‹ Les oiseaux de passage, poésiesChapitre 15 sur 23 · EXILÉ · texte numérisé non relu

EXILÉ

Oh ! par saint Stanislas ! je te vois belle et fière , Appeller tes soldats aux cuirasses d'acier ; Les voilà , se parant de la peau de panthère ,

Portant l'aigle et le cavalier.

Trois fois ton corps meurtri , butin de la conquête , S'agite , mais en vain -, comme sur nos gazons Un long serpent coupé , qui relève la tête

Et veut réunir ses tronçons.

Vous pouvez , ô grands rois , vous ruer sur nos villes : Tout s'efface , une fois les sabres essuyés , Les champs débarrassés des tentes inutiles ,

Et les cadavres balayés :

Sur les pavés rougis, un peu d'eau répandue Suffit -, dans les ruisseaux le sang s'écoule encor ;

Mais songez que ce sang qu'on lave dans la rue Fait tache sur un sceptre d'or.

LE CHOEUR

Une larme de toi , Vierge céleste et bonne , Et Jésus , ton enfant , soufflait sur leur couronne : Un signe de son doigt renverse le puissant ; Il lui faut , pour jeter les sceptres dans la fange , Un mot, un battement léger d'une aile d'ange, Oui touche le trône en passant.

Hélas ! ma Pologne est donc morte !

Ses femmes donnent leurs joyaux ; Ses poètes , qu'un souffle emporte , Ont fut comme un essaim d'oiseaux.

EXILÉ. 2t3

Oh ! pour eux quelques branches frêles Pour s'y poser et soupirer, Un ciel pour déployer leurs ailes, Puis un peu d'air pour respirer !

Vous , poètes à la voix douce , Oiseaux d'autres pays que nous , Songez que dans leurs nids de mousse Ils savaient chanter comme vous.

Ils ont des forêts étrangères , Un autre accent, mais si touchant !

Mais ils n'en sont pas moins vos frères Par les ailes et par le chant !

LE CHOEUR

O mère de Jésus , Vierge sainte et bénie , Rends-nous à nos lacs bleus de la Lithuanie !

Errans comme Israël , l'ancien peuple de Dieu , Nous ne voyons pas , nous , le nuage qui tonne , Le grand buisson ardent qui fume et qui rayonne , Ou bien la colonne de feu !

Votre front est si pur qu'on y lirait votre âme.

— Mme MÉNES8IEB-NODIEB. -r-

Qu'ils étaient beaux ces jours!

— La princesse de Salm. —

Le soleil garde-t-il son éclat sans nuage?

Les cieux gardent-ils leur azur?

— En N EST FALCONNET. — I

Forme ce double tour, qui passe si rapide Sous tes deux petits pieds !

J'aime tes mouvemens , si souples quand tu joues ; J'aime à voir les couleurs qui nuancent tes joues, Tes pas légers , glissant sur les gazons foulés , Ta bouche qui sourit, et ta grâce ingénue , Et tes cheveux tombant sur ton épaule nue , Tout blonds et tout bouclés.

Tout est céleste en toi ; l'enfant candide et rose Nouveau-venu du ciel en garde quelque chose : Un regard d'ange luit dans ton bel œil d'azur ; Ta voix faible n'est pas encor la voix humaine ;

Ton corps , si petit , semble appartenir à peine A notre monde impur !

Eh quoi ! tu viens à moi les yeux en pleurs ! ta mère T'aura parlé peut-être avec un ton sévère?

Est-ce un jeu qu'on défend , un devoir imposé ? Est-ce un oiseau captif qui t'échappe et s'envole? Une leçon bien longue à dire dans l'école ?

Quelque jouet brisé?

Tu devrais les bénir, ces larmes passagères -, Car le bon Dieu t'a fait des peines si légères ! Qu'une image , une fleur, un rien frappe tes yeux , Qu'une petite amie arrive et te console ,

Tes pleurs vont s'arrêter, et puis , rieuse et folle , Tu vas courir aux jeux!

Chaque année en fuyant doit leur ôter des charmes, Attrister à la fois ton sourire et tes larmes , T'avancer pas à pas dans ce monde souffrant , Apprendre quelque chose à ta jeune ignorance , Puis enlever un peu de joie et d'innocence A ton beau front d'enfant.

Oh! cours dans les jardins! lance l'escarpolette Jusqu'aux grands marronniers ! ou bien fais la toilette De ta poupée aux yeux d'émail , au frais chapeau ; Ou lance ce volant qui glisse entçe les branches ,

Et que tu vols dans l'air, avec ses plumes blanches , Passer comme un oiseau !

Tu connaîtras plus tard nos amères pensées , Les ennuis, les dégoûts de nos âmes lassées , Nos chagrins de fortune, ou d'orgueil, ou d'amour, Notre sommeil troublé , nos rêyes fantastiques , Où passent chaque soir, sous des traits chimériques, Tous nos soucis du jour !

Tes nuits n'ont maintenant que de joyeux mensonges ; Des souvenirs de jeux enchantent tous tes songes ; Sur tes yeux , un sommeil calme vient se poser, Lorsqu'on ne t'a pas dit quelque parole austère,

Quand ta prière est faite , et quand ta bonne mère T'a donné son baiser.

Gomme il va s'écouler, ton âge d'innocence!

Adieu , rire éclatant et jeune insouciance , Et folâtres pensers, rayonnant dans l'esprit! Tout cela ftiit avec nos premières journées \ Et , comme le visage , au souffle des années L'âme aussi se flétrit !

Oh ! retourne bien vite à la ronde joyeuse !

Tu vas grandir... qui sait! la gloire lumineuse Peut mettre des rayons sur ton front triomphant -, Tu pourras devenir belle à t'en rendre vaine ,

Être une grande dame, être duchesse, reine !... Mais plus jamais enfant!

Dieu parle à l'homme, ensuite l'homme parle à l'homme.

— Ballâncbb. —

Moi , je suis devant vous comme un roseau qui plie, Votre souffle en passant pourrait me renverser.

— Saiktu-Beuve. —

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Un des oiseaux légers qui volent dans le ciel « Leur apprit à chanter sans doute ! »

Savans magiciens , comme avec un ciseau , Vous sculptez vos pensers; comme avec un pinceau , Vous posez des couleurs dont le vernis fascine, Des couleurs d'écarlate et de pourpre ! L'objet Que vos vers ont touché s'éclaire à leur reflet : On dirait qu'un rayon de soleil l'illumine.

Vous comprenez les voix des fleuves , des vents. Dieu , Le grand poète , avec les astres , le ciel bleu , Les vagues de la mer, les arbres de la plaine , Fit le poème entier de l'univers ; et vous , Il vous a désignés pour le lire à genoux , Et le traduire en langue humaine.

Vous pouvez regarder ce qu'on fait dans les cieux ; Voir les élus , aux corps subtils et radieux , Qui suivent le Seigneur en chantant ses louanges; Voir sur la haute échelle , aux échelons sans fin , L'ange aux ailes de cygne et l'ardent séraphin : Vous avez les clefs d'or de la cité des anges.

Oh ! vous êtes bien fiers ! pauvres fous ! voyez donc Gomme vos jours sont noirs , troublés par la tempête Toi , la critique vient découronner ta tête , Et, prenant un fer rouge, elle te marque au front.

Toi , ton chant est magique , et nul ne le répète ; Le silence y répond r le silence , grand Dieu , Ce néant des vivans , ce tombeau du poète , Ce linceul , sous lequel bondit un cœur de feu !

A toi la gloire immense et ses splendeurs divines ! Salut, te voilà roi, poète au large essor!

Mais n'as-tu pas senti la couronne d'épines Que la gloire cachait sous sa couronne d'or?

Jeune homme , tu t'éprends d'une céleste femme ; Mais au public , qui veut avoir un beau concert , Tu livres ton amour ; tu laisses dans ton âme Regarder les passans ! comme en un temple ouvert.

Pour vous autres , la gloire est dans le cimetière ; Vos sépulcres glacés seront vos piédestaux !

A quoi servent vos vers de flamme et de lumière? A faire quelque jour reluire vos tombeaux.

Sitôt qu'il n'entend plus, on dit gloire au poète. Couchés dans vos cercueils vous paraîtrez plus grands ; Le public aime tant les morts! c'est un squelette Qu'il choisit pour idole , et parfume d'encens !

Tous , vous êtes poussés par un pouvoir étrange : Cherchez-vous l'ombre , hélas ! pour y passer vos jours , Comme le juif errant , vous entendez l'archange Vous crier : Marche ! marche ! . . . encor ! . . . marche toujours J

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