POESIES DIVERSES
La grande cité, qui était vêtue de crêpe et de pourpre, ctd'écarlate, et était dorée d'or.
— apocalypse. —
Les mille fenêtres luciolent au soleil , comme autant de gouffres de feu.
— ACBILLE JUB1NAL. —
Ma ville de beauté , ma ville de splendeur, Que j'aime tes cent bruits de voitures , de foule ! J'entendis , tout enfant, ta voix qui crie et roule C'est une voix, de mère , et d'amie, et de sœur ;
De ces voix qui ne sont que chant et que merveille, Qui peuvent arriver bruyantes à l'oreille , Mais sont toujours douces au cœur!
Oh! je t'aime, malgré tes ruisseaux, où la roue Se noircit , tes égouts et tes pavés boueux ! Ton front est pailleté de brillans lumineux , Orné de frais rubans , de gaze où le vent joue , •De plumes , de dentelle au parfum de boudoir ; Et l'œil s'arrête là , sans se baisser pour voir Si tu mets tes pieds dans la boue !
J'aime tes bataillons de maisons au toit noir ! Chacune est animée et vit ; des yeux rayonnent Près de chaque fenêtre, et mille voix bourdonnent A chaque étage 5 au ciel un soupir, un espoir,
Monte avec chaque feu qui s'envole en fumée ; Une âme brille avec chaque lampe allumée Qui reluit aux vitres le soir.
Mais je te sais, Paris, visage à double face , Grand habit d'arlequin , gazon vert et bourbier : Ton bon peuple sait tout , mais ne sait plus prier ; Quand il veut voir le prêtre, au théâtre il se place ; Au riche , un voleur prend du sang avec de l'or -, Le pauvre a des greniers au sombre corridor, Où Ton a toisé l'air, et le jour, et l'espace -,
Mais, va, ton paradis est près de ton enfer : Que l'hiver fastueux jette un monde splendide Dans tes salons brillans , comme un palais d' Armide , Qu'il passe quelque femme au front coquet et fier,
Ou qu'un poète chante , on oublie, on admire... Un chant couvre parfois bien des cris de martyre , Et quelques grains d'encens parfument bien de l'air.
La France te nomma sa maîtresse et sa dame ,
Ma ville de magie ; allons , fais pour tes sœurs
Voler sous tous les cieux tes rubans et tes fleurs !
Impose-leur tes rois et tes modes de femme ;
Fais remplir leur corbeille , et garnir leur écrin ;
Fais-leur jaillir les lois de tes cuves d'airain :
La France est un grand corps , mais toi seule en es l'âme!
Bonjour, la ville aux cent couleurs ; Souveraine toute-puissante; Bonjour, la noble et la charmante ,
Reine a la couronne pesante , Reine à la couronne de fleurs !
Allons, allons, belle coquette , Belle fée, allons, parez-vous-, Mettez vos tissus , vos bijoux :
Toutes vos sœurs sont à genoux , Et regardent votre toilette !
Montrez votre art magicien ; Ou , dans votre mise frivole , Soyez fantasque , soyez folle -, Vous êtes la reine et l'idole , Et l'on dira toujours : C'est bien .
Laisse son Espagne la belle
Au grand poëte aux chants nouveaux -,
Laisse-lui ses tours à créneaux ,
Ses ogives , ses chapiteaux ,
Et ses hauts clochers de dentelle !
Si tout n'est que senteurs et miel Sur sa terre d'Andalousie , C'est que lui , vois-tu , l'a choisie ; Et son soleil de poésie S'en est allé dorer son ciel I
Rome , qui se dit souveraine , Pour loger ses ducs, ses prélats, A mille palais aux toits plats,
Mais rien qui charme ; et ce n'est pas Le sceptre seul qui fait la reine.
Puis , son bras qui donnait des lofs S'est affaibli ; plus de conquête :
Bonne vieille , en branlant la tête , Elle vante ses jours de fête , Et ne sait que dire : Autrefois ! ■
Naple est belle à ravir les âmes , Quand elle dit ses chants aimés , Sous ses orangers embaumés , Ouvre ses sachets parfumés , Et met sa guirlande de femmes !
La nuit , comme en un frais jardin , Elle dort ; la mer sur sa grève Chante , et la berce dans son rêve ; Mais parfois son volcan se lève , Pour la réveiller'le matin. -
Avec ton ciel changeant , pâle au cœur du poète ,
Tes hivers froids et longs, je te préfère, moi,
Parce que tes défauts , vois-tu , c'est encor toi !
Oui , je t'aime, élégante à la fraîche toilette ;
Je t'aime , noble dame au cortège doré ;
Je t'aime , jeune folle à l'air évaporé ;
Je t'aime, enchanteresse à la riche baguette !
Frère, il faut mourir.
— Les Trappistes. —
Des ruines, rien que des ruines!
— Mme A. DUPIH. —
Volcan, qu'as-tu fait de ta lave?
Qu'as-tu fiait de ton maître, esclave?
Gomme une souveraine , avec toute sa cour, Une âme t'habitait : son cortège d'amour, D'espoir, chantait, pleurait, et peuplait son domaine ; Tu n'es plus qu'un désert; le lézard sous ton front S'établit; l'âme a fui; le frêle moucheron S'introduit librement dans son château de reine !
Etais-tu femme et belle , avec de longs cils noirs , Des fleurs dans les cheveux , souriant aux miroirs ? Grand seigneur, dépassant les têtes de la foule? Jeune homme , et délirant pour des yeux bruns ou bleus?
On ne sait ; tous les morts se ressemblent entre eux : La vie a cent aspects , le néant n'a qu'un moule.
Débris dans les débris , crâne blanc et hideux ,
Édifice montrant ta charpente à nos yeux ,
Miroir brisé de l'âme , où rien ne se reflète ,
Le passant , qui te voit sans lèvres , sans regard ,
Sans chair, demande : Où donc est l'homme? Un peu plus tard ,
Il va se demander : Où donc est le squelette ?
Quelques amis, du moins, conservèrent toty. corps Embaumé dans leur cœur: tous sont avec les morts. Sur terre rien de toi; la trace est effacée : Nul de ton souvenir n'y garde des lambeaux ,
Et tu t'anéantis même dans les tombeaux Qu'on t'avait, ici-bas , creusés dans la pensée !
C'est pitié ! reste là , regarde les passans :
Ob ! reste! dis néant aux heureux , aux puissans !
Celui qui t'exposa dans son joyeux domaine
A pensé que tes os parleraient baut et fort ;
Il vient d'écrire , avec une tête de mort ,
Son traité sur l'orgueil et la misère humaine !
Ton âme a fui là-haut , vers la cité des cieux , Aux longs murs de vapeur, au temple radieux.
Elle est là , contemplant , dans une sainte extase , Le soleil dans sa force , et Dieu dans sa splendeur ;
Toi, tu n'es que ruine et cendre: le Seigneur, Quand il a pris l'encens , laisse tomber le vase !
UN NEGRE A UNE BLANCHE
Vous êtes plus blanche. 6 ma reine , Que la lune en son beau sommeil!
— É«1LB D BSCHAMPS. —
Aussi noire qu'une momie.
— CBAUDESilGUE8. —
UN NÈGRE A UNE BLANCHE
O blanche, tes cheveux sont d'un blond de maïs, Et ta voix est semblable au chant des bengalis ! Si tu voulais m'aimer, ce serait douce chose! Un peu d'amour au noir, jeune fille au teint frais : Le gommier n'a-t-il pas , dans nos vastes forêts , Sur son écorce brune une liane rose !
Un nègre a sa beauté : bien sombre est ma couleur, Mais de mes dents de nacre on voit mieux la blancheur ; Tes yeux rayonnent bien sous tes cils fins, longs voiles , Mais regarde , les miens ont un éclat pareil : Ton visage est le jour, tes yeux c'est le soleil ; Mon visage est la nuit , mes yeux sont des étoiles !
Sois ma compagne : au pied du morne que voilà ,
Vois ce petit carré de manioc ; c'est là
Que , pour te recevoir, j'ai préparé ma case :
Ton hamac de filet , de plumes est orné ;
De peur qu'un maringouin à ton front satiné
Ne touche, je t'ai fait la moustiquaire en gaze.
Viens 5 je te donnerai tous mes cactus en fleur, Et je te cueillerai des fruits pleins de saveur,