‹ Les oiseaux de passage, poésiesChapitre 19 sur 23 · JOMARD · texte numérisé non relu

JOMARD

Et nous l'avons couché dans sa fosse à dormir. — Évahistb Boulât-Paix —

Avancez , légions , déroulez-vous sans fin , Suivez les corbillards tout noirs , ornés d'étoiles ; Les sons de vos tambours , couverts de sombres voiles , Semblent les voix des morts gémissant en chemin.

1 Ce convoi est celui des victimes de Fiescbi.

Que de vivans sont là qui regardent les bières, Et qui bientôt peut-être iront aux cimetières! Les vivans d'aujourd'hui sont les morts de demain !

Ce cercueil blanc qui passe entre l'immense garde

Porte la jeune fille. Oh ! mourir, quand on sent

Se lever dans son âme un jour éblouissant ,

Et quand on voit du rose à tout ce qu'on regarde !

Humble et pauvre , elle avait du moins ses dix-sept ans ,

Et ses rêves 'd'amour, uniques diamans

Que la fille du peuple ait dans une mansarde.

Quel est ce beau cercueil ? c'est un trône de mort ! Pourquoi tant de splendeur ? le maréchal y dort.

Abattre un maréchal avec une arme vile !

Lui briser son bâton étoile dans la main !

Briser sa bonne épée au tranchant d'acier fin , Qui lui servit de clef pour ouvrir mainte ville l

Vingt pays ont connu la voix de son canon Qui disait , république , ou bien Napoléon !

Pour payer à l'Etat ses riches épaulettes , Il donna de son sang, et ne marchanda pas :

11 faisait enlever à ses hardis soldats Des couronnes de rois au bout des baïonnettes.

Ana thème, assassin! car tous vivans et droits Avaient passé leur seuil , et tous sont rentrés froids ,

Couchés sur des brancards ! . . . . Quoi ! toujours des infâmes , Toujours un souffle impur qui vient souiller notre air ! Une vapeur de boue , en nos villes d'enfer, S'exhale des ruisseaux , des égouts et des âmes !

Dis , estr-il au complet le convoi long et noir? Non, il manque un cadavre-, il t'aurait fallu voir Le corbillard royal qu'un dais brillant rehausse , Un sceptre sur la bière , et ton roi s'en allant Dans son palais de terre , et tout le sol tremblant Un roi fait tant de bruit en tombant dans sa fosse !

Sire , Dieu vous sauva : pour qu'il vous garde encor, Répandez les secours sur des parens qui pleurent. Quan d un archange au ciel conduit les rois qui meurent ,

Leurs vertus sont leur pourpre , et les dons leur trésor. Quand on frappe là-haut en disant : Roi de France , Le Seigneur n'ouvre pas toujours ; dans sa balance , Un bienfait pèse plus qu'une couronne d'or.

6 août 1835.

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