‹ Les oiseaux de passage, poésiesChapitre 16 sur 23 · POESIES DIVERSES · texte numérisé non relu

POESIES DIVERSES

La grande cité, qui était vêtue de crêpe et de pourpre, ctd'écarlate, et était dorée d'or.

— apocalypse. —

Les mille fenêtres luciolent au soleil , comme autant de gouffres de feu.

— ACBILLE JUB1NAL. —

Ma ville de beauté , ma ville de splendeur, Que j'aime tes cent bruits de voitures , de foule ! J'entendis , tout enfant, ta voix qui crie et roule C'est une voix, de mère , et d'amie, et de sœur ;

De ces voix qui ne sont que chant et que merveille, Qui peuvent arriver bruyantes à l'oreille , Mais sont toujours douces au cœur!

Oh! je t'aime, malgré tes ruisseaux, où la roue Se noircit , tes égouts et tes pavés boueux ! Ton front est pailleté de brillans lumineux , Orné de frais rubans , de gaze où le vent joue , •De plumes , de dentelle au parfum de boudoir ; Et l'œil s'arrête là , sans se baisser pour voir Si tu mets tes pieds dans la boue !

J'aime tes bataillons de maisons au toit noir ! Chacune est animée et vit ; des yeux rayonnent Près de chaque fenêtre, et mille voix bourdonnent A chaque étage 5 au ciel un soupir, un espoir,

Monte avec chaque feu qui s'envole en fumée ; Une âme brille avec chaque lampe allumée Qui reluit aux vitres le soir.

Mais je te sais, Paris, visage à double face , Grand habit d'arlequin , gazon vert et bourbier : Ton bon peuple sait tout , mais ne sait plus prier ; Quand il veut voir le prêtre, au théâtre il se place ; Au riche , un voleur prend du sang avec de l'or -, Le pauvre a des greniers au sombre corridor, Où Ton a toisé l'air, et le jour, et l'espace -,

Mais, va, ton paradis est près de ton enfer : Que l'hiver fastueux jette un monde splendide Dans tes salons brillans , comme un palais d' Armide , Qu'il passe quelque femme au front coquet et fier,

Ou qu'un poète chante , on oublie, on admire... Un chant couvre parfois bien des cris de martyre , Et quelques grains d'encens parfument bien de l'air.

La France te nomma sa maîtresse et sa dame ,

Ma ville de magie ; allons , fais pour tes sœurs

Voler sous tous les cieux tes rubans et tes fleurs !

Impose-leur tes rois et tes modes de femme ;

Fais remplir leur corbeille , et garnir leur écrin ;

Fais-leur jaillir les lois de tes cuves d'airain :

La France est un grand corps , mais toi seule en es l'âme!

Bonjour, la ville aux cent couleurs ; Souveraine toute-puissante; Bonjour, la noble et la charmante ,

Reine a la couronne pesante , Reine à la couronne de fleurs !

Allons, allons, belle coquette , Belle fée, allons, parez-vous-, Mettez vos tissus , vos bijoux :

Toutes vos sœurs sont à genoux , Et regardent votre toilette !

Montrez votre art magicien ; Ou , dans votre mise frivole , Soyez fantasque , soyez folle -, Vous êtes la reine et l'idole , Et l'on dira toujours : C'est bien .

Laisse son Espagne la belle

Au grand poëte aux chants nouveaux -,

Laisse-lui ses tours à créneaux ,

Ses ogives , ses chapiteaux ,

Et ses hauts clochers de dentelle !

Si tout n'est que senteurs et miel Sur sa terre d'Andalousie , C'est que lui , vois-tu , l'a choisie ; Et son soleil de poésie S'en est allé dorer son ciel I

Rome , qui se dit souveraine , Pour loger ses ducs, ses prélats, A mille palais aux toits plats,

Mais rien qui charme ; et ce n'est pas Le sceptre seul qui fait la reine.

Puis , son bras qui donnait des lofs S'est affaibli ; plus de conquête :

Bonne vieille , en branlant la tête , Elle vante ses jours de fête , Et ne sait que dire : Autrefois ! ■

Naple est belle à ravir les âmes , Quand elle dit ses chants aimés , Sous ses orangers embaumés , Ouvre ses sachets parfumés , Et met sa guirlande de femmes !

La nuit , comme en un frais jardin , Elle dort ; la mer sur sa grève Chante , et la berce dans son rêve ; Mais parfois son volcan se lève , Pour la réveiller'le matin. -

Avec ton ciel changeant , pâle au cœur du poète ,

Tes hivers froids et longs, je te préfère, moi,

Parce que tes défauts , vois-tu , c'est encor toi !

Oui , je t'aime, élégante à la fraîche toilette ;

Je t'aime , noble dame au cortège doré ;

Je t'aime , jeune folle à l'air évaporé ;

Je t'aime, enchanteresse à la riche baguette !

Frère, il faut mourir.

— Les Trappistes. —

Des ruines, rien que des ruines!

— Mme A. DUPIH. —

Volcan, qu'as-tu fait de ta lave?

Qu'as-tu fiait de ton maître, esclave?

Gomme une souveraine , avec toute sa cour, Une âme t'habitait : son cortège d'amour, D'espoir, chantait, pleurait, et peuplait son domaine ; Tu n'es plus qu'un désert; le lézard sous ton front S'établit; l'âme a fui; le frêle moucheron S'introduit librement dans son château de reine !

Etais-tu femme et belle , avec de longs cils noirs , Des fleurs dans les cheveux , souriant aux miroirs ? Grand seigneur, dépassant les têtes de la foule? Jeune homme , et délirant pour des yeux bruns ou bleus?

On ne sait ; tous les morts se ressemblent entre eux : La vie a cent aspects , le néant n'a qu'un moule.

Débris dans les débris , crâne blanc et hideux ,

Édifice montrant ta charpente à nos yeux ,

Miroir brisé de l'âme , où rien ne se reflète ,

Le passant , qui te voit sans lèvres , sans regard ,

Sans chair, demande : Où donc est l'homme? Un peu plus tard ,

Il va se demander : Où donc est le squelette ?

Quelques amis, du moins, conservèrent toty. corps Embaumé dans leur cœur: tous sont avec les morts. Sur terre rien de toi; la trace est effacée : Nul de ton souvenir n'y garde des lambeaux ,

Et tu t'anéantis même dans les tombeaux Qu'on t'avait, ici-bas , creusés dans la pensée !

C'est pitié ! reste là , regarde les passans :

Ob ! reste! dis néant aux heureux , aux puissans !

Celui qui t'exposa dans son joyeux domaine

A pensé que tes os parleraient baut et fort ;

Il vient d'écrire , avec une tête de mort ,

Son traité sur l'orgueil et la misère humaine !

Ton âme a fui là-haut , vers la cité des cieux , Aux longs murs de vapeur, au temple radieux.

Elle est là , contemplant , dans une sainte extase , Le soleil dans sa force , et Dieu dans sa splendeur ;

Toi, tu n'es que ruine et cendre: le Seigneur, Quand il a pris l'encens , laisse tomber le vase !

UN NEGRE A UNE BLANCHE

Vous êtes plus blanche. 6 ma reine , Que la lune en son beau sommeil!

— É«1LB D BSCHAMPS. —

Aussi noire qu'une momie.

— CBAUDESilGUE8. —

UN NÈGRE A UNE BLANCHE

O blanche, tes cheveux sont d'un blond de maïs, Et ta voix est semblable au chant des bengalis ! Si tu voulais m'aimer, ce serait douce chose! Un peu d'amour au noir, jeune fille au teint frais : Le gommier n'a-t-il pas , dans nos vastes forêts , Sur son écorce brune une liane rose !

Un nègre a sa beauté : bien sombre est ma couleur, Mais de mes dents de nacre on voit mieux la blancheur ; Tes yeux rayonnent bien sous tes cils fins, longs voiles , Mais regarde , les miens ont un éclat pareil : Ton visage est le jour, tes yeux c'est le soleil ; Mon visage est la nuit , mes yeux sont des étoiles !

Sois ma compagne : au pied du morne que voilà ,

Vois ce petit carré de manioc ; c'est là

Que , pour te recevoir, j'ai préparé ma case :

Ton hamac de filet , de plumes est orné ;

De peur qu'un maringouin à ton front satiné

Ne touche, je t'ai fait la moustiquaire en gaze.

Viens 5 je te donnerai tous mes cactus en fleur, Et je te cueillerai des fruits pleins de saveur,

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