D’ARMENONVILLE, CHARLES
d'armenomille.
Qu'avcz-vous à me dire? Parlez vite !
CHARLES
Je ne veux pas que vous tueiez ce jeune homme ! d'arhenon ville.
Vous ne voulez pas ?
CHARTES
Non; je ne veux pas qu'à une nouvelle flétrissure vous ajoutiez un nouveau crime !
d'armenonville.
Un crime! assez, assez; d'ailleurs, la chance ne peut-elle lui être favorable ?
La chance... vous savez bien quelle vous obéit ici presque autant qu'au jeu ; vous savez bien que si monsieur de Clamarins croise le fer contre vous, il est perdu !
d'armenon ville.
Croyez-vous, par hasard, que je sois homme à dévorer l'insulte qu’il m’a faite ? Faut-il que je permette qu'il me déshonore publia urinent plus tard? Allons donc! cette pitic serait une lâcheté de nia part !
CHARLES
Ainsi, votre décision est irrévocable? Vous avez résolu sa mort?
d’armenonville.
U a imprimé une tacite de houe sur mon nom !
CHARLES
Et vous allez y imprimer une tache de sang !
D’ARMENONVILLE
C'est lui qui l'a voulu !
CHARLES
Lui, pauvre jeune homme! C’est lui qui vous a tendu un piège, n'e»t-ce pas ? Lui qui a voulu vous dépouiller, vous voler; lui qui s est dit : J aurai sa foi lune, et s’il la défend, j'aurai sa vie ! Mais, savez-vous bien toute l'énormité du crime que vous allez commettre ?... Avez-vous songé à cette jeune fille qui l’adore, et que vous prétendez lui ravir? à sa mère qui l’attend en priunt pour lui ?
d’armenonville.
Assez! assez!...
CHARLES, avec douceur.
Vous l'avez vue, celte jeune fille si pure, si fraîche, si heureuse encore il y a quelques jours, vous l’avez vue, Georges, déjà pâle, ir demi flétrie, depuis que, secondé par je ne sais quel pouvoir infernal, vous êtes venu vous placer entre elle et celui quelle aime! N’est-ce donc pas assez* voulez-vous que demain elle aille pleurer et mourir sur une tombe que vous aurez creusée ?
D’ARMENONVILLE
Vous prieriez vainement pour lui: d’ailleurs, vous avez eu tort de me rappeler qu’il est mon rivai; et puis, il est trop tard.
CHARLES
Mais, songez-y donc, monsieur ! celui dont vous menacez les jours a vingt ans à peine; il y a deux mois que, pour la première fois pcut-êli e, il a quitté sa mèie, dont il est tout le bonheur, toute la vie, sa mère qui ne l'a laissé partir qu'en pleurant... Il est seul ici, sans ami, sans soutien... Il n'a que moi que le hasard, non, que Dieu a mis sur son passage, pour que je le défende contre vous... Et si vous ne m'écoutez pas... il n'aura que moi encore pour porter à sa mère... l'horrible nouvelle de sa mort !... Comprenez bien ceci, Georges... il faudra que j'aille la trouver, moi, cette inère dont vous aurez tué le fils... il faudra que je m'agenouille devant elle et que je lui dise : Ne l’attendez plus, mère infortunée; pleurez, pauvre femme... pleurez sur votre enfant... c'est mon frère qui l’a tué !...
jf ERMENONVILLE.
Charles! Charles!... tais-toi, tais-toi !
CHAULES.
Ali ! tu cs ému, Georges , une larme s’échappe de tes yeux !... Parle-moi, Georges, mon frère !
CRATEAORAVNARD, entrant.
Voici les épées; votre adversaire s’impatiente. (»*».) Il demande si vous hésites!... si vous reculez?...
D’aRMENON VILLE, avec fort*.
Hui! qu’il vienne! Ah! j'étais en délire! j’étais fou!... Amenei-le !
CBATEALRAYNARD, à put.
Allons donc! (il u-rt.)
• d’armemonvule.
Écoutez. Charles, ce que tou* me demandez est irapos siblc. Cet homme est mon rival, cet homme est mon déshonneur ! il faut qu'il meure ou qu’il me tue!
CHARLES, Ufc force.
Eh bien! il vous tuera!
D’aRMESONVILLE, a»f < m «■rire.
Lui!
CHARLES
Oui, il vous tuera, car 11 sera fort de sa conscience, et vous aurez peur!
d'aRMENONVILLE.
Vous êtes fou !
CHARLES
Vous tremblerez, vous dis-je, parce que je serai à ses côtés, moi, son témoin!
d'aRMENON VILLE.
Que m'importe votre présence?
CHARLES
Que vous importe?... Pourquoi donc, il y a un mois, la menace a-t-elle expiré sur vos lèvres? pourquoi ce bras, levé contre moi, est-il retombé sans force? C’est que mes traits sont la vivante image de notre père, c'est qu'il vous a semblé que c était lui que vous menaciez, et vous avez eu peur!
d'armenonvii le.
Moi!
CHARLES
Vous ave* eu peur... et vous tremblerez tout à l'heure quand mes yeux, incessamment fixés sur les vôtres, vous diront encore : Voleur, lu vas devenir assassin!
d'ahmexohtille.
Taisez-vous !
CHARLES
Et ce regard ! le regard terrible de notre père, vous ne l'éviterez pas, vous le chercherez malgré vous!
d'armenonyille.
Noix!
CHARLES
llfascinera votre vue, il égarera votre raison, il feratrembler votre main, parce qu’il vous semblera que c^est devant noire père que vous aile* devenir meurtrier?
d'armenonyille.
Non! non!
CHARLES
Vous aurezpeur, vous dis-je ! Eh ! tenez, vous
D'ARMENONYILLE, au fnad.
pâlisse* déjà!
Venez, venez, messieurs!
CHARLES
Oui venez! je ne crains plus rien, maintenant!... Georges Rennepont, tu ne seras pas assassin, tu as peur!