‹ Les oiseaux de passage, poésiesChapitre 4 sur 23 · UNE SALAMANDRE · texte numérisé non relu

UNE SALAMANDRE

Je suis l'esprit du feu , sur l'éclair je voyage : Je suis dans le foyer l'hiver, Et Tété je suis dans l'orage.

L'incendie écarlate est mon domaine encor, Et je danse au milieu de ses flammes si belles Qui , sur le front de vos tourelles , Mettent de hauts panaches d'or.

Va , laisse ta sylphide au fond des violettes ;

J'éblouis ; viens à moi : ma tète a cent rubis ; Sur ma robe rouge , j'ai mis Des étincelles pour paillettes.

Aux étoiles j'ai pris des rayons fins et longs ;

Puis , les assouplissant avec ma main légère , J'en ai fait des fils de lumière , Pour rattacher mes cheveux blonds.

Dans mes yeux plus brillans que les yeux de la dame La plus tendre , vois-tu ces rayons lumineux ? Ils partent d'un foyer de feux Qui brûlent toujours dans mon âme !

Je ne puis avancer , c'est un enchantement !

Les douces voix ! De grâce, à moi, mon talisman !

Il a rompu le charme. Place , C'est le cavalier noir qui passe !

« Allons, dit-il, allons, mon cheval, en avant!

« Rien ne court mieux que toi : la lune dans l'espace

« Suit ta course un moment , et puis , honteuse et lasse ,

« Fuit derrière un coteau ; plus vite que le vent ,

« Tu courbes en courant les champs de blé , de seigle ;

« Le chevreuil est jaloux quand il te voit passer :

« Seule , au but , ma pensée a su te devancer, « Avec ses grandes ailes d'aigle ! »

LE CAVALIER NOIR, devant un château.

Tyran , viens relever mon gantelet. Avance -, Viens tenter le combat à la dague , à la lance. Si je suis ton vainqueur, tigre en manteau royal , Je dépose mon casque , et je mets ta couronne , Parce que ton bon peuple est las de voir au trône Un roi méchant et déloyal.

LE ROI

Oh ! tu mens par la gorge ! Ob ! j'accepte , et te brave ! Vaincu, tu porteras des fers, comme l'esclave Que tu vois enchaîné; songes-y bien, félon.

Des bras tels que les miens ne portent pas de chaînes : C'est au cheval qu'on peut mettre un mors et des rênes; On ne les met pas au lion.

LE ROI

Viens, et tremble.

Trembler ! moi ! Demande à ma lance , Si , devant l'assaillant le plus fort en vaillance , Elle a senti ma main trembler ; à mon plastron Detnande si d'effroi mon cœur d'airain palpite ; Demande à mon cheval si c'est pour une fuite Qu'il saigne sous mon éperon.

Et la lance en arrêt, tous deux avec furie Heurtent leurs corps de fer. Le cavalier s'écrie : A moi, mon talisman ! et tout ensanglanté Le roi tombe....

LE ROI

Malheur ! ... Oh ! c'est toi l'invincible !

C'est que moi je possède un talisman terrible , Magique : il a nom Volonté.

Pour arriver au but, il me livra passage Sur le chemin , malgré le torrent et l'orage ; Il m'aplanit un mont qui s'élevait aux cieux -, Il me fit résister à deux enchanteresses , Qui toutes deux avaient dans la voix des caresses , Et de l'aimant dans leurs doux yeux.

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Je tourne les yeux vers le fond de ton âme, et j'y aperçois des taches si noires et si gangrenées qu'elles ne pourront jamais s'effacer.

— Shakspeirk. —

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Un petit vagabond , tout sali de misère , Prenant quelques pavés pour lit , un réverbère four sa lampe de nuit , et du toit paternel S'enfuyant pour loger à tous les vents du ciel , Allait être jugé. Sa mère , pauvre femme , Attendait dans un coin , pleurant du fond de l'âme ; Et quelques gens du peuple , avec un front serein , L'écoutaient , en tenant leurs enfans par la main.

« Sera-t-il condamné? le croyez-vous? Oh! dites! Arrêté ! lui , mon fils ! Quelle infernale loi Leur permet de jeter dans leurs prisons maudites

Mon enfant? c'est mon bien, à moi.

C'est auprès de voleurs , de meurtriers, qu'il joue * Qu'il sourit -, c'est affreux ! s'ils le rendaient méchant !

Tous ces hommes souillés , tachés de sang , de boue , Vont le salir en le touchant.

« Mais, misérable enfant, pourquoi ftiir par le monde? Pour qu'un soir la patrouille , en un passage obscur, Te prenne ; elle qui va balayer dans sa ronde

Les voleurs blottis contre un mur -, Qui saisit , à côté d'une porte fragile , Quelque assassin , cherchant à la forcer sans bruit ; Et, comme les boueurs , va nettoyer la ville

Des immondices de la nuit.

« Un jour sa sœur le vit et lui dit : « Reviens , frère ; Ma mère pleure, viens. » Et lui, brusque , effronté ,

Répondit : « Sœur, va-t'en -, j'aime mes lits de pierre ,

Mon pain, mon eau, ma liberté.

Moi , devant mes chenets reprendre encor ma place , Ployer mon aile , et puis me rendre prisonnier ! Oh ! jamais ! le soleil est plus beau dans l'espace

Que les rayons de mon foyer ! »

« Vos Gis, de vos maisons la joie et la lumière, Ne s'en vont pas ainsi ! Mais lui ne m'aime pas ; 11 me bat , moi qui l'ai , cent fois , la nuit entière ,

Bercé tout rose dans mes bras.

Mais il ne sait donc pas que la fuite est punie , Que le toit des parens est toujours un saint lieu , Et qu'au ciel, la maison de sa mère est bénie,

Comme le temple de son Dieu !

«< Oh ! l'amitié d'un ils est pourtant douce et belle ! Jeune , on guide ses pas , on le suit, le défend; Et, vieille, on ne sent plus que la jambe chancelle,

En s'appuyant sur son enfant.

Nul n'ose vous railler sur votre voix éteinte, Sur votre dos voûté -, car ses soins consolans Et son respect vous font une auréole sainte

Qui reluit sur vos cheveux blancs.

« Pour le voir de nouveau monter mes noirs étages , J'offrirais tout mon bien ; mon anneau d'or, ma croix , Mon vieux rouet , l'argent de mes derniers ouvrages,

Jusqu'à mon crucifix de bois !

On entre... lui! c'est lui ! je tremble... ma mémoire

Se trouble \ laissez-moi je sens du froid au cœur ;

Ces juges me font mal avec leur robe noire.

Ils vont parler... Oh ! j'ai bien peur! »

Votre nom ?

LE PRESIDENT

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