SCÈNE XII
HÉLÈNE , THÊIIÊSE.
THERESE
Mademoiselle Hélène.
HÈLENg.
Qui est là! Que me veut-on? Ab! c’est vous, Thérèse.
THÉRÈSE
Oui, c’csl moi, mademoiselle, et je viens à vous bien confuse, bien humiliée, bien tremblante.
HÉLÈNE
Pourquoi ? parlez?
THÉRÉSK.
Mademoiselle Hélène... ah! je ne croyais pas que j’aurais ja- * mais le cotirage d’oser ce que je viens faire ici.
HÉLÈNE
Mais parlez... expliquez- vous!
THÉRÈSE
Dieu vous doit le bonheur, mademoiselle, et vous l'aurez; vous qui êtes compatissante et bonne... mais moi, moil c’est un cruel supplice, allez, que d’aimer sans espoir, que de w dire: Jamais, jamais, je ne puis être à lui!
Oh t je le comprends, Thérèse, je le comprends.
THERESE
Eh bien, il en est un mille fois plus cruel encore, c’est la menace «lut! mariage odieux! On peut se consoler de n’ètrepaz unie «celui qu'on aime, mais appartenir à l’homme que l'on hait, on m meurt.
HÉLÈNE
Je le comprends encore, Thérèse, je le comprends.
THÉRÈSE
C’est ma destinée, à moi... un homme nous a sauvées de la misère... de l'opprobre, et ee qu'il demande pour prix de ce service, c’est nioi-mèine. Voilà pourquoi je viens à vous, mademoiselle, voilà pourquoi ie vous dis: vous êtes riche, soyez miséricordieuse; prétez-moi pour acquitter ma dette ; pour vous rendre cet argent, mademoiselle, je travaillerai avec force, avec courage; c’cst mon salut, car c’est ma vie, car c’est mon Ame que j’aurai rachetée.
nÉLÉNF.
C’était cela... oh! oui, oui, je suis riche; compte sur moi. Tiens, tiens, j’ai ma petite fortune aussi («h» zna o dont je puis disposer librement; avec ce mot de moi A notre correspondant tu auras sur-le-champ... c’est dix mille francs, je croîs.
tbehrsk.
Mais c’est trop.
HÉLÈNE
Est-ce qu’il faut compter pour racheter une Ame!... et tu te plaignais, Thérèse!... hile accuse le sort, quand il ne faut que de l’argent pour la sauver I
Oh! mademoiselle, vous êtes mon ange protecteur; ruais vous pleurer... vous avez donc des chagrins aussi?
HÉLÈNE
Oui, Thérèse, oui !
THÉRÈSE
Vous me donnez votre or pour secher mes larmes; je prierai Dieu pour qu’il sèche les vôtres... la prière, c’est l’aumône du pauvre.
Hélène.
A mon tour, merci.
THÉRÈSE
Nous serons deux à vous bénir, mademoiselle; ie cours porter cet argent à ma mère, ou plutôt, non, à lui, a ce monsieur Cbaleauraynard.
HÉLÈNE , U rrlt'nin*.
Arrête!
THERESE
Qu’cst-re donc?
HÉLÈNE
Quel nom os- tu dit là?... poutquoi l’as-tu prononcé, ce nom?
1RÉBESE.
Mais c’est le sien, à lui qui m’a sauvée d’un piège honteux, à lui qui me demande nia main pour acquitter notre dette.