‹ Les oiseaux de passage, poésiesChapitre 7 sur 23 · DIX ANS APRES · texte numérisé non relu

DIX ANS APRES

Oh ! c'était un beau jour aux assises joyeuses ! La salle se parait de toilettes soyeuses , De satin , de rubans aux brillantes couleurs ; Car aux arrêts de mort , les plumes et les fleurs ,

Et les riches tissus comme pour une fête]

C'est un divin spectacle en effet ! une tête ,

Quand on doit la couper , est bien plus belle à voir !...

Et les femmes allaient , avant le bal du soir ,

Contempler l'assassin haletant , sombre et blême ,

Regarder s'il portait un signe d'anathème ,

Si ses traits n'étaient pas étranges et hideux ,

S'il avait l'air de suivre un fantôme des yeux ,

S'il frissonnait , le corps tout ployé sous son crime ,

S'il avait essuyé le sang de sa victime ,

Et s'il n'en restait pas quelque chose à son front.

On dit qu'il ressemblait au petit vagabond , Qu'une femme tomba , lorsqu'on lut sa sentence : Hélas ! c'était la mort ! . . . Il faut dans la balance Des deux côtés un poids égal ; et le bourreau

Doit auprès d'un poignard y poser son couteau : Quand une tête roule , un juge n'est pas libre -, Une autre doit tomber, pour y faire équilibre.

GALERIE

GALERIE

Je veux aller d'une terre à l'autre , d'une mer à l'autre ; partout où mes regards atteindront.

— Vitwicki , trad. du polonais. —

. . . Vous feriez une ceinture au monde Du sillon du vaisseau !

— Victor Hcgo. —

Un cheval à la jambe fine ,

Qui saute fossés et ravin !

Ou bien encore une berline

Qui roule sur le grand chemin !

Un vaisseau qui glisse sur l'onde !

Un vaisseau ! Qu'il souffle un bon vent ,

Et je passe ce pont mouvant

Qui va du vieux au nouveau monde.

J'irai voir l'Occident*, l'Orient, jardin vert,

Où tout est feux au ciel, dans les yeux , dans les âmes

Voir les déserts , les mers et leurs mousseuses lames ;

Les volcans , bouches de l'enfer -, Les montagnes : j'irai sur leur tête glacée ; L'aigle verra mes pas sur les plus hauts sommets : Je veux poser mes pieds où vous n'avez jamais,

Vous tous, posé que la pensée!

LE VOYAGEUR. 7t

Antilles , je veux voir vos lies de senteurs ; Belle Espagne , cueillir tes grenades vermeilles , Et tes dattes , Egypte ; à toutes les corbeilles

Prendre des fruits , sentir des fleurs ; M'asseoir sous l'aloès , où l'Indien s'arrête , Et sous les hauts palmiers , parasols des déserts r Voir chaque aigrette , voir les panaches divers

Dont le globe pare sa tête.

Sous vos cieux nuageux , où c'est toujours le soir, Sous vos cieux de saphir, magnifique coupole , Sous vos cieux de vermeil , où le colibri vole ,

Peuples divers , j'irai vous voir ; Voir l'espèce géante , et noire , et blanche , et naine , Et le moule que Dieu fit pour chaque pays ; Voir comment il tailla tous vos corps infinis,

Le grand sculpteur en chair humaine L

J'irai te trouver, nègre, ô frère des démons, Nègre aux deux yeux ardens sur une face noire ; Albinos , mort vivant , aussi blanc que l'ivoire ; Et toi , More cuivré. Partons !

Je veux partout voir l'homme aimer, souffrir, et vivre ;

Savoir si l'âme change ou lance un même éclair,

Quand on la voit briller sous les masques de fer,

Sous ceux d'albâtre et ceux de cuivre.

Oh ! voyager ! semer ses jours dans maints climats, Semer sur maints chevets ses rêves , et sans cesse Voir et passer! mon cœur en bondit ! quelle ivresse !

Juif errant, je ne te plains pas :

Toi , maudit , parcourir le globe vert et riche ! . . . Oh ! pour le châtier, votre Juif passager, Seigneur, en saint de pierre il fallait le changer,

Et puis le sceller dans sa niche !

Mais c'est trop m'engourdir à rester sous mon toit ! Marchez , mes pieds , marchez , touchez chaque rivage ; Vous , mes yeux , regardez , pendant mon long voyage ,

Tout ce que l'œil du soleil voit !

Terre , allons, montre-leur chaque pan de ta robe ; Respirez , mes poumons , les airs de tous les cieux \ Toi , ma vaste pensée , à mon retour, je veux

Que tu rapportes tout le globe !

Puis , je veux , ô mon jeune cœur, Puis , je veux , ô ma tête folle , Aimer partout , c'est le bonheur ;

Amérique , aimer ta créole , Qui sera ma liane en fleur !

Dans notre Europe catholique , J'aurai ma sainte ; mes houris Dans l'Asie et puis dans l'Afrique J'aurai partout un paradis , Avec quelque femme angélique.

Quand j'irai sur les flots mouvans , Vingt souvenirs de jeunes femmes M'y suivront gracieux, vivans.

J'enverrai des soupirs de flammes Sur les ailes des quatre vents !

Créole, odalisque, sauvage, Oh ! délice de vous aimer !

Mon cœur sera comme une cage Où l'on se plaît à renfermer Des oiseaux de chaque plumage.

Mère , sœur, vous restez ; adieu! Les grands chemins Sont à nous, jeunes gens -, à vous , femmes, vos gîtes , Beaux cygnes , rarement vous quittez les bassins Où vos cabanes sont construites.

Vous en savez par cœur tout le bord , tous les flots -, Là , toujours vous nagez , montrant vos blanches ailes , Votre col souple ; là , vos petits sont éclos ; Là, tombent vos plumes si belles.

Je ne suis pas un cygne , oh ! moi , j'aime à changer D'air, de rivage ; et loin du bassin je m'élance ! Je suis comme ces grands poissons qui , pour nager, N'ont pas trop de la mer immense !

Qu'un autre soit cloué toujours au même port ; Et qu'au même foyer, dans la même cellule , L'heure de sa naissance et l'heure de sa mort Sonnent à la même pendule ;

Moi , je ne mourrai pas sous mon toit ! Je mourrai Sous le sable au désert , ou dans quelque naufrage ! Peut-être , sur les flancs d'un mont , je resterai Sous l'avalanche un jour d'orage !

Autour de moi , la foudre et les vents chanteraient Mon chant de mort ; drapés en tenture pendante , Les nuages tout noirs , où des éclairs luiraient , Me feraient ma chapelle ardente !

Môlerai-je ma cendre au sol du Musulman , Aux terres de l'Europe , aux terres d'Amérique ? Je ne sais. Sera-t-elle un jour cèdre au Liban , Cyprès du Nord , palmier d'Afrique?

Mon âme , prendras-tu ton vol vers un ciel gris ? Fuiras-tu dans le ciel de rubis, de merveille , De l'Orient , afin d'entrer au paradis Par la porte la plus vermeille ?

Le Vaillant va partir, le pilote est à bord.

Ma ceinture de cuir pleine d'or , mon bagage ; Vite ! je ne veux plus tourner dans notre port , Comme un écureuil dans sa cage.

Marchons vers le vaisseau , marchons ! Partir, bonheur ! Puisque Dieu me donna toute une large sphère , Je m'en vais parcourir mon domaine : un seigneur Doit toujours visiter sa terre.

Capitaine , attendez-moi donc ! . . .

On a levé l'ancre ; les voiles,

Qu'on déferle , gonflent leurs toiles \

Enfin me voici sur le pont !

Guide mon navire, pilote,

Qu'il passe au large en bon nageur ; Mais sa quille se meut et flotte , Il part ! . . . Adieu mère , adieu sœur !

Si je meurs dans les grandes ondes , Priez , priez , afin que Dieu

Me laisse aller dans son ciel bleu , Pour voyager dans mille mondes !

Chaque bout de ruban, chaque fleur était fée: Tout ce qui la touchait devenait précieux.

— Théophile Gàdtikr. —

Jeunesse , nom divin, nom de fleurs et de miel , Nom brillant comme l'or, nom pur comme le ciel t

— Ebwest Legouvê. —

Que je suis heureuse ! Oh ! l'ivresse !

J'ai , dans mes tiroirs parfumés ,

Tous mes atours les plus aimés :

J'ai des éventails de princesse,

Mieux peints que ceux des paons -, des fleurs

Aussi roses que mes pensées ,

Et puis des gazes nuancées Qui font des robes de vapeurs.

Certes , toutes les jeunes filles M'envîraient ! j'ai, les soirs d'hiver, Des bals , où la joie est dans l'air :

Des bals avec les vifs quadrilles , La foule qu'on voit resplendir, L'orchestre , l'âme de la danse , Qui fait bondir quand on y pense , Et semble une voix du plaisir ;

Des bals , avec des fleurs vermeilles Sur les marches des escaliers ,

Au fond de tous les noirs foyers Devenus de fraîches corbeilles } Avec le salon large et beau , La banquette où l'on s'assied lasse , Et le lustre qui dans la glace Reluit comme un soleil dans l'eau.

Dans ces fêtes, je suis l'idole , Tous ils me dressent un autel ; Ils ont des paroles de miel :

C'est un charme à me rendre folle.

L'un me dit : « Comme à vos côtés La fête se métamorphose !

C'est à vous , fée en robe rose , Qu'on doit les salons enchantés. »

Un autre me dit : « Jeune fille , La plus brillante ici c'est vous ; Les autres ont plus de bijoux , D'émeraudes leur col scintille , Et leur front est diamanté ; Mais , sur votre front si limpide , Dieu mit un joyau plus splendide , Un brillant qu'on nomme beauté.

« Un roi vous dirait : Sois ma reine.

Sur son trône il vous placerait ; Puis à vos pieds il jetterait Mille rubis , Ô souveraine.

Des poètes vous chanteraient , Vous , à l'œil noir d'Andalousie ; Les rubis de leur poésie , A vos pieds ils les jetteraient. »

Tout cela c'est bien doux! mais les ans sont rapides, Et, comme ma grand* mère , un jour j'aurai des rides $ Mon corps est mince et droit , mais il doit se voûter ; J'aurai des cheveux gris , et puis un vieux visage. Pourquoi donc , ô mon Dieu , créer un frais ouvrage, Quand c'est pour le gâter ?

Oh ! s'asseoir dans un bal vieille et découronnée , Avoir été la reine et se voir détrônée!

La veille , avoir été divinité , puis voir S'éteindre sur son front l'étoile et l'auréole , Renverser cet autel , où vous étiez l'idole , Et briser l'encensoir!...

La jeunesse est semblable à nos magiques fêtes : D'abord , des rires fous , des guirlandes aux têtes ;

Après , que reste-t-il? souvenirs et débris : Quelques sons affaiblis , qui vibrent dans l'oreille , Écho triste et lointain des plaisirs de la veille , Quelques bouquets flétris.

Oh ! puisque la jeunesse est une ombre qui passe , Le jour qu'elle apparaît dans un étroit espace , Jouissons , traversons le chemin en dansant ! Nous le verrons subir bien des métamorphoses ; Tandis qu'il est fleuri , cueillons toutes ses roses , Et chantons en passant !

Dansons, dansons , pendant que nos pieds ont des ailes! Et pendant que nos corps sont sveltes, de dentelles.

De gazes, parons-les: hâtons-nous, ô mes sœurs; Car des groupes d'enfans pressent leurs pas agiles , Pour nous ravir bientôt nos couronnes fragiles Et i\os sceptres de fleurs.

Ne vous amassez point des trésors sur la terre , où la rouille gâte tout , et où les larrons dérobent ; mais amassez-vous des trésors au ciel, où la rouille ne gâte rien, et où les larrons ne dérobent pas.

— Évangile selon sairt Matthieu. —

11 n'a pas comme vous des genoux en acier, Qui devant Dieu jamais ne plient.

A vous , jamais à lui , les théâtres joyeux , Les femmes à la taille élancée, aux longs yeux , Les bals avec leur danse , avec leur fol orchestre Il a pris, dédaigneux de ce monde enchanté , Les clefs du paradis du ciel , puis a jeté '

Celles du paradis terrestre.

Qu'il voudrait nous quitter pour le monde des saints , Voir les martyrs avec les palmes dans leurs mains ! Pourtant, pour habiter ces villes de lumière Que peuplent les élus , il lui faut traverser

La mort , il faut risquer le néant , et laisser Son cadavre sur la frontière !

Qu'importe , il sait qu'il peut s'endormir dans sa foi -, Qu'il se réveillera pour saluer son roi ; Qu'il verra près de Dieu , près des astres , des mondes , Luire un jour de bonheur qui ne finira plus ; Qu'il regardera l'heure, au cadran des élus , Dont nos siècles sont les secondes.

Mais il rentre à l'église , et son œil a relui ; Son cœur bat, car l'église est son épouse , à lui Oh! ne le raillez pas du divin sacerdoce!

L'épouse est belle , allez ; son front est parfumé

Des senteurs de l'encens -, elle offre au bien-aimé Tout un ciel pour présent de noce.

D'autres ont des écrins ; des brillans radieux , Etoiles des salons , qui scintillent aux yeux ; Des perles , qui sont sœurs des gouttes de rosée Un calice , une croix où l'on ne voit briller Que des taches de sang avec des clous d'acier, Sont les joyaux de l'épousée.

D'autres dorment la nuit dans un lit de duvet 9 Et posent leur front las sur un moelleux chevet : Elle étend sur des morts son large corps de pierre ; Fait sortir les pécheurs, lorsque viennent les nuits,

Fait taire l'orgue saint , cesser les psaumes , puis S'endort sur son lit de poussière.

Le prêtre va s'asseoir au confessionnal v.

Toute âme y paraît nue , et lui montre son mal : L'une est infirme , l'autre a des fièvres de flammes , L'autre est pestiférée et pleine de venin ; Il est là , le pieux , le zélé médecin , Comme dans un hôpital d'âmes.

Il dit : « Priez , pleurez sur vos fautes, pécheurs; « Vos crimes les plus noirs sont lavés par vos pleurs. « Allez , le repentir vaut presque l'innocence \ « Purs et purifiés vont ensemble là-haut.

« Quand Dieu vit le péché sur la terre , aussitôt , « Dans le ciel , il mit l'indulgence.

« Frappez , il ouvrira sa cité , le Dieu l)en , « Car sur la porte ardente il écrivit : Pardon. » Et tous les pénitens ont lavé leurs souillures , Et le Seigneur descend dans leur cœur plus léger ; Il trouve , pour mirer sa face et se loger, Des miroirs clairs , des maisons pures.

Le prêtre met l'étole aux effilés dorés ; Il dit la messe, et boit dans les vases sacrés; Tout s'incline : le Dieu des astres , des tempêtes , Est sur l'autel , dans l'air ; il est visible aux cœurs ;

ê LE PRETRE. 103

Et , pour faire bien bas courber tous les pécheurs , Il étend ses bras sur les têtes.

Le prêtre a dit sa messe , il sort : où va-t-il donc ? Chez ceux dont la souffrance a fait pâlir le front -, Il s'en va consoler, comme faisait le maître. Les greniers, les prisons , tous les lieux de malheur, Où Ton jette des cris de faim ou de douleur, Sont aussi les temples du prêtre.

il II

Sous ma porte , au travers des tuiles , le vent passe ,

La neige tombe sur le toit -, Mes enfans sont tremblans , leur faible corps tressaille ; Pas une flamme ici ne jette ses'rayons.

Ah ! les pauvres petits ! les voilà sur la paille

Tous blottis sous quelques haillons !

Oh ! sur un long sofa , dans ses pièces bien closes r Qu'il est heureux le riche au front calme , riant , S'asseyant à côté d'enfans joyeux et roses ,

Devant un feu tout pétillant !

Mais voici qu'un ardent rayon vient de paraître; Dans ce grenier si froid , il se glisse éclatant : Chauffons-nous au soleil qui luit à la fenêtre ,

C'est le foyer de l'indigent !

Quoi ! vous pleurez encor ! . . . J'entends : la faim commence ! . . . Des alimens pour eux ! et qu'on prenne aussitôt Mon corps qui les porta , mon sang , mon existence -,

Mais non , c'est de l'argent qu'il faut !

Ces enfans vont mourir, car tout nous abandonne , Car on exige un prix pour notre pain grossier, Car on nous vend la vie enfin! Dieu nous la donne,

Mais les hommes la font payer!

Peut-être quelque aumône. . . oui , sortons. . . Cette femme , Au cachemire souple , aux précieux bijoux , Pourra me secourir... La charité, madame,

Je prîrai le bon Dieu pour vous.

Vers mes petits enfans que votre front se penche ; Pitié ! pitié ! le sou qu'on donne aux mendians

Ornerait mieux encor votre main fine et blanche Que votre bague de brillans !

Un refus , du mépris ! . . . Le pauvre est dans le monde Comme un insecte vil qu'un passant foule au pié! Que faire?... la rivière est là , belle et profonde ;

Elle au moins , elle aura pitié !

Eh ! pourquoi vivrait-on , quand la vie est amère? La Seine , qui s'étend comme un vaste tombeau , Recouvre tant de maux , de haillons , de misère ,

Des plis de son large manteau !

Allons! point de frayeur ! la mort vient si rapide!... Et ces enfans , privés de leur dernier soutien ,

Et Dieu qui de là-haut maudit le suicide...

Mais cependant je souffre bien !

La faim ronge mon corps ; oh ! quel affreux martyre ! Mes entrailles déjà se tordent -, c'est l'enfer ! Il semble qu'une main les prenne , et les déchire

Avec d'horribles doigts de fer !

Maudits soient tout ce bruit et ces rires de joie, Ces femmes , étalant des plumes , des joyaux , Et ce long froissement de leurs robes de soie

Qui semblent railler mes lambeaux !

Aucun don ne viendrait calmer ma faim mortelle ! Le pain qui nourrirait la pauvre mère en pleurs N'aurait qu'à les priver d'une gaze nouvelle

Ou d'une guirlande de fleurs !

Comme je m'affaiblis! , . . des visions étranges. . .

Ne pleurez pas, en fans-, mourir vous fait donc peur?

Voyons , consolez-vous j courage, petits anges ,

Nous allons trouver le Seigneur.

Au lieu d'une maison avec de noirs étages , Au lieu d'un grenier triste et d'un grabat meublé , Dieu nous garde là-haut son palais de nuages ,

Dont le toit rayonne étoile !

Mais bientôt les enfans n'entendent plus leur mère :

Parmi la foule passe un cercueil d'indigent ;

Point d'amis.... En voit-on suivre un char funéraire,

Sans festons ni franges d'argent?

Sur le chemin, pensive, une femme s'arrête; Un passant se retourne , et regarde un instant ,

Songe aux plaisirs du jour, à sa prochaine fête , Et puis s'éloigne indifférent.

Ces gens-là ne vivent que de la mer.

— Pbilarbte Chasles.—

Elle porte une flotte, et joue avec le vent.

— Ernest Fouinbt. —

Voici mon brick avec sa quille longue et belle , Ses deux mâts ; sur le pont je viens encor m'asseoir, Je vois encor voler, rasant les flots de l'aile , Le goéland au manteau noir.

Rien dans mon horizon que les cieux et les ondes ,

Oh ! c'est pour délirer! j'aime l'Océan , moi ,

Parce qu'il est tout seul plus beau que les deux mondes ,

Parce qu'il est seigneur et roi :

Comme pour rendre hommage à leur maître suprême , Les fleuves vont à lui , fleuve immense et profond j Le soleil flamboyant est le seul diadème

Qui puisse aller à son grand front.

Sans jamais s'épuiser, quand le jour se rallume ,

Ses eaux montent au ciel , comme un encens qui fume ;

Et ce ciel de vapeurs lui rend , pour s'acquitter, Ses nuages touchés par le pied d'un bel ange : De leurs riches présens tous deux font un échange , Gomme deux puissans rois qui veulent se fêter.

Mais , Océan , pourquoi ta colère bruyante?

Les cieux sont-ils trop purs , leur clarté trop brillante? Veux-tu leurs points d'argent , leurs mondes suspendus , Mer jalouse? La terre a-t-elle trop de place? Voudrais-tu rester seule et libre dans l'espace , N'avoir rien près de toi, n'avoir rien au-dessus?

Mais tes vagues en vain s'enflent , s'alignent , croulent , Avec le grondement de cent torrens qui roulent ; L'écume épaisse et blanche , ainsi qu'une toison , Vient les argenter : Dieu se rit de ta colère y

Tu ne franchiras point ta limite; oh ! sois fièrc , Car la moitié du globe est ta large prison !

Avance , mon vaisseau , glisse en baignant ta proue , Ton câble figurant deux serpens enlacés , Mouille ta robe verte ; allons , la brise joue

Entre tes agrès élancés; Marche, iparche toujours, penche ta brigantine; Va , la mer n'est point lasse encore, et ne sait pas Lequel pèse le plus , d'une plante marine , Ou bien d'un navire à trois mâts.

Si pour maison j'avais mon brick ! joie et délire! Vivre là tous mes jours ! et , balancé par l'eau ,

Ne dormir qu'en un cadre , au roulis du navire ,

Avoir l'Océan pour tombeau !

Mais je te souillerais , ô mer indépendante ! Sur la rive, au galet, tu rejettes nos corps, Et tu charges après la terre, ta servante,

De t'ensevelir tous tes morts.

Oh ! l'orage , mon Dieu ! le ciel rougi s'allume ! A l'arrière ! à l'avant ! le pont se couvre d'eau ! Plus vite encor ! La mer étreint mon beau vaisseau Dans ses baisers tout blancs d'écume!

Allons , carguez la voile ! Oh ! voyez les éclairs ! Mousses, sur les haubans! matelots, aux cordages.

Nous, marins, nous jetons notre vie aux orages, A tous les vents du ciel , à tous les flots des mers!

L'eau roule impétueuse , et la vague blanchie , Ainsi qu'un mont de neige , arrive en se levant , L'Océan gronde , et Dieu le bat avec le vent , Comme un esclave qu'on châtie.

Eh bien ! je t'aime encore, ô mer , quand je te vois Gomme un lion blessé qui bondit de colère , Se roule , se débat , redresse sa crinière , Et se met à rugir avec sa haute voix !

Mais voici qu'un vent doux caresse chaque lame , Chaque flot s'aplanit , ondule et devient bleu ; L'ouragan passe , enfans , avec l'aide de Dieu Et le secours de Notre-Dame.

Les nuages ont fui , le soleil triomphant

Revient former sur l'eau des écailles dorées ;

Des ondulations faibles et mesurées

Balancent mon vaisseau , comme un berceau d'enfant.

Maintenant elle est calme et douce , la superbe 5 Elle chante en cadence avec les matelots ; Dieu vient passer la main sur chacun de ses flots , Qu'il abaisse , comme un brin d'herbe.

Allons , mon brick léger , nage , comme un poisson ; Fume sur le pont, ris , mon joyeux équipage : Un marin , c'est l'oiseau qui vole après l'orage , Sèche son aile humide , et reprend sa chanson.

Sous les routes sombres des grands bois vierges. — Fehdiiund Denis. —

Il dort aux lueurs des étoiles ;

Oui , les cieux seuls , les cieux sont beaux.

— DRnifS-BiBON. —

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