postillon s'arrête ,
Gomme on fait tomber une tête ,
Et comme on dérouille un poignard.
Avec son grand bras de squelette , La potence , au chanvre mouvant ,
Me menace , j'en ris $ avant Qu'on me passe la collerette , Par ma croix et mon chapelet , Vos cachots seront sans grillage , Et le vent , la pluie et l'orage , Pourriront votre vieux gibet !
L'horloge s'est trompée;
Elle a sonué la mort, pour l'heure de l'hymen.
— Mme DESBOHDBS-VALMORE.—
C'est vraiment dommage, car elle était bien jolie. • —La duchesse J'Abuàntès. —
J'ai froid , et je voudrais m'attacher à la vie. — Élisa Mebcoeub. —
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On rêve tristement; puis , d'un air de mystère, On se parle bien bas.
Et si je fais un bruit léger, si je respire , Des larmes dans les yeux on essaie un sourire; On se rend bien joyeux , mais j'entends soupirer : Sur les fronts tout rians passe une idée amère ; Et ma petite sœur, qui voit pleurer ma mère , Près du lit vient pleurer.
Ces larmes me l'ont dit, votre secret terrible : Je vais mourir. Déjà ! . . . mourir ! ... oh ! c'est horrible ! Mon Dieu ! pour fuir la mort , n'est-il aucun moyen ? Quoi ! dans un jour peut-être une fosse profonde !
Aujourd'hui l'avenir, la jeunesse , le monde ! . . . Et puis demain , plus rien !
Comme une frêle plante un souffle m'a brisée : Vous , mes sœurs , vous avez cette teinte rosée De bonheur et de vie -, oh ! votre sort est beau ! Et j'ai les yeux ternis , je suis pâle , abattue : On dirait, à me voir, une blanche statue Pour orner un tombeau !
On m'admirait pourtant , moi , fantôme , ombre vaine ; La foule m'entourait comme une jeune reine ; Mon pouvoir tout nouveau semblait encor bien long : Quelques bijoux formaient ma parure suprême ,
Et puis mes dix-huit ans , comme un beau diadème Rayonnaient sur mon front.
La robe que j'avais dans mes fêtes de gloire Est toute fraîche encor ; mon lo*g ruban de moire , A la couleur si tendre , à l'éclat passager , A gardé ses reflets que j'aimais à l'extase ; Et moi , je vivrai moins que ma robe de gaze Et mon ruban léger !
A vous, sœurs, bals bruyans , plaisirs de jeune fille,
Fiancé qu'on admet au cercle de famille ,
Puis l'alliance au doigt , le oui dit en tremblant , Et les grains d'oranger, couronne virginale ;
Moi , pour voile de noce et robe nuptiale J'aurai mon linceul hlanc ;
Lugubre vêtement qu'on porte sous sa pierre , Qui tient ensevelis , dans une étroite bière , Bien des illusions, bien du bonheur rêvé ; Qui tombe par lambeaux sous la terre jalouse , Et que les battemens d'un cœur de jeune épouse N'ont jamais soulevé !
Moi , dans un long cercueil étendue , insensible , Morte ! Quoi ! je mourrais ! ... oh ! non , c'est impossible ! Quand on a devant soi tout un large avenir, Quand les jours sont joyeux, quand la vie est légère,
Quand on a dix-huit ans ; n'est-ce pas , bonne mère, On ne peut point mourir?
Je veux jouir encor de la nature entière , Des fleurs , des chemins frais au bord de la rivière , Du ciel bleu , de l'oiseau chantant sur l'arbre vert : Je vais aimer la vie , et de toute mon âme ; La voir dans le soleil briller en jets de flamme , La respirer dans l'air ! . . .
Et la petite sœur , au muet cimetière ,
Allait le lendemain porter des fleurs ; la mère
Priait sur une tombe , et disait : Pour toujours !
Et l'enfant demandait si la sœur grande et belle Qu'elle aimait et pleurait, dans sa maison nouvelle Resterait bien des jours.