DANTE
Sais-tn bien ce que c'est qu'une douleur aiguë Qui s'éveille avec nous , qui s'endort avec nousfr
— Mme MÉLÀHIE WALDOB. —
:e sombre,
je;
Je fuis dans ma maison , mais un spectre tout pâle , Et tout sanglant , me suit , et puis rentré avec moi !
Toujours me souvenir, me sentir ronger l'âme ! M'exposer devant moi tout flétri ! dire : infâme ! C'est folie , oublions ! N'ai-je pas un trésor ? Pauvre , j'aimais tant l'or! Quand j'en voyais reluire , Mon œil brillait , mes mains s'ouvraient , c'était délire ! J'enviais !... Le bonheur, pour moi, s'appelait or !
Mon astre éblouissant , mon or, mon dieu visible , Va , je t'ai désiré de ce désir terrible , Ardent comme une soif, fort comme un bras d'airain Qui pousse ! Je disais : « Or, je te veux , je t'aime !
Je te ramasserais jusque dans le sang même , Et je ne craindrais pas de me tacher la main ! »
Je suis riche , heureux ! Vite , un banquet de merveilles ,
Des mets tout parfumés , des fleurs dans des corbeilles ,
Du vermeil , des cristaux ; puis des chansons en chœur,
Des yeux étincelans que la joie illumine ,
Des rires fous , du punch qui brûle la poitrine ,
Des femmes de vingt ans qui nous brûlent le cœur !
Il faut que tout, chez moi, soit délice et magie.
Je souffre!.... Oh! non , je suis très-heureux , je le veux.
Bals de gaze et de fleurs , et banquets fastueux ,
A moi , j'ai de l'or ! . . . Dieu ! cette pièce est rougie !
Toutes glacent mes doigts , et me parlent encor De l'homme agonisant : toutes ces pièces d'or Semblent porter son effigie !
Des fêtes ! . . . mais le monde a mille yeux ; j'aurais peur Qu'il ne vît un frisson, un trouble, une rougeur : Efrpiiis si l'on parlait de meurtre, de victime, Peut-être à ma pâleur on verrait l'assassin ; Je tremblerais toujours qu'une invisible main Sur mon front n'eût sculpté mon crime î
Je souffre de ces maux qui font les cheveux blancs î Quel poison est dans l'air ! quels pleurs acres , brûlans ! Quel fardeau sur mon cœur ! Qu'êtes-vous , prison vile ,
Carcans rivés au cou, vous, guillotine, mort? Le bourreau donne un coup de hache ; le remood , Chaque jour, nous en donne mille !
Le supplice ! toujours ce spectre ensanglanté Qui marche, se repose, et couche à mon côté!
A leur bagne d'enfer c'est un vivant qu'on traîne Après soi , contre soi ; mais le juge des cieux , Qui sait inventer, lui , des bagnes plus hideux , Avec un cadavre m'enchaîne!
Eh bien! remords, luttons; je serai le plus fort. EnGn , poignard de Dieu qu'il enfonce dans l'âme ,
Je ne vais plus saigner sous ta poignante lame! Je ne te connais plus , remord !
Je suis joyeux , j'attends ma Betzy la divine. Gomme elle resplendit d'un luxe de beauté !
Dans le vaste océan de la grande cité , Adroit plongeur, j'ai su trouver ma perle fine.
La douce fille m'aime à faire des jaloux :
Bonheur ! remplir son âme , être Dieu dans un temple ! Rayonner, délirer, lorsque je la contemple !... Mais le cadavre est entre nous!
Et quand son front sur moi se penche comme un saule, Quand elle me regarde , et puis me dit , amours ! Avec sa bouche rose et ses yeux de velours , Il me regarde aussi par-dessus son épaule !
Le plus beau jour m'est sombre, et tout miel m'est amer. Oh! la mort! mais je crains quelque réveil horrible : Dieu , qui fit le remords , doit être un Dieu terrible ! Il m'attend : d'une main il tient un livre ouvert , Et lit la page ardente où s'inscrit chaque crime ; Et puis , de l'autre main , des villes de l'abîme Il tient les lourdes clefs de fer !
Il me maudira , Dieu ! Comme l'eau du baptême Purifie , et promet , près du maître suprême ,
Un siège de saphir, dans le ciel de l'éther; Le sang , qui rejaillit sur mon front , sur ma lame , Ce sang que j'ai versé , m'a souillé , fait infâme ; C'est mon baptême pour l'enfer!
Oh ! le poignard maudit! la nuit cent fois maudite ! C'était un corps semblable à mon corps qui palpite ; Fait d'os, de chair, avec des pensers , un cerveau ; Avec du sang gonflant et la veine , et l'artère ; J'ai mis là mon poignard comme en un bloc de pierre Un sculpteur mettrait un ciseau !
Et je n'écoutais pas , quand il hurlait ses plaintes , Quand la compassion , la vertu , les voix saintes
Disaient : Pitié pour lui ! ... . mais , ô mon Dieu ! pourquoi N'ai-je pas deviné le remords? D'épouvante, J'aurais fui ; l'égoïsme avec sa voix puissante M'aurait crié : Pitié pour toi !